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Soumission chimique au GHB: des zones d'ombre subsistent

Soumission chimique au GHB: des zones d'ombre subsistent

La nouvelle étude du CURML a ses limites: en effet, la moitié des personnes testées aux urgences, pour avoir subi une agression sexuelle ou une soumission chimique, sont arrivées trop tard pour une analyse concluante. Cela ne permettent donc pas de repérer ou d'exclure des traces anormales de GHB.

© KIKE ARNAIZ/STOCKSY

Parmi les 60 personnes qui se sont rendues aux urgences du CHUV en 2021 pour une agression sexuelle, un black-out ou une suspicion de soumission chimique, une seule possédait une quantité anormalement élevée de GHB dans son organisme. Face aux vagues de témoignages de soumission à la drogue du viol qui ont secoué l’Europe en automne 2021, le constat surprend. Comment interpréter ce résultat? Des victimes mentent? Ou le crime est-il tellement parfait qu’on ne parvient pas à identifier les contours de l’utilisation du GHB en Suisse romande? Difficile de connaître la vérité. Si ce n’est que de nombreuses femmes sont convaincues d’avoir subi une tentative de soumission chimique, notamment en milieu festif.

Le Centre universitaire romand de médecine légale (CURML) a souhaité répondre à plusieurs questions en menant une étude sur l’année 2021: le GHB est-il consommé de manière récréative en Suisse romande? Utilisé à des fins de soumission chimique? La substance figure-t-elle parmi les stupéfiants les plus consommés? Le délai entre l’ingestion et le prélèvement est-il suffisant pour détecter une drogue? Une recherche systématique de la présence de psychotropes, dont le GHB, a été menée chez les personnes qui ont conduit sous influence, les cas d’agression sexuelle et physique, de black-out et suspicion de soumission chimique, de brigandage et autres accidents divers. Sur 815 cas, 60 correspondent à la catégorie «agression sexuelle, suspicion de soumission chimique, black-out», et un seul cas s’est révélé positif au GHB, entre autres psychotropes.

Le problème? La moitié des résultats ont été obtenus plus de 12 heures après l’événement: trop tard, donc, pour détecter – ou infirmer – la présence de la drogue du viol.

Le GHB n’est pas la seule «drogue du viol»

Victime de sa notoriété, le GHB est la première substance pointée du doigt lorsque plane un soupçon de soumission chimique. C’est que le GHB fait peur, il est illicite. Rares sont les personnes qui en consomment à des fins récréatives. Et entre groupes de femmes, on échange des témoignages et on se prévient des dangers que représente cette drogue. L’alcool? Parfaitement légal, répandu même. Une boisson dont on croit contrôler la consommation. Les somnifères? Des médicaments faciles d’accès, que l’on imagine peu dangereux.

Et pourtant, ces deux substances peuvent également servir à des fins de soumission chimique. En effet, près de la moitié des personnes agressées sexuellement, ou suspectant une soumission chimique, qui ont été testées pour l’étude, ont bu de d’alcool. 10% ont consommé des benzodiazépines. Le CURML affirme que la faible prévalence du GHB (1,7%) est également constatée par des études internationales: sa consommation serait donc marginale.

Le GHB reste l’outil du «crime parfait»

Malheureusement, les effets de la drogue apparaissent très rapidement – au bout d’une quinzaine de minutes – ce qui rend la victime particulièrement vulnérable. En outre, aucun symptôme typique ne permet d’identifier une ingestion involontaire. Somnolence, réduction de l’inhibition, amnésie antérograde, vomissements, les effets sont similaires à ceux provoqués par l’alcool ou certaines benzodiazépines. En outre, les traces de GHB supérieures à la normale sont évacuées rapidement par l’organisme. «Le GHB est décelable entre 4 et 8 heures dans le sang et entre 10 et 12 heures dans les urines. Plus tard, on revient à des niveaux physiologiques», nous expliquait Marc Augsburger, responsable de l’Unité de toxicologie et de chimie forensiques du CURML, dans notre dossier Abus au GHB: plus jamais ça!, publié le 6 décembre 2021 sur femina.ch.

«Le problème est que, sous l’influence de la substance, la victime ne se rend pas compte qu’elle a été droguée, poursuivait l’expert et auteur de l’étude du CURML. Et une fois qu’elle est capable de se poser la question, son organisme a déjà éliminé une partie du GHB.»

Si la victime ne se rend pas compte à temps qu’elle a été droguée, que faire? Lorsque le délai pour la prise d’échantillons de sang et d’urine est dépassé, il reste l’analyse des cheveux. Or, ce n’est pas une solution, selon Marc Augsburger: «Cela n’a jamais abouti à des résultats concluants dans des cas de soumission chimique», nous confiait le spécialiste en décembre dernier.

C’est pourquoi l’entourage de la potentielle victime doit se montrer particulièrement attentif, et l’emmener rapidement aux urgences pour une prise en charge et des analyses. L’étude du CURML a d’ailleurs montré que les tests de dépistage du GHB, dix fois moins cher que le type d’analyse utilisé jusqu’en 2020, sont rapides et efficaces.

Aujourd’hui, des réponses potentielles se trouvent entre les mains de différents acteurs, dont les responsables de la prévention et le monde de la nuit, afin de déjouer les tentatives de soumission chimique. Pour, enfin, arrêter de culpabiliser les victimes.

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