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Situés à deux pas de la gare de Zurich, les bureaux de la Fondation Max Havelaar sont des plus modestes. C’est qu’ici, on ne travaille ni pour le profit, ni pour impressionner le client. Rencontre avec Nadja Lang, qui vient de succéder à Martin Rohner à la tête de l’organisation.

FEMINA Comment est né votre intérêt pour le commerce équitable?
NADJA LANG Quand j’étais étudiante, j’ai beaucoup voyagé dans les pays en voie de développement. J’avais été frappée par les inégalités sociales entre le Nord et le Sud, par les injustices, par la pauvreté des populations locales. Je me sentais impuissante. C’est justement contre un tel sentiment d’impuissance que s’engage Max Havelaar, en nous montrant qu’il existe des moyens simples de participer à la lutte contre la pauvreté, au quotidien, grâce à l’achat de produits Fairtrade.

Vous n’avez pas hésité à changer de job, alors que vous occupiez des fonctions de direction dans une multinationale...
Je le voulais, ce poste! Je n’aurais pas quitté le secteur privé si je n’avais pas été passionnée par un domaine qui établit un pont entre la réflexion sociale et le commerce éthique. Ce travail me donne la possibilité d’apporter ma contribution personnelle à l’amélioration des conditions de vie des plus pauvres. J’ai besoin de travailler avec le cœur et avec enthousiasme pour un monde plus juste, le monde dont je rêve. D’autre part, Max Havelaar travaille avec des produits alimentaires, un domaine qui m’a toujours intéressée. Je venais de l’industrie des boissons, c’est pourquoi une de mes premières initiatives a été d’encourager la consommation de produits issus du commerce équitable dans la restauration, qui est un bon canal de sensibilisation pour la clientèle et qui représente un gros volume.

Comment la fondation fait-elle face à la fluctuation des matières premières?
La hausse du cours des matières premières n’améliore pas forcément les bénéfices des petits producteurs des pays pauvres, car les coûts de production grimpent, eux aussi. Lorsque le commerce se fait via des intermédiaires, cela contribue encore à l’escalade des prix. C’est pourquoi nous demandons à nos partenaires de se fournir directement auprès des producteurs, sans intermédiaire. Nous fixons des prix minima pour assurer à ces producteurs un revenu stable, de manière à ce qu’ils puissent planifier leur production à long terme et procéder à des investissements. Autrefois, les paysans étaient tributaires du cours des matières premières, ils devaient souvent vendre en dessous du prix de production. Ils ne pouvaient plus investir, laissaient vieillir les arbres de café ou de cacao sans les renouveler. Ils produisaient donc de moins en moins et s’appauvrissaient toujours plus.

Le commerce équitable va plus loin, puisqu’il s’engage auprès des collectivités locales...
Oui, il professionnalise les structures locales en imposant le développement de coopératives. Des primes Fairtrade sont attribuées aux communautés pour les encourager à améliorer la qualité de leur production. Avec ces primes, celles-ci peuvent décider démocratiquement dans quel domaine elles veulent investir. Ce peut être l’achat de matériel agricole, mais aussi la construction d’une école, d’une infirmerie, ou l’amenée d’eau potable. Il nous paraît important de donner aux gens la possibilité de prendre en main leur propre développement.

Pourquoi imposer les coopératives?
Cela assure un meilleur développement. Au lieu de travailler chacun pour soi, les producteurs sont plus forts s’ils s’unissent, y compris pour négocier avec les acheteurs. Ils procèdent à des échanges de know-howet deviennent de plus en plus compétents dans leur travail. Enfin, avec les primes Fairtrade, ils investissent pour le bien de toute la communauté, ce qui renforce la solidarité. Le système des coopératives fonctionne bien. Au Ghana, par exemple, elles rassemblent 50 000 petits producteurs de cacao.

Pourquoi tous les produits issus du commerce équitable ne sont-ils pas bio?
Nous encourageons la production bio et versons davantage de primes aux producteurs bio. Mais cette culture n’est pas toujours possible. Ainsi, il n’existe pas de fleurs bio. Cela dit, nos standards sont élevés. Dans nos contrats, nous exigeons le respect de critères portant sur la qualité et le respect de l’environnement qui sont équivalents à ceux du label suisse IP.

Quels sont les produits qui marchent le mieux en Suisse?
Les bananes et les fleurs représentent une part de marché d’environ 50%. Le cacao, seulement 1%.Notre objectif est de booster les ventes de cacao, café, coton et fruits exotiques. Les consommateurs ne connaissent pas forcément l’étendue de la gamme des produits Fairtrade. Nous proposions 800 produits en 2008, il y en a plus de 1500 aujourd’hui! Mon rêve personnel, ce serait que partout en Suisse, après le repas, on puisse boire un café Fairtrade. Autrefois, quand il n’y avait qu’une ou deux sortes de café, les gens ne les trouvaient pas toujours très bons. Mais actuellement il en existe près de 120, pour tous les goûts, même les plus exigeants.

Les premiers chocolats Fairtrade n’étaient pas vraiment convaincants non plus…
Justement, tout cela a changé, et il faudrait que les gens en prennent conscience. La composition et la diversité des chocolats ont beaucoup évolué. L’assortiment est vaste, et nos partenaires proposent maintenant des chocolats de qualité supérieure. Notre difficulté, c’est d’informer les amateurs et de les convaincre de goûter. Coop a récemment mis en vente des truffes bio Fairtrade. Pour Pâques, il y aura des lapins. Quant à la marque Maestrani, elle fabrique plusieurs plaques d’un excellent chocolat Fairtrade.

Que diriez-vous aux Suisses pour les convaincre d’acheter davantage de produits Fairtrade?
Si chaque famille suisse faisait des petits-déjeuners Fairtrade durant un an, cela améliorerait la vie d’un million de petits producteurs du Sud. Il suffirait de choisir, parmi les produits qui portent le label: café, thé, cacao, jus d’orange, miel, bananes, sucre, pâte à tartiner.

J’imagine que c’est le cas chez vous. Est-ce que dans votre vie privée, vous cherchez à convaincre votre entourage de vous imiter?
J’ai deux fils de 3 et 6 ans et, en famille, nous consommons Fairtrade le plus possible. Mais je ne suis pas sectaire et je ne cherche pas à convaincre mes proches et mes amis à tout prix. Je préfère leur parler de ce que je vois au cours de mes voyages chez les producteurs, c’est une autre façon de les sensibiliser.

Comment conciliez-vous travail, vie de famille et loisirs?
J’ai peu de temps pour les loisirs. Ma priorité, en dehors de mes activités professionnelles, c’est la famille et l’amitié, que je tiens à cultiver. Je fais du jogging et un peu de yoga. Concilier travail et vie de famille demande de la flexibilité, plus importante, à mes yeux, que la possibilité de travailler à temps partiel. La flexibilité, c’est ce que Max Havelaar offre à ses collaborateurs, à défaut de salaires aussi élevés que dans le secteur privé. Dans mon cas, cela me permet, par exemple, d’assister à une réunion de parents d’élèves la journée et de travailler le soir. C’est précieux, quand on a des enfants.

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