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Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi on habille rarement les sapins de bleu? Et pourquoi on les décore de boules? C’est parce que cette fête pioche dans une réserve de symboles très codifiés, issus pour la majeure partie de la chrétienté, et tous reliés les uns aux autres. «Noël s’inscrit dans une période calendaire plus large que les 24 et 25 décembre, explique Federica Tamarozzi, conservatrice pour le département Europe au Musée d’ethnographie à Genève. Les fêtes de fin d’année débutent en réalité le 2 novembre avec la Fête des morts et se terminent le 6 janvier à l’Epiphanie. Avec la Saint-Nicolas le 6 décembre dédiée à nos bambins et la Sainte-Lucie le 13, qui marque avec l’Avent le début de la saison de Noël, elles partagent des évocations communes: la lumière, la vie, les présents, l’attention portée aux plus faibles – les pauvres et les enfants – l’échange et le partage de nourriture.»

Consciemment ou non, nous donnons la préférence à ce qui fait sens par rapport à ces traditions ancestrales. Voilà pourquoi, du point de vue des couleurs par exemple, on privilégie le rouge et le vert, qui symbolisent la vie, ou encore le blanc pour la neige et l’or pour la lumière. C’est aussi parce que l’héritage antique y était favorable que la fête de Noël telle que nous la connaissons aujourd’hui s’est implantée à cette période: «Dans les temps anciens, la période de fin décembre - début janvier correspondait en effet à une série de cultes païens centrés autour du solstice d’hiver et célébrant le retour du soleil invaincu. Par analogie, les chrétiens ont donc choisi la date du 25 décembre pour marquer la naissance de Jésus, lumière au milieu des ténèbres du monde», explique l’abbé François-Xavier Amherdt, professeur de théologie à l’Université de Fribourg.

Getty ImagesLe sapin, roi à préserver

D’où ça vient? Si le professeur de théologie François-Xavier Amherdt y voit un rappel «de l’arbre du paradis», l’ethnographe Federica Tamarozzi s’intéresse quant à elle à l’arbre en tant que tel. Les premiers à avoir été décorés au XVIe siècle n’étaient pas forcément des sapins, mais c’est ce dernier que l’on a conservé car «ses branches demeurent vertes quand le reste de la végétation est dépouillé», explique-t-elle. «Sa couleur et sa fraîcheur qui traversent l’hiver sans ciller symbolisent la victoire de la vie sur la mort», ajoute le théologien. Différentes régions se disputent l’origine de cette tradition, qui s’enracinerait en Alsace ou dans les pays nordiques et protestants, où Riga et Brême se disputent le premier sapin de Noël.

Aujourd’hui: La question du sapin turlupine les amis de la nature. Faut-il boycotter l’arbre? En acheter un en pot et le relâcher dans la forêt après les Fêtes? Opter pour une version en plastique - donc en pétrole? Décorer le ficus du salon? Vaste débat. Une chose est sûre, le sapin, quelle que soit sa matière, et sa déco, ont jusqu’au 6 janvier pour dégager le parquet.

iStockphoto.comLes bougies, lueurs d’espoir

D’où ça vient? Elles apportent la lumière sur plusieurs plans. Métaphorique, en référence à la lumière spirituelle incarnée par le Christ. C’est pour cela que les bougies sont omniprésentes durant l’Avent et la Nativité, qui va jusqu’à la Chandeleur (de chandelle) le 2 février, 40 jours après Noël. Sous un angle plus terre-à-terre, pour éclairer la période la plus sombre de l’année et encourager la lumière à revenir.

Aujourd’hui: Modernité oblige, il arrive de plus en plus souvent que l’on remplace les bougies en cire par des modèles électriques, histoire de parer, entre autres, aux incendies de sapin. L’idée symbolique d’exhorter la lumière à réapparaître dans le monde perdure néanmoins. En parallèle, de nouvelles traditions voient le jour, comme les bougies marquées du mot liberté en neuf langues qu’Amnesty International nous suggère d’allumer sur le bord extérieur de nos fenêtres le 10 décembre. Représentation de l’origine du monde mais aussi d’espoir, ces lueurs invitent à manifester contre la violation des droits humains et les inégalités.

iStockphoto.comLes boules, une option?

D’où ça vient? Ce n’est qu’au XVIIe siècle que l’on se met à décorer les arbres. On commence avec des bougies, avant d’oser, au XIXe siècle, des accessoires plus variés. Ces derniers, comme le souligne François-Xavier Amherdt, sont «les héritiers des fruits que l’on plaçait sur les arbres lors des pièces de théâtre de la Nativité, Les Mystères, jouées sur les parvis des cathédrales». De là, «l’idée de partager la nourriture que l’on retrouve à la Sainte Lucie (où on laisse à boire pour son âne) et à la Saint Nicolas (où l’on dépose à manger pour le saint», rappelle Federica Tamarozzi. Celle-ci relie par ailleurs les décorations de l’arbre à «une évocation de l’abondance au moment même où elle fait défaut dans la nature».

