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«À 28 ans, j’ai été soumise à un dominateur»

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«J’étais très mal à l’aise, je n’arrivais pas à le regarder dans les yeux. Je devais seulement l’appeler Monsieur et le vouvoyer.»

© Stocksy

Vers 16 ou 17 ans, j’ai ressenti pour la première fois cette excitation particulière d’être dominée au lit. A l’époque, les médias évoquaient rarement le sujet du sadomasochisme, ou BDSM. La saga Cinquante nuances de Grey n’était pas encore sortie. Même si cette envie d’explorer un univers mystérieux et transgressif était en moi, j’ai mis ça de côté pendant des années. Jusqu’au milieu de la vingtaine, j’ai donc eu une vie sexuelle plutôt classique, expérimentant parfois de gentils corps-à-corps les yeux bandés ou les mains liées avec mes différents copains.

Je n’ai pu aller plus loin, car la dimension affective rendait difficiles l’abandon et la rudesse nécessaires à mes désirs secrets. C’est un mélange des genres qui bloque. J’avais pourtant envie de m’aventurer au-delà des scénarios, des jeux que peuvent adopter certains couples à la sexualité un peu débridée. En réalité, je ne pouvais franchir ce pas qu’avec un inconnu, qui n’aurait aucune retenue envers moi, qui me traiterait quasi comme un objet.

Profils libertins

Une rupture amoureuse a été libératrice. Au lieu de douter de moi, de mon corps, comme je l’avais fait souvent, j’étais dans un état de confiance, de revendication.

J’ai compris que c’était le bon moment. J’allais partir en quête d’un maître dominateur. La première étape s’est déroulée sur des sites libertins spécialisés. Après avoir parcouru des dizaines de pages, je me suis aperçue que ces lieux ne me branchaient pas, il y avait un truc un peu dark.

J’ai fini par chercher le Graal sur des sites de dating classiques, à l’affût de profils comportant le mot-clef SM. Un garçon sortait du lot. Physiquement, il me plaisait, ce qui était un critère sine qua non. Il avait environ 40 ans. Avant toute chose, il a préféré qu’on se rencontre autour d’un verre. Pas vraiment un rencard, plutôt une sorte de rendez-vous d’affaires de 30 minutes pour discuter de mes envies et de mes limites.

De cuir et de métal

J’ignorais son nom. Il m’a donné un questionnaire pour fixer par écrit tous les points abordés, comme un contrat. On a fini par se voir dans un hôtel, trois jours plus tard. J’étais très mal à l’aise, je n’arrivais pas à le regarder dans les yeux. Je devais seulement l’appeler Monsieur et le vouvoyer. Nous avons fait des choses pendant quatre heures.

Il m’a promenée en laisse, tenue par un collier en cuir, fait l’amour brutalement, en m’humiliant. Il m’a bloqué les poignets avec des bracelets menottes en métal. C’était assez excitant, mais je suis finalement repartie un peu déçue. Il me manquait un truc plus fou, ici c’était trop sage. Quelque chose clochait chez moi?

L’inverse de la vraie vie

On m’a déjà dit que les personnes appréciant ce type de pratiques avaient souvent vécu un traumatisme dans leur jeunesse. J’avais beau scruter mon parcours personnel, rien ne semblait correspondre. J’avais eu une enfance normale, avec des parents unis qui sont toujours ensemble, des frères et sœurs.

Tout ce que je peux noter, c’est mon caractère affirmé, mon tempérament prompt aux prises de risque, ma libido hyper-active. Dans le sexe, on aime souvent adopter une position inverse à celle qu’on occupe au quotidien, paraît-il. C’est peut-être pour cette raison que je fantasme d’être dominée et pas du tout de devenir une dominatrice. En tout cas, je ne me sens pas étrange ou différente.

Pour moi, aimer le SM est une préférence sexuelle comme une autre. Il n’y a rien de pervers, je refuse ce terme, d’ailleurs.

J’assume mes envies d’être dominée, bien que je n’ose le confier qu’à ma meilleure amie et à ma grande sœur, qui savent que ça n’a rien de tordu. Pour ce qui est des autres, je crains qu’ils ne comprennent pas et imaginent que ça ne tourne pas rond dans ma tête.

Interdite de regarder

J’ai rencontré un second dominateur, un peu plus jeune. Il avait plusieurs soumises attitrées et pratiquait ce rôle depuis dix ans. Après deux semaines de papotages, j’ai décidé de le retrouver dans un Airbnb, que j’ai dû réserver, position inférieure oblige. Il était nettement plus strict et poussait la soumission jusqu’à ce genre de détails. Je suis, pour les mêmes raisons, arrivée en premier.

Lui n’était pas venu les mains vides: il portait une valise et deux sacs remplis de matériel. Je l’ai vu sortir des cravaches, des fouets, des paddles, ces lanières en cuir plus larges que des ceintures, des menottes, des cordes, des pinces et beaucoup d’autres choses que je n’ai pas pu voir, car j’avais l’interdiction de regarder. Il ne m’appelait qu’avec des termes très vulgaires. J’étais à la fois excitée et inquiète.

Contrairement au premier maître, nous n’avions pas de contrat ni établi de safe word, ce mot de secours pour tout arrêter. Selon lui, en instaurer un me permettait de reprendre le contrôle, donc du pouvoir. Je me souviens de la douleur quand il a passé une roulette avec des pointes sur mon corps. Il a verrouillé de véritables menottes autour de mes poignets.

Je reconnais avoir eu un peu peur au début. J’étais nue et bâillonnée dans un appartement inhabité, dans un lieu étranger, avec un total inconnu. L’idée qu’il puisse être un psychopathe m’a effleuré l’esprit. J’avais quand même donné l’adresse à ma meilleure amie avec la consigne de s’inquiéter si je ne donnais pas signe de vie.

Nirvana libérateur

Heureusement, ce n’était pas un tueur en série, mais j’ai eu mal, vraiment mal. Lorsque c’était trop, je disais stop. Il relâchait légèrement ses gestes mais sans interrompre son emprise, aussi physique que psychologique. Il aimait faire des marques. J’en ai eu beaucoup, surtout sur le dos, les fesses et les flancs. Les cicatrices et les bleus m’ont empêché de m’asseoir pendant plusieurs jours.

Je suis ressortie toute courbaturée, mais dans un état de bien-être, sans doute grâce aux endorphines libérées. C’était comme une intense séance de sport de cinq heures presque sans pause. Cette fois, j’étais comblée. J’ai compris ce jour-là que le sexe SM me permettait de libérer des tensions profondes. C’est un exutoire puissant. Cette séance a nourri pour toujours mon imaginaire érotique.

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