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Netflix, je te quitte

Arrêtons de délaisser nos hobbies!

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«Lorsque nous accumulons des micro-stress, sans d’accorder des temps d’arrêt, des moments dépourvus de stimulations extérieures, nous risquons de parvenir à un état de stress permanent, prévient Paul Jenny. Nous entrons alors dans un cycle de fatigue qui nous empêche de prendre du recul, jusqu’à perdre de vue ce qui fait réellement sens pour nous.»

© Getty

«Quand j’étais petite, j’adorais lire, raconte Isabelle, 32 ans. Je pouvais passer des après-midis entiers, plongée dans un roman, sans réaliser que l’heure tournait. J’adorais vraiment ça, et me dépêchais de terminer mes devoirs pour pouvoir me replonger dans mon chapitre. Aujourd’hui, les choses ont beaucoup changé… le soir, je rentre tard, je dois m’occuper du souper et je regarde souvent une série avec mon copain pour me vider la tête. Quand je dégaine enfin un livre, c’est pour m’endormir dessus dix minutes plus tard.»

Actuellement, Isabelle ne termine plus qu’un roman par mois, ce qui représente un bien maigre score pour la férue de littérature qu’elle était... et qu’elle est toujours, quelque part sous ces couches de stress et de responsabilités, ces piles de listes et d’agendas épais comme les grimoires qu’elle n’ouvre plus. Cette enfance insouciante, qui lui permettait de choisir sereinement les activités qui la rendaient heureuse et d’y consacrer des heures, semble bien loin.

Pascale, 29 ans, regrette quant à elle de ne plus jouer autant de musique qu’auparavant. «En rentrant du travail, je réfléchis parfois à saisir ma guitare, explique-t-elle. Et puis je me dis que je suis crevée, que je vais d’abord me poser un peu. Je finis bien sûr par passer trente minutes sur YouTube et puis, hop, je reçois un message vocal d’une amie… résultat: je n’ai pas fait de musique.»

Si nous affirmons souvent manquer de temps, dans la société trépidante et exigeante qui est la nôtre, il ne semble pas étonnant que certains finissent par égarer «l’enthousiasme enfantin» dont parlait le réalisateur italien Federico Fellini. Mais le manque de temps est-il réellement notre seul problème?

«Les enfants possèdent un accès à leur imaginaire beaucoup moins contraint, explique le psychothérapeute FSP Paul Jenny. Ils ont évidemment moins de responsabilités, mais subissent aussi moins l’influence de l’injonction à être efficace, qui pèse plus facilement sur les adultes.»

Gare aux supports attentionnels faciles

Être productif, efficace, rapide… nos vies ressemblent souvent à une course effrénée qu’il nous est parfois difficile de ralentir, d’où l’impression que le temps nous échappe: «Lorsque nous sommes fatigués ou stressés, il est plus difficile de prendre du recul, poursuit le spécialiste. À la suite d’une journée épuisante, il peut arriver que nous ne prenions même pas la peine de nous demander ce qui nous plairait réellement de faire, pour céder à l’attrait d’activités accessibles, aux supports attentionnels captivants faciles.»

De plus, ces occupations destinées à nous «vider la tête» ne nous apportent pas beaucoup de satisfaction «Il y a une différence entre le plaisir ressenti lorsque nous regardons la nouvelle saison d’une série que nous attendions avec impatience et le “faux plaisir” que nous tirons d’un épisode uniquement destiné à faire passer le temps, estime la psychologue FSP Jennifer Picci.

C’est un peu comme lorsqu’on a envie de manger un gâteau spécifique, mais qu’il est hors de notre portée, et qu’on se contente d’un autre dessert. Il y a du plaisir, mais non de la satisfaction totale.»

Alors pourquoi ne faisons-nous pas le nécessaire pour obtenir ce morceau de gâteau tant désiré? «Le vrai plaisir peut parfois demander un temps de préparation, une attente ou un léger effort, poursuit notre experte. Et c’est là que tout se complique, car une partie de notre cerveau est préprogrammée à rechercher les sources de plaisir qui nous demandent le moins d’effort pour un maximum de satisfaction physique. Et notre quotidien est rempli de sources de divertissement qui répondent parfaitement à ces critères.»

Parmi les occupations capables de nous «happer» de cette façon, on citera notamment Instagram («Mon Dieu, ça fait déjà trente minutes que je scrolle?»), les plateformes de streaming telles que Netflix («Êtes-vous toujours là?»), YouTube et le shopping en ligne.

«Ces activités peuvent s’apparenter à une addiction, ajoute Paul Jenny. On a l’impression qu’une activité manuelle, un moment de méditation, une promenade ou un peu de lecture, par exemple, exigent davantage d’engagement de notre part.»
© Jonathan Borba

L’importance du ressourcement

Cette logique de consommation passive et insatiable risque toutefois de nous empêcher de prendre de vrais moments de pause, sachant que les supports attentionnels faciles ne sont pas ceux qui nous ressourcent réellement. «Lorsque nous accumulons des micro-stress, sans s’accorder des temps d’arrêt, des moments dépourvus de stimulations extérieures, nous risquons de parvenir à un état de stress permanent, prévient Paul Jenny. Nous entrons alors dans un cycle de fatigue qui nous empêche de prendre du recul, jusqu’à perdre de vue ce qui fait réellement sens pour nous.»

C’est à ce moment-là que, dans un souci de parvenir à bout de notre liste de tâches, nous finissons par manquer nos pauses déjeuner, devenons encore plus éreintés et délaissons davantage nos moments de répit pour compenser le manque de productivité dû à la fatigue. Un vrai cercle vicieux.

La solution? Lutter contre les habitudes néfastes et doser les moments de productivité. «On peut dresser une liste des activités de la semaine, en réalisant une carte du temps que nous y avons investi, conseille le psychothérapeute. Ça nous permettra de faire une sorte d’état des lieux et de prendre conscience de la place que nous accordons aux activités enrichissantes. On peut également se fixer de petits défis en bloquant des plages horaires destinées à sortir de notre zone de confort, en organisant par exemple une sortie cinéma ou une balade en forêt chaque semaine.»

Retrouver nos passions

Mais que faire, lorsqu’on ne parvient plus à identifier les hobbies qui pourraient nous faire tant de bien? Jennifer Picci préconise de se poser trois questions essentielles:

  1. Si en claquant des doigts je pouvais me téléporter immédiatement ou faire apparaître ce que je veux, que se passerait-il?
  2. Quand j’étais petite, j’adorais…
  3. J’ai toujours admiré les gens qui font…

«La vie ne doit pas être qu’efficace, souligne-t-elle. C’est parfois quand on est détendu, rempli, satisfait, qu’on a nos meilleures idées.»

En d’autres termes, reprendre contact avec un hobby, c’est reprendre contact avec la vraie vie, celle qui s’étend au-delà des spirales de stress qui nous consument. «Une personne reposée et ressourcée pourra prendre plus de recul, conclut Paul Jenny. Elle sera plus efficace, saura doser les efforts et le stress qu’elle s’impose et pourra prendre de meilleures décisions.»

Si une petite demi-heure de lecture, de guitare, de dessin ou de danse peut avoir cet effet… alors on se demande pourquoi on est toujours sur Instagram!

Trois livres pour aller plus loin

«L’art d’être oisif… dans un monde de dingue», Tom Hodgkinson, Corinne Smith, Editions Les Liens qui libèrent, (octobre 2019)

«Lâche ton (putain) de portable», Cahiers, Editions Marabout

«Le petit manuel de la simplicité: 50 préceptes pour se simplifier la vie», Simon Tyler, Editions Mardaga

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