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Suivre le film de la crise

La situation n’était déjà pas terrible quand on a sorti nos robes et nos t-shirts pour l’été. Là, au moment où on s’apprête à enfiler pulls, écharpes et bonnets, ce n’est pas mieux. Les économies américaines et européennes n’arrivent pas à redémarrer. Les dettes plombent les Etats-Unis et bon nombre de pays européens. Le chômage progresse des deux côtés de l’Atlantique. L’euro tremble et, depuis le début de l’été, le cours des Bourses ressemble à un électrocardiogramme en folie. Même un pays en bonne santé comme la Suisse commence à subir les contrecoups de la crise. Comment tout cela va-t-il se terminer? Quand? A quel coût? Malgré une avalanche de chiffres, d’analyses, d’opinions, de discours et une multiplication des rencontres politiques et économiques au sommet, en réalité, personne n’en sait rien. Pas franchement rassurant…

Pourtant, nos sociétés ont déjà eu à affronter nombre de crises économiques et de krachs. Celui de 1929 a été le plus dramatique, le premier a été le plus bucolique. Il est survenu au XVIIe siècle en Hollande, où la passion pour les tulipes a engendré une folie spéculative. Quand la réalité a repris ses droits, les prix ont brusquement atterri au niveau des plates-bandes, tout comme de nombreuses fortunes hollandaises. Plus de trois siècles plus tard, le mécanisme de base d’un krach n’a pas changé. En revanche, et c’est cela qui change tout, ses conséquences sont devenues incommensurables. Parce que notre monde est globalisé, interconnecté et speedé. Parce que notre monde ne repose désormais plus que sur un système économique unique. En 1637, la chute des cours de la tulipe n’avait eu aucune conséquence hors de la Hollande. Aujourd’hui, elle aurait pu gagner toute la planète.

Vrai scénario catastrophe

C’est d’ailleurs exactement le script du film catastrophe qui se déroule sur nos écrans depuis quatre ans. Les premières scènes se passent aux Etats-Unis. La crise des subprimes en 2007, ça vous rappelle quelque chose? Depuis quelques années, outre-Atlantique, l’immobilier ne cessait de prendre de la valeur. Trop, trop vite. Avec pour conséquence de doper le mode de vie à crédit, typiquement américain. Pour les ménages de la classe moyenne, il suffisait de mettre régulièrement leur maison en garantie pour emprunter davantage. Quant aux familles pauvres, elles avaient accès, souvent sans aucun examen de leur situation financière, à des prêts hypothécaires d’un genre nouveau, les subprimes.

Les taux de départ défiaient toute concurrence, mais après ils prenaient l’ascenseur, sans que les emprunteurs en soient toujours informés. Quand le marché immobilier s’est lézardé en été 2007, tout ce système a commencé à s’écrouler. Des millions d’Américains ont perdu – et perdent encore aujourd’hui – leur maison, des sociétés spécialisées ont fait faillite et les deux géants semi-étatiques du secteur n’ont dû leur survie qu’à une aide fédérale. Là, le scénario s’emballe. Les banques se mettent à tanguer parce que les subprimes – dont on n’arrive plus à estimer la valeur – avaient été injectés massivement dans le système financier international. Pour quel montant? Dans quels établissements? On n’en sait rien. La méfiance s’installe, les banques hésitent à prêter, la machine se grippe.

Mi-septembre 2008, c’est le choc: pour la première fois depuis le désastre de 1929, une grande banque américaine, Lehmann Brothers, fait faillite, plusieurs autres vacillent. Est-ce qu’on regarde «1929, le retour»? Pas cette fois-ci. Par centaines de milliards (garanties, prêts, nationalisations, liquidation d’avoirs «toxiques»), les gouvernements et les banques centrales des Etats-Unis et des pays européens viennent au secours du secteur bancaire pour éviter un cyclone force 5 sur l’économie mondiale. En Suisse, UBS aura besoin d’une aide fédérale en octobre 2008.

