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Analyse d’un phénomène populaire et présentation, par notre équipe de stylistes, des tendances mode pour les mariées.

L’enterrement de vie de jeune fille, la belle robe, les dragées, le bouquet, le repas et les bises à toute la famille... En 2012, on peut déjà parier que plus de 40 000 Suisses et Suissesses se diront «oui, je le veux». Pas forcément leur première fois, pas forcément devant un homme d’église, pas forcément en blanc. Mais c’est un constat: malgré des impôts souvent moins avantageux et un taux de divorce qui atteint les 50%, le mariage a toujours la cote. Depuis cinq ans, il afficherait même une forme olympique. Ainsi, en Suisse, en 2010, 43 257 unions ont été officialisées (les chiffres 2011 ne sont pas encore compilés), contre 39 244 dix ans plus tôt. Et ce ne sont pas les organisateurs des divers salons du mariage programmés à travers tout le pays ni les «wedding planners» de plus en plus nombreux qui diront le contraire. On croyait le mariage voué à une frange plutôt conservatrice de la population, et voilà qu’il devient tendance.

Mais qui, aujourd’hui, à l’ère des familles éclatées, fait le grand saut? A décortiquer les statistiques du mariage en Suisse, une évidence: les jeunes de moins de 24 ans sont toujours moins nombreux. On se marie de plus en plus tard. Pour Eric Widmer, professeur de sociologie à l’Université de Genève et grand spécialiste des dynamiques familiales, la raison est simple: «Le mariage change de sens aujourd’hui. Plutôt que d’annoncer une trajectoire commune et de fonder un parcours, il vient comme une espèce de consécration d’un couple bien formé, déjà stabilisé du point de vue financier et émotionnel.» Le mariage n’est donc plus ce point de départ de la vie de couple qu’il était autrefois.

Surtout, on se marie essentiellement quand la question d’avoir des enfants est évoquée. Une évidence? pas forcément. «C’est une caractéristique de notre pays par rapport à nos voisins. Ici, les enfants continuent à naître dans le cadre du mariage. Dans les pays scandinaves, 80%des naissances environ ont lieu hors mariage, en France entre 50 et 60%,mais en Suisse ce taux est encore très faible», poursuit Eric Widmer. Carla, mariée à Julien en 2003 à l’âge de 25 ans, ne dit pas autre chose. «On s’est mariés parce qu’on était amoureux, et parce qu’on voulait fonder une famille. Personne n’a été surpris, cela faisait neuf ans que l’on était ensemble. C’était la suite logique.»

Car avoir un enfant sans être marié, c’est le passage obligé par une reconnaissance en paternité, des démarches administratives parfois déroutantes pour un jeune couple. «Pour moi, ce n’était pas important de se marier, mais mon ami le prenait très à cœur car nous attendions notre premier enfant, venu par surprise, et il voulait que nous portions tous son nom», relève ainsi Kali, qui s’est mariée avec Sam en octobre dernier, à l’âge de 21 ans.

A cause des enfants

Dans bien des cas, le mariage est donc là d’abord pour une question de sécurité, notamment financière. «Car l’arrivée d’un enfant, précise Eric Widmer, correspond souvent, dans notre pays, à un retrait des femmes du marché du travail, ou à un passage au temps partiel. Il engendre une situation assez risquée pour elles du point de vue de la survie économique. Il y a donc besoin de cette espèce d’institutionnalisation qu’est le mariage pour faire face à cette situation de dépendance économique.

La volonté d’avoir un enfant – ou l’arrivée inattendue de ce dernier – expliquerait donc une bonne partie des mariages helvétiques. Mais le sociologue tient à en souligner l’aspect symbolique, souvent passé sous silence mais toujours d’actualité. «Le mariage reste aujourd’hui le moment où l’on va présenter le couple à la famille, montrer que l’on a réussi. Il y a donc une dimension de réussite sociale à travers le mariage, comme on réussit professionnellement quand on acquiert un nouveau travail. Le mariage est un signe extérieur de réussite sentimentale.»

Aude Bongi en est à son trentième mariage. Normal, la jeune femme est «wedding planner»: depuis plus d’un an, elle organise des cérémonies de A à Z, de toutes sortes et de tous budgets. Sa clientèle se compose de couples entre 25 et 35 ans. «La plupart travaillent tous les deux, d’où la nécessité de faire appel à une professionnelle comme moi, car l’organisation prend beaucoup de temps. Et j’ai de plus en plus de mes clients qui sont déjà parents d’enfants en bas âge.» Pour elle, le regain de popularité du mariage est à chercher du côté de la crise: «On vit dans une société assez dure, on a besoin de revenir à certaines valeurs, notamment familiales, à l’envie de retourner dans son cocon. On le voit aussi dans la mode ou la nourriture, partout on a besoin de se recentrer, et cela passe parfois par «la famille avant tout».

Pour un désir de stabilité

Eric Widmer ne peut qu’approuver les propos de la «wedding planner». «Dans tous les domaines, professionnel, environnemental, politique, il y a un grand sentiment d’incertitude, on ne sait pas très bien de quoi l’avenir sera fait, tout change très rapidement, et le mariage peut être symboliquement important comme pôle de stabilité. En partie à tort à mon avis, car il n’a jamais été plus facile dans l’histoire de l’humanité de divorcer qu’aujourd’hui!» Mais bonne nouvelle pour les éternels romantiques: le nombre des divorces, lui, a amorcé une légère baisse depuis 2006. Les Suisses s’aimeraient-ils de plus en plus?

A ne pas manquer

Salon du mariage Marinatal, Palais de Beaulieu à Lausanne, le 22 janvier 2012 de 11 h à 18 h, du 27 au 29 janvier à Berne, et du 4 au 5 février à Bâle. www.marinatal.ch

Forum Couple&famille (conférences, animations, tables rondes, village d’exposants et exposition «Le couple dans l’art»),du 3 au 5 février 2012 au Centre de Congrès de Montreux. www.forumducouple.ch

Graphique

Evolution des mariages en Suisse

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