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«Dehors les enfants!»: Un plaidoyer contre la parentalité positive

Dehors les enfants un plaidoyer contre la parentalite positive

Dès qu’il y a une pierre sur le chemin, ou juste un petit caillou, les parents «hélicoptères» se précipitent pour l’enlever. Comment voulez-vous que les enfants s’habituent à déblayer eux-mêmes et à se demander comment surmonter un obstacle?» - Corinne Maier

© Annika McFarlane / Getty Images

Son livre No Kid (40 raisons de ne pas avoir d’enfants) avait créé un petit tsunami médiatique en 2007. Une mère de famille qui balance, ça gêne aux entournures. Corinne Maier manie toujours aussi bien l’impertinence. Dans son dernier ouvrage, Dehors les enfants! (Ed. Albin Michel)cette Franco-Suisse (et même un peu Belge), essayiste, psychanalyste (et un peu économiste), nous présente son fils, Ulysse, dit Lulu: «Il a 25 ans et, depuis des années, il reste incrusté dans sa chambre comme un meuble très lourd. Rien n’indique qu’il a l’intention d’en partir.»

Lulu fait partie de ces jeunes adultes qui n’étudient pas, ne travaillent pas, mais squattent le nid familial. Ici, on les appelle des Tanguy, au Japon ce sont des Hikikomori et dans les pays anglo-saxons, des NEET (Not in Education, Employment or Training). «Je me suis appuyée sur du vécu, mais j’ai un peu transformé les choses pour ne pas me fâcher avec ma famille et avec mon fils», sourit Corinne Maier.

Tous les jeunes ne sont pas comme ça, bien sûr, mais si les plus énergiques (ceux qui font le tour du monde à vélo ou manifestent contre le dérèglement climatique) «occupent le dancefloor médiatique», les «mollassons» qui vivent retranchés dans leur chambre sont plus nombreux qu’on ne l’imagine. C’est le constat de Corinne Maier qui, ma foi, est un peu tombée de l’armoire en réalisant que son ectoplasme de fils naviguait «entre les restes de pizza et les jeux vidéo», alors qu’elle avait l’impression de s’être donnée corps et âme pour lui, persuadée d’avoir fait ce que la société attend d’une bonne mère censée accompagner sa progéniture jusqu’à ce que celle-ci vole de ses propres ailes. Décollage raté.

«À la question: «Que devient ton fils?» Il est toujours embarrassant de répondre rien», note Corinne Maier. Alors, avec une poignée d’amis dans la même situation, ils se réconfortent. Leur bête noire? Un Indien de 27 ans qui a intenté un procès à ses parents pour lui avoir donné la vie sans son consentement. On ne peut que rire en la lisant, même si le sujet est hautement inflammable.

«L’enfant? Il faut forcément l’idéaliser, nous confie-t-elle. C’est pour cela que la question de ces jeunes qui ne font pas grand-chose, qui commencent des études sans jamais rien finir, est un tabou.

Certains parents en parlent, mais beaucoup refusent l’idée qu’ils se retrouvent à la maison avec un mollasson, sans savoir quand cette cohabitation s’achèvera. S’ils en parlent, c’est toujours de manière enrobée, en utilisant des expressions du genre "il se cherche", "il faut lui laisser le temps", alors que certains ont déjà 25, voire 30 ans…»

Des «anorexiques du désir»

Dans son propre foyer, elle prend la mesure du monde qui la sépare de son fils, se souvient qu’au même âge, quand ses parents lui disaient qu’elle pouvait toujours rentrer si ça tournait mal, elle pensait très fort «plutôt crever»!

Bien sûr, le contexte actuel n’est pas très enthousiasmant pour la jeunesse. Corinne Maier l’admet, mais elle pointe aussi les dégâts de la parentalité «positive», qui sacralise l’écoute, la communication, le respect des aspirations des enfants et qui pourraient bien avoir engendré une armada d’«anorexiques du désir». On surprotège les enfants, on les façonne selon une sorte de «délire éducatif», d’après elle: «Des chiffres montrent qu’une mère de famille anglaise s’occupe 2,5 fois plus de son enfant que dans les années 70. C’est un changement énorme en l’espace de deux générations, alors que les femmes travaillent plus aujourd’hui. Dès qu’il y a une pierre sur le chemin, ou juste un petit caillou, les parents «hélicoptères» se précipitent pour l’enlever. Comment voulez-vous que les enfants s’habituent à déblayer eux-mêmes et à se demander comment surmonter un obstacle?»

Son livre est une radiographie gratinée des relations parents-enfants. Elle se moque de son comportement de mère, de son enfant aussi, sachant pertinemment qu’aux yeux de la société, elle commet un crime de lèse-maternité: «Pour certaines personnes, ça ne peut absolument pas être un sujet d’humour». Tant pis pour elles.

Tanguy, Hikikomori et autres NEET

L’ermite moderne a plusieurs visages. Si le Tanguy fait plutôt penser à un jeune dont les études s’éternisent et qui s’incruste chez papa-maman, les Hikikomori composent une population de reclus qui fuient le monde extérieur. Quant aux NEET (Not in Education, Employment or Training), il s’agit d’une classification, utilisée notamment par la Banque mondiale, concernant les jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Selon Eurostat, 17,6% des Européens entre 20-34 ans entraient dans la catégorie NEET en 2020.

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