Entracte trop court

Puis le vent tombe, les lumières se rallument. Entracte. C’est le moment de reprendre son souffle. De constater les dégâts – malgré des plans de relance la récession est installée dans une bonne partie du monde développé, le chômage augmente – et de commencer à réfléchir à la manière de bloquer la touche «replay». Le néolibéralisme, acteur vedette depuis les années 1980, commence à être hué. Et pas seulement à gauche de la salle. Il faut dire que son credo «l’Etat n’est pas la solution, mais le problème» passe désormais plutôt mal. Est-il admissible que, depuis une trentaine d’années, tout un secteur nouveau de la finance – pour faire simple, celui qui fait de l’argent avec de l’argent plutôt qu’en investissant dans les entreprises ou la recherche – puisse continuer ses coups de poker? Qu’il échappe pratiquement à tout contrôle, au risque d’entraîner l’ensemble de l’économie avec lui? Bref, c’est l’heure des grands discours, des bonnes résolutions, celles de la recherche de nouvelles règles. Mais voilà, il faut du temps pour les concrétiser et celui de la politique et de la démocratie est lent. Tandis que des transactions financières se font maintenant en une nanoseconde sur ordinateur…

Rien n’est donc ni décidé ni résolu quand le film reprend en Islande. Ce petit pays, un «nouveau riche» depuis les années 1990 (chômage quasi inexistant, finances saines), s’enfonce dès la fin 2008. Sa dette, creusée par le sauvetage d’un système bancaire démesuré qui avait contribué à son décollage, est devenue abyssale. Non seulement l’Islande va avoir besoin de beaucoup d’argent, mais comme elle est devenue un créditeur à risque, le taux auquel elle pourra obtenir des capitaux atteint des sommets. La situation est telle qu’on parle d’une éventuelle faillite du pays! Grâce à un prêt du FMI en échange d’une politique d’assainissement drastique, le pire est évité.

Des Etats à l’affiche

Dès 2010, les mêmes causes – des ressources provenant davantage d’emprunts que des impôts, des finances mal en point, un besoin massif d’argent et des prêteurs de plus en plus nerveux – commencent à produire les mêmes effets dans les pays les plus fragiles de la zone euro, Grèce en tête. A noter que le raisonnement, parfaitement rationnel économiquement, ne tient pas pour les Etats-Unis, dont la dette est un véritable gouffre depuis bien avant 2008. Mais être encore la seule superpuissance mondiale impose un certain respect…

La Suisse, jusque-là, n’avait pas été trop sollicitée par la production. Juste une apparition dans la séquence «tourmente bancaire». Mais, depuis cet été, ça y est, on tourne aussi chez nous et c’est mauvais signe. Le paradoxe, c’est qu’une bonne santé financière a viré au désavantage! Voici, à grands traits, pourquoi: depuis 2007, des dizaines de millions de personnes ont perdu leur maison et/ou leur travail, des entreprises et des établissements financiers ont fait faillite, des Etats ont le couteau sous la gorge. Mais il y a aussi des gens et des sociétés qui sont en bonne santé financière, d’autres qui ont fait fortune ou l’ont décuplée, que ce soit grâce à la crise ou non. Bref, de l’argent, il y en a encore et même énormément. Et pour le préserver – que l’on soit gérant d’un fonds de retraite, entrepreneur, épargnant lambda ou spéculateur, on recherche des valeurs qui inspirent confiance… Comme l’or ou la monnaie d’un pays riche qui maîtrise ses dettes et est économiquement sain: la Suisse. Avec pour conséquence que le franc atteint des niveaux records face, notamment, au dollar et à l’euro, et que cela menace désormais une partie de notre économie. Du coup, la Banque nationale et le Conseil fédéral sont contraints, eux aussi, d’élaborer des plans de crise… Voilà où on en est à la mi-septembre 2011. Et le mot «fin» n’est toujours pas apparu. La séance continue…

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