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Nouvelle ère

Libéré, décomplexé: le sextoy se réinvente

Dossier Sextoys Manufucktura Elia HD

A l'image des beaux dildos grisons de Manufucktura, les sextoys se réinventent. Ces six objets en bois local, certifiés et soigneusement travaillés, portent tous le nom d’un idiome de la langue romanche (Tuachin, Sursilvan, Jauer, etc.), qui lui ont valu les honneurs du téléjournal.

© Manufucktura / Elia

Devinette: qu’est-ce qui ressemble à un thermomètre électronique, a été grandement inspiré par une pompe d’aquarium et a déjà donné du plaisir à plus de 4 millions de femmes? La star des sextoys, pardi, le fameux Womanizer, avec son système d’aspiration du clitoris tant encensé. Mais cet objet du désir a déjà quelques années au compteur et de nouveaux dispositifs, sans réinventer totalement la roue, ont depuis fait leur apparition. Surtout, la plupart d’entre eux ont comme point commun de changer leur façon de communiquer. Finie la course à l’orgasme – c’est encore et toujours la Unique Selling Proposition du Womanizer, atteindre le septième ciel en une poignée de secondes – et les discours tournés sur la performance. Exit les photos de femmes en pleine extase sur les packagings, qui deviennent plus sobres, adoptent des couleurs pastel, voire des messages humoristiques et décomplexés.

«Perso, j’ai un Womanizer. Je l’ai acheté sur Qoqa en même temps que la moitié de mes copines, raconte ainsi Valentine, jeune quadra. C’est incroyable, parce qu’en 1 minute chrono, c’est l’orgasme assuré. Mais parfois, j’ai envie de prendre mon temps, y aller un peu plus à tâtons, et pour ça j’ai un autre jouet.» Et pour répondre à cette attente, c’est toute une nouvelle génération, peut-être plus libérée, qui se lance dans le marché, transformé grâce à la libération de la parole et à la diminution (relative) du tabou autour du plaisir féminin et de la masturbation.

Faites-vous l’amour…

Une nouvelle génération à l’image de Célia et Jalil, jeune couple français, à la vie comme à la scène, derrière le nouveau sextoy Fyne, lancé à l’été 2020, pile entre les deux vagues. Un joli objet, rose mat, flexible et permettant du coup plusieurs manières de stimuler le clitoris comme les zones érogènes avoisinantes. Mais, surtout, assorti d’une com’ drôle – le slogan est «faites(-vous) l’amour, pas la guerre» – et décomplexée, afin de toucher un nouveau public. «D’ailleurs, on voit avec les feedbacks que l’on reçoit que nous avons une part importante de primo-utilisatrices», note Jalil. Soit des personnes qui n’avaient jamais, auparavant, fait le pas et acheté un sextoy.

«C’est d’ailleurs notre principal objectif: dédramatiser, faciliter la conversation, guider un peu les gens!»

Car pour eux, le manque d’accompagnement, mais aussi la pauvreté de l’éducation sexuelle, ont clairement entraîné de grosses lacunes et c’est vers le porno que beaucoup, à défaut, se sont tournés, avec toutes les dérives et préjugés que cela inclut. «Le porno, il en faut, mais il n’est clairement pas assez diversifié, poursuit Jalil. 90% sont tournés vers la performance ou la taille du sexe de l’homme, devant laquelle la femme se pâme et, mine de rien, à force de regarder, on se fait des schémas dans la tête, on est un peu prisonnier d’une cage.»

© Fyne / Le Fyne de Célia et Jalil est vendu avec un lubrifiant et un petit magazine/mode d'emploi.

Du coup, pour tenter de redonner un peu de fraîcheur au geste d’achat, ils ont ajouté à leur sextoy, outre un lubrifiant, un petit magazine bourré d’illustrations et de propositions d’utilisation – à tester seule ou en couple, quelle que soit sa composition d’ailleurs. Le jeune duo d’entrepreneurs, face au succès inattendu, a de la suite dans les idées et est déjà en train de prospecter le marché pour développer un gadget tourné vers le plaisir anal cette fois… un autre tabou à surmonter.

Célia et Jalil ont bien choisi leur moment. Au-delà de la crise sanitaire, qui a fait exploser les ventes en ligne de manière générale et a offert à beaucoup du temps en plus pour s’occuper d’eux, le marché des accessoires sexuels se porte comme un charme. «Effectivement, si les ventes de DVD et de films ne cessent de diminuer depuis 15 ans à cause d’internet, les jouets ont plus que compensé ce déclin, se réjouit Jan Brönnimann, responsable communication de la chaîne suisse Magic-X. Les jouets sexuels ne sont plus considérés comme sales et les jeunes clients en particulier se parlent de leurs expériences, échangent des conseils.» Symptôme de cette libération toute relative de la parole, on se rend parfois en groupe au sex-shop, pour faire ses achats ensemble. Impensable dans le passé.

«Je me masturbe, et vous?»

«Le marché s’est clairement ouvert. Aujourd’hui on peut parler de notre travail, mais au début, en 2009, on avait un peu peur, on ne voulait carrément pas donner nos noms ou apparaître en photo dans le journal, se souvient Simon Jaquier, un des fondateurs du site Kisskiss, dont les entrepôts tout neufs sont en Valais et qui a enregistré des ventes exceptionnelles (+25%) l’année dernière.

