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Comment ne plus avoir peur de parler en public?

Peur parler public

«Les femmes ont la réputation d'être hystériques et incapables d'autorité, et dès que leur voix part un peu dans les aigus, cela ne fait que confirmer ce cliché.»

© Getty

On a toutes connu ce stress au moment de prendre la parole dans une réunion: la voix se met à chevroter ou à partir dans les aigus… ce qui nous déstabilise et peut décrédibiliser nos propos. Nos collègues masculins, eux, paraissent plus posés, maîtrisés… Un détail qui n’en est pas un, puisque la voix donne de nous une impression déterminante dès les premières paroles: elle compte directement pour 38% dans l’impact du message à faire passer. Un exercice d’autant plus difficile quand on est une femme. Mais est-ce que les voix féminines sont forcément moins écoutées dans le milieu professionnel? Et peut-on travailler sa voix pour gagner en assurance? Réponses avec Christine Moussot, coach vocal et auteure de «Femmes, faites-vous entendre. S'affirmer par le travail de la voix», paru en juin 2017 aux Éditions Odile Jacob. Ou comment devenir actrice de sa voix, au lieu d’en être victime.

FEMINA Sucrée, voilée, exaspérante, fatiguée, captivante, affirmée… Entendre la voix de quelqu’un, c’est se le représenter… et le cataloguer?
CHRISTINE MOUSSOT La voix en dit beaucoup sur le genre, l’âge, l’origine, le niveau socioculturel… Mais il y a aussi des clichés qui ont la vie dure dans l’inconscient collectif. Une femme avec une voix de petite fille, polie et souriante face à la hiérarchie, n’aura que peu de crédibilité quand il s’agira de lui confier des responsabilités. Une femme me racontait récemment comment lors d’une conversation téléphonique avec un collègue masculin qui prenait l’ascendant sur elle de manière assez rude, elle s’est sentie disparaître, et sa voix a pris le même chemin. Au moment de raccrocher, l’interlocuteur pourrait se dire, face à cette voix qui s’est évanouie: «Je ne la sens pas, elle n’a pas les épaules assez solides…»

Quand l’image de gentille fille nous colle à la voix, comment faire pour s’en émanciper?
Une fois cataloguée, c’est dur de changer de rôle, pour la personne elle-même comme pour son entourage. Lorsque quelqu’un qui est tout le temps dans l’attente de validation arrive tout à coup affirmé, c’est bizarre. Ce changement peut être difficile à assumer. Mais en prenant conscience du rôle dans lequel on se met par sa voix, on peut au moins atténuer les dégâts. Avant d’amorcer le tournant sur la durée.

Pourquoi est-ce (plus) difficile de se faire entendre en tant que femme?
C’est une question de conditionnement. Les femmes ont la réputation d'être hystériques et incapables d'autorité, et dès que leur voix part un peu dans les aigus, cela ne fait que confirmer ce cliché. Du coup, la femme se retrouve en position de victime, et l’homme dans celle du sauveur… ou du bourreau. Cela me tient à cœur de démentir ces idées reçues. Vocalement, ce qui nous dessert n’est ni la hauteur, plus aiguë, ni le timbre, plus clair, mais les comportements vocaux (serrage de la voix, décrochage dans les aigus, perte de consistance, de corps) qui découlent de nos apprentissages. On peut gagner en charisme et en autorité en travaillant sa voix. Il faut arrêter de faire un complexe au moment de prendre la parole.

Vous organisez des ateliers voix féminine et réussite professionnelle. Pourquoi et comment avez-vous eu cette idée?
C’est un ensemble d’observations qui m’a amenée à créer ces ateliers. La voix est ma passion depuis toujours, tout comme ce qui touche au développement personnel. Un jour, le lien s’est fait dans ma tête: quand la voix se comporte de telle ou telle manière, au-delà des mots utilisés, elle trahit parfois un rôle parfois insidieux dans lequel on se place.

