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Du mystère à la crainte

Suisse romande: le flou autour des piqûres en soirée

Suisse romande: le flou autour des piqûres en soirée

Les victimes présumées de piqûres rapportent des malaises, des vertiges, des bouffées de chaleur, des évanouissements et des lésions auréolées d’un hématome, mais rien de spécifique à une drogue.

© SKYNESHER/GETTY IMAGES

1380 cas en Grande-Bretagne en six mois. Plus de 350 plaintes – et seulement quelques interpellations – en France depuis février. Des incidents en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas. L’Europe fait face à ce qui ressemble à une vague d’attaques à la piqûre dans les lieux festifs. Bar, clubs, salles de concert ou festivals, aucune soirée n’est épargnée.

Pourtant, malgré les nombreux témoignages relayés dans les médias et sur les réseaux sociaux, le phénomène reste insaisissable. Aucune enquête n’a pu faire la lumière sur le mobile, le mode opératoire, les outils ou les potentielles substances utilisées dans le cadre du «needle spiking». Les victimes rapportent des malaises, des vertiges, des bouffées de chaleur, des évanouissements et des lésions auréolées d’un hématome, mais rien de spécifique à une drogue. Toutes ces inconnues, ajoutées aux risques de soumission chimique au GHB et de transmission de maladies infectieuses, effraient sur TikTok ou Instagram, si bien que de nombreux médias parlent aujourd’hui de «psychose collective». En Suisse aussi des cas ont été signalés. Doit-on s’inquiéter?

1. Quelle est la situation en Suisse?

Les piqûres sauvages séviraient majoritairement en Suisse romande, d’après l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Les polices cantonales vaudoise et jurassienne sont les seules à confirmer des dépôts de plainte. Vaud serait le canton le plus touché, avec une dizaine de cas portés à la connaissance de la police en 2022. Cependant, «la présence de marque ou de trace de piqûre n’a pas pu être établie par le constat médical dans chacune des situations», précise le service de communication. En mai, cinq personnes ont été piquées au festival Balélec à l’EPFL, selon Blick. Des agressions confirmées par le festival. Le témoignage d’une victime est d’ailleurs posté sur le compte Instagram @payetonefpl.

Du côté des hôpitaux, le CHUV confirme avoir «accueilli quelques personnes ces derniers week-ends, dont certaines présentaient des lésions compatibles avec des piqûres», tout en précisant que les circonstances des blessures et l’objet qui les a provoquées sont encore indéterminés. Les HUG annoncent la prise en charge d’un cas aux urgences. Aucune trace de substance n’a été trouvée pour le moment.

2. Quels produits pourraient être injectés?

Premier suspect? Le GHB. L’Europe entendait une vague sans précédent de témoignages de tentatives de soumission chimique à la drogue du viol en automne 2021. Cette période coïncidait avec les premières suspicions de piqûres sauvages, au Royaume-Uni, mais également en Suisse, quand un message alarmant sur les réseaux sociaux affirmait que des étudiantes de l’École hôtelière de Lausanne avaient été droguées par ce mode opératoire. Des agressions toujours invérifiables.

Aujourd’hui, le GHB est à nouveau pointé du doigt par l’opinion publique, cependant, les experts sont quasi unanimes: il est peu probable que le GHB puisse être injecté dans le but d’une soumission chimique. Marc Augsburger, responsable de l’Unité de toxicologie et de chimie forensiques du Centre universitaire romand de médecine légale (CURML), précise: «L’injection intramusculaire n’est pas le bon mode d’administration, car il faudrait administrer une quantité importante de produit pour l’effet escompté, explique-t-il. Aussi, il est peu probable que la victime ne ressente pas l’injection, même alcoolisée.»

Du même avis, l’OFSP confirme que le GHB ou même la kétamine ne sont probablement pas les substances injectées, si injection il y a. Car tout le mystère est là: malgré des prélèvements réalisés dans les temps, aucune substance n’a été mise en évidence par les analyses toxicologiques, en Suisse ou ailleurs. «Les substances trouvées jusqu’ici ont toujours pu être expliquées, poursuit le toxicologue. Et si une simple piqûre est possible, on n’a pas encore déterminé le type d’objet utilisé.» Comment expliquer alors les symptômes des victimes si aucun produit n’est injecté avec une seringue? Pour Marc Augsburger, les malaises dans les lieux festifs ont toujours existé, et une association avec la soumission chimique pourrait être établie, avec un ressenti de piqûre, sans toutefois qu’un produit ne soit administré.

3. Que faire en cas de suspicion d’intoxication ou de piqûre?

Les HUG recommandent de se rendre immédiatement dans un centre médical pour maximiser les chances de mettre en évidence une substance. Au vu du risque sanitaire en lien avec une piqûre par un objet non stérile, le CHUV conseille de consulter pour évaluer le risque d’infection, notamment par le VIH et aux hépatites, pour se faire prescrire au besoin un traitement préventif, comme une prophylaxie post-expositionnelle. Concernant le VIH, l’OFSP se montre rassurant avec ce mode opératoire: «Le risque d’une infection est très faible.»

4. Que peuvent faire les responsables des lieux festifs?

Des clubs ont déjà mis en place des solutions pour diminuer les cas de soumission chimique, comme les capotes à verre. Or, comment prévenir une piqûre? Au D! Club, à Lausanne, Thierry Wegmüller, président de l’association La Belle Nuit, prend le phénomène au sérieux et a renforcé les fouilles à l’entrée de son établissement. «Jusqu'ici, nous n’avons jamais trouvé de seringue sans autorisation médicale lors des fouilles, précise-t-il. S’il arrivait qu’une personne soit piquée à son insu, elle serait prise en charge par notre service des premiers secours, présent tous les week-ends.»

5. «Psychose collective» ou crainte légitime?

D’après l’état actuel de la situation en Suisse romande, les cas de piqûre en soirée seraient rares. L’OFSP recommande «la prudence, mais de ne pas céder à la panique». Toutefois, on ne peut pas parler de «psychose collective» comme certains médias l’affirment, d’après la psychologue Adèle Zufferey: «Cela revient à minimiser le danger, alors que des personnes font subir un acte violent, physiquement et symboliquement, à d’autres, analyse l’experte. Le problème vient des agresseurs, pas des victimes, et la crainte des gens révèle surtout un problème de sécurité.»

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