Autre preuve de ce boom sans précédent, les stars mondiales de la pop ne se lancent plus dans une ligne de maquillage ou de fringues, mais développent désormais des sextoys. Lily Allen, Dakota Johnson, Cara Delevingne, pour ne citer qu’elles, profitent de leur notoriété pour faire la promotion du plaisir sexuel, forcément lié à l’achat d’un appareil ad hoc. Jan Brönnimann ose carrément faire le lien entre les livres et les films Fifty Shades of Grey et un boom des ventes: «Ils ont clairement amené dans nos établissements de nombreux nouveaux clients qui n’étaient jamais venus dans un magasin érotique auparavant!»

Dakota Johnson, la star de Fifty Shades of Grey n’hésite d’ailleurs pas à rappeler sur son compte Instagram que «le bien-être sexuel est un droit humain fondamental», tandis que Lily Allen, plus pragmatique, proclame: «Je me masturbe, et vous?»
© Coco / Marie Comacle a imaginé le Coco, dont la campagne de financement participatif, ce printemps, a cartonné.

Une question à laquelle Marie Comacle répond avec plaisir, sur les réseaux sociaux notamment. Elle a d’abord créé le compte Puissante, afin de dédramatiser l’acte et de créer une communauté autour du sujet. De fil en aiguille, son engagement pro-masturbation et les questions de ses followers lui ont donné l’idée d’imaginer à son tour le dildo parfait. Coco était né. Le financement participatif vient de se terminer, bien au-delà des espoirs de la jeune femme. «Mais ça reste quand même encore difficile à aborder, regrette-t-elle. Il faut qu’on arrête de parler de plaisir-performance et axer davantage sur le bien-être sexuel, qui fait partie du bien-être global. Ça aide au quotidien, ça aide à avoir confiance en soi, c’est super-important. Et au lieu de nous enseigner ça à l’école, on nous explique qu’il faut mettre des capotes et c’est à peu près tout», déplore-t-elle.

Bien-être et inclusivité

© DR / En 1971, le catalogue Vedia ne vendait pas de sextoys, mais un "masseur à joue". 50 ans plus tard, il reprend les mêmes codes, au second degré cette fois-ci.

C’est désormais du passé, ou presque. Sur Instagram, via des podcasts, des sites ou des publications en vrai papier, entre amies, au sein du couple, le plaisir au féminin est désormais un sujet dont on cause. Au-delà, c’est une nouvelle façon de parler sexe qui se dessine.

«Même les marques dites traditionnelles dans ce milieu font le virage vers cette notion de bien-être sexuel, deviennent aussi plus inclusives», se réjouit Simon Jaquier.

A quand la Journée mondiale de la masturbation, validée par les Nations Unies?

La petite histoire de Manufucktura

Prudes, les Suisses? Pas du côté des Grisons, en tout cas. Tino Andri, menuisier à Ardez, une petite localité de Basse-Engadine, a eu la bonne idée de diversifier ses activités en proposant toute une palette de… godemichés. Plus élégants les uns que les autres, ces six objets en bois local, certifiés et soigneusement travaillés, portent tous le nom d’un idiome de la langue romanche, qui lui ont valu les honneurs du téléjournal. Il y a le classique Tuachin, les plus impressionnants Sursilvan et Jauer, l’original Vallader, et les deux plugs anaux de la famille, le Sutsilvan et le Puter. L’idée lui est venue durant le premier confinement, lorsqu’il a voulu – avec une pointe d’humour – remonter le moral d’une amie qui venait de rompre. Visiblement, le cadeau a plu.

© Manufucktura / Elia

3 questions à Laurence Dispaux, sexologue

FEMINA En tant que sexologue, estimez-vous qu’on parle aujourd’hui plus facilement de sextoy?
Oui, surtout entre femmes. Il y a parfois une jolie solidarité, une envie de s’entraider et de s’apporter des infos et des conseils. Les sextoys ont toujours existé, mais l’industrie du sextoy profite de tout un phénomène de mode, ainsi que des évolutions technologiques et d’un marketing fun. Et il est vrai que la masturbation féminine est souvent abordée par le biais des discussions sur les sextoys. D’ailleurs, le fait même que les femmes aient une excitation sexuelle, se masturbent et aient différentes sources d’excitation possibles ou préférentielles est sous-entendu dans l’évocation des sextoys.

Comment bien choisir son sextoy?
En sexologie, il est souvent important d’élargir les possibles, d’apprendre à notre corps – et à notre tête – qu’il n’y a pas qu’une seule voie qui fonctionne. Ainsi, on peut mieux s’adapter aux changements de vie, de partenaire, au vieillissement, aux modifications sensorielles suite à un accouchement ou une opération, etc. De manière générale, plus on dispose de chemins vers le plaisir, plus fluide sera notre vécu sexuel. Certaines préféreront un Womanizer, d’autres un godemiché, il est justement intéressant d’aller découvrir d’autres modes excitatoires… on avait cru ne fonctionner que d’une manière, on apprend à notre corps que d’autres stimulations peuvent contribuer au plaisir.

Evoquez-vous l’utilisation thérapeutique du sextoy dans vos consultations?
Disons que le sextoy est évoqué dans certaines consultations, pas pour ses bienfaits thérapeutiques, mais notamment lorsque la femme dit s’être tellement habituée aux sensations procurées par son sextoy qu’elle n’est plus réceptive aux stimulations procurées par le ou la partenaire, ou même par elle-même sans sextoy. Des couples aussi bénéficient de l’utilisation partagée du sextoy, pour varier les plaisirs, s’amuser, pour que madame arrive à l’orgasme. Et il y a aussi le cas de figure de la femme qui acquiert un sextoy pour explorer son anatomie et son fonctionnement, car elle n’ose pas, pour différentes raisons, se toucher avec les doigts. Le jouet permet alors de faire le pont, de mieux se connaître, en attendant d’oser se toucher.

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