Vous parlez de la voix en tant qu’outil d’affirmation de soi, de développement personnel. Comment?
La voix est un outil technique, avec des leviers concrets, qui permet d’agir tout de suite pour gagner en affirmation de soi. En démystifiant et en apprenant à maîtriser les différents paramètres de la voix notamment, on peut travailler sur l’image qu’on renvoie. Nous ne sommes pas condamnées à être victime de notre voix, on peut la changer, la libérer.

Est-ce que la voix peut être un frein à l’ascension professionnelle?
On ne s’en rend pas compte, mais oui. On n’a pas envie de confier des responsabilités à une personne avec une voix effacée ou enfantine. Pareil pour une voix agressive, qui trahit un sentiment d’illégitimité, car, paradoxalement, plus on force à l’écoute, moins on est écoutée. Mais il ne faut pas se voiler la face. Il y a encore beaucoup de sexisme dans les entreprises. Et une femme, même si elle s’affirme par sa voix, aura tendance à être déstabilisée. Quoiqu’on fasse, on ne part pas avec le même jeu entre les mains.

Faut-il imiter, adopter un style masculin, plus grave, pour s’affirmer?
Masculiniser sa voix n’est pas la solution, d’après moi. Mais cela dépend de son milieu professionnel bien sûr. Dans un milieu totalement masculin, c’est d’autant plus dur de se faire entendre en tant que femme… mais on a une carte importante à jouer aussi: il faut savoir mettre en avant nos différences et nos atouts, sans s’excuser de qui on est. L’écoute, l’empathie et la bienveillance, par exemple, sont aujourd’hui des qualités très recherchées chez les managers. Assumer sa féminité, c’est aussi une manière de sortir du lot, si on arrive à se libérer des freins, des peurs.

Dans votre livre, vous dites qu’il semblerait qu’au fil des époques la tonalité des voix féminines (en France, en tout cas) tend à baisser, alors que celle des hommes remonte. Peut-on aller jusqu’à dire que plus il y aura d’égalité entre hommes et femmes et plus leurs voix seront proches?
Oui, c'est exactement mon propos, même si cela reste une supposition. J'aime à croire que l'évolution sociale en termes d'égalité hommes-femmes nous a menés vers plus d'égalité vocale et je pense sincèrement que changer nos modèles vocaux féminins contribuera aussi à encore plus d'égalité sociale, en nous permettant d'endosser des rôles nouveaux.

3 exercices à faire avant de prendre la parole en public

Même si le travail sur la voix se fait sur le long terme, voici trois exercices simples et efficaces à faire juste avant de prendre la parole en public.

Pour lutter contre le trac et développer sa présence:

- Pendant 2 ou 3 minutes, on se focalise sur l’instant présent. Avec une petite marche méditative durant laquelle on se concentre sur sa respiration.

Pour poser sa voix et éviter de décrocher dans les aigus:

- On prend 1 à 2 minutes pour bien respirer en lâchant la mâchoire et diriger l’air dans le bas du ventre, avec une respiration abdominale.

- On émet des «bzzzzz», (ndlr: à la manière des abeilles), en ne lâchant pas trop d’air et en ressentant la vibration quand on relâche la mâchoire entre chaque son…

Qu’est-ce qui se travaille (ou pas) dans la voix?

Dans son livre, Christine Moussot invite les femmes à travailler leur voix pour mieux gérer leur image et développer leur leadership. Le tout grâce à des exercices pratiques et des exemples vocaux à télécharger. En gros, tout se travaille: la prosodie (ndlr: intonations, rythme, débit…), le timbre (ce qui donne la présence, la largeur à la voix, pour occuper l’espace, développer son charisme), le volume (puissance, projection vocale) et la hauteur quand cela s'avère nécessaire (si la personne ne parle pas "dans sa vraie" voix). Un travail sur le long terme, avec des entraînements quotidiens, courts mais réguliers (10 à 15 minutes tous les jours). A chacune de trouver sa voix, et son style.


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