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La menstrubation, ou se masturber pour soulager des règles douloureuses

Deon black E d OW Pra Av0 unsplash

«De nombreuses femmes en font la découverte instinctivement, mais les tabous autour des règles et de la masturbation ont induit que le sujet n’était pas clairement abordé», analyse Alexandra Hubin, sexologue.

© Deon Black / Unsplash

Si on ne pense plus aujourd’hui que la masturbation rend sourd, le tabou qui l’entoure reste pourtant bien ancré. Et encore davantage quand il s’agit d’évoquer la masturbation féminine. C’est bien dommage, car se masturber, c’est bon pour la santé. Mais ça, on le savait déjà: l’orgasme lui-même enclenche tout un processus hormonal bienfaisant, ayant un impact sur le sommeil, le stress, ou encore la qualité du teint.

Mais ce qui est nouveau, c’est la preuve empirique que se masturber aide aussi à soulager les douleurs liées aux règles. C’est en substance ce que vient de démontrer une étude, menée depuis à peu près un an et financée par les marques Womanizer - oui, la marque du fameux sextoy à succion du clitoris - et Lunacopine, une marque de coupes menstruelles.

L’étude avait été lancée, à grands renforts d’articles dans la presse féminine et sur les blogs, en mai 2020.

Plus de 20000 personnes s’étaient alors portées volontaires, et 486 d’entre elles - dont des Suisses - ont été sélectionnées de manière aléatoire pour mener cette étude s’étalant sur plusieurs mois.

En résumé, il leur a été demandé de remplacer provisoirement leurs méthodes de contrôle de la douleur (des médicaments anti-douleur la plupart du temps) par… la masturbation.

Et le constat est sans appel. L’intensité des douleurs menstruelles comme leur fréquence ont diminué, parfois de manière conséquente.

Ainsi, 31% des personnes interrogées à la fin de l’étude ont confirmé que la masturbation avait réduit forcément l’intensité de la douleur, tandis que 62% d’entre elles estimaient que la diminution de la douleur était légère.

«Les résultats de cette étude viennent confirmer ce que les sexologues entendent régulièrement en consultation, résume Alexandra Hubin, elle-même sexologue. De nombreuses femmes en font la découverte instinctivement, mais les tabous autour des règles et de la masturbation ont induit que le sujet n’était pas clairement abordé. Les patientes sont d’ailleurs très souvent surprises d’apprendre qu’elles ne sont pas les seules à avoir remarqué une diminution de la douleur.»

Fossé masturbatoire

Mais il y a douleur et douleur. Et celles qui accompagnent parfois les règles peuvent prendre différentes formes: il y a les fameuses crampes menstruelles, mais aussi des douleurs abdominales, des épisodes de diarrhée, des seins douloureux, des douleurs dans le dos, voire des changements d’humeur. En ce qui concerne les crampes, un des symptômes les plus fréquemment cités, elles étaient 37% à en souffrir à chaque épisode avant la phase test, mais seulement 25% après. Même tendance pour les douleurs abdominales, passant de 22% à 9%, ou des épisodes de diarrhée, passant de 20 à 13%.

La posologie? Plus de la moitié des femmes se sont masturbées entre 4 et 10 fois par mois, mais seulement 20% d'entre elles l'ont fait durant leurs règles.

Evidemment, toutes les personnes menstruées ne sont pas égales face aux douleurs liées aux règles. «Perso, quand j’ai mes règles, j’ai parfois tellement mal qu’à part rester au lit avec une bouillotte, je ne fais pas grand-chose, raconte ainsi Sandra, la trentaine, qui se masturbe par ailleurs de manière régulière. Je n’ai même pas envie de manger, alors me masturber, encore moins…»

Mais Alexandra Hubin souligne un élément: il ne s’agit là nullement d’une incitation à la masturbation. «Je dirais que l’idée première est de valoriser l’écoute de soi et de ses envies, ainsi que les bienfaits de prendre soin de soi en continu - durant et hors du temps des règles donc.»

Le problème majeur réside dans le fait que le sujet touche à un double tabou: la masturbation féminine et les règles. Toutefois, la libération de la parole féminine, le vaste mouvement d’émancipation féministe auquel on assiste aujourd’hui permet de faire avancer les choses.

«Historiquement, la sexualité des femmes et leur plaisir a été oppressé et contrôlé durant des siècles, résume Johanna Rief, qui porte le titre de responsable du sexual empowerment (ou émancipation sexuelle) chez Womanizer. C’est pourquoi il y a encore beaucoup de honte autour de la masturbation féminine.

C’est pour ça qu’en moyenne, les hommes se masturbent 104 fois par an, tandis que les femmes ne le font que 40 fois.» On parle même carrément de fossé masturbatoire.

«C'est sûr, ça a longtemps été plutôt compliqué de parler de masturbation autour de soi, mais là il y a clairement quelque chose qui a changé, on en parle sur Instagram par exemple, il y a plein de comptes super, et le clitoris n'est plus cette partie du corps totalement inconnue par la moitié de la population humaine, des livres sortent qui abordent plus ou moins frontalement cette thématique, ça fait plaisir à voir», abonde Sandra.

En gros, un seul mot d'ordre: sortez votre sextoy préféré, rechargez votre Womanizer ou, simplement, ménagez-vous un petit moment au calme, si l'envie vous en dit: c'est l'heure de se masturber.

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