Aujourd’hui: Pour prolonger la tradition, on peut décorer son sapin d’oranges – l’un des cadeaux de Noël d’autrefois –, d’ananas, de mangues et de biscuits, à croquer au dessert en famille. La coutume de donner à ceux qui en ont le plus besoin perdure sous une autre forme. C’est aussi cette époque de l’année que les associations caritatives choisissent pour faire appel Du rouge et vert à notre générosité.

Getty ImagesLa couronne, version festive

D’où ça vient? Ronde, elle évoque la terre ainsi qu’une idée de cycle, d’éternel retour et de régénération du temps. Des messages que prolonge sa décoration puisqu’elle «est généralement tissée de branches d’arbres toujours verts: celles-ci symbolisent la vie plus forte que la mort, le printemps plus puissant que le rude hiver, l’amour vainqueur de la haine», résume François-Xavier Amherdt. Il poursuit: «Les quatre bougies manifestent les quatre points cardinaux, les quatre semaines de l’Avent et les quatre grandes étapes de l’histoire du salut». Federica Tamarozzi ajoute que l’«on peut aussi y voir pour chacune 1000 des 4000 ans qui séparent Adam de Jésus».

Aujourd’hui: On se sent libre de l’interpréter tout en blanc et d’y mettre autant de bougies – électriques ou non – que l’on désire. Comme on en retrouve la forme dans différentes pâtisseries, notamment à l’Epiphanie, on reprend une part de couronne des Rois au lieu de compter les calories, histoire de donner un coup de pouce au retour du printemps.

La dinde, oui mais pas sèche

D’où ça vient? Pour François-Xavier Amherdt, ce volatile n’est pourvu d’aucune signification religieuse: «Libre à chacun de concocter un menu de Noël à sa convenance, y compris avec du bœuf ou du mouton. Avec l’âne, ce sont les seuls animaux présents à la crèche, et ils manifestent, avec l’étoile, que le cosmos s’associe à cet événement.» Pour sa part, Federica Tamarozzi relie la dinde au thème de la nativité. «Traditionnellement, en Europe du Sud, on achetait des poussins au début d’une grossesse, puis ils grandissaient et on les tuait le jour de l’arrivée au monde du bébé. La mère les mangeait pendant ses relevailles. La volaille – de la dinde au chapon en passant par le foie de canard – est donc liée à la naissance, à la Vierge. Parallèlement, ces animaux imposants constituent un bon repas de fête, car ils incarnent la profusion», précise-t-elle.

Aujourd’hui: Pour éviter de servir une bestiole sèche de mauvais augure, on la choisit si possible nourrie au grain, on la farcit, ce qui empêchera son dessèchement, et on l’arrose pendant la cuisson.

Getty ImagesLe père noël, la star du jour

D’où ça vient? Il est le grand absent de la tradition chrétienne. C’est à Saint Nicolas que revient la mission de récompenser les enfants, le 6 décembre. Il est parfois accompagné d’un Père Fouettard chargé de punir les plus désobéissants. «Plus tard, c’est l’Enfant Jésus qui prend la relève, avec les mêmes fonctions, mais désormais dans la nuit du 24 au 25 décembre», précise le professeur de théologie. Originellement habillé de vert, le joyeux barbu devient très populaire aux Etats-Unis au XIXe siècle. Il débarque en Europe au début du XXe siècle, et change de vêtements en 1931 suite à un coup de pub: Coca Cola le montre reprenant des forces en buvant une bouteille du fameux breuvage et tout de rouge vêtu!

Aujourd’hui: Un Père Noël au supermarché, un autre au coin de la rue, encore un à l’école… Vous étouffez sous les bonshommes rouges? Soyez heureuse de ne pas habiter l’Islande, car ils y viennent par douze – plus petits, on vous rassure. Ici, on se contente d’un gros, incarnant l’abondance, figure tutélaire protégeant les plus démunis, des pauvres jusqu’aux enfants.

La bûche, 100% gourmande

D’où ça vient? Jadis, pendant la veillée de Noël, on plaçait une énorme bûche dans la cheminée. Elle devait se consumer très lentement, au minimum en trois jours, idéalement en douze, jusqu’à l’Epiphanie. L’évolution des moyens de chauffage et la fin des cheminées ont eu raison de cette tradition, qui a pris une autre forme dans la maison. On l’a alors remplacée par une bûche plus petite, décorée de bougies et de verdure. Puis, entre le milieu du XIXe et le début du XXe siècle, elle s’est transformée en dessert chez les pâtissiers parisiens. La région Poitou-Charentes revendique aussi la paternité d’un gâteau roulé de Noël remontant au XIXe siècle. Traditionnellement, c’est une pâtisserie très riche, incarnant l’abondance que l’on se souhaite pour l’année suivante.

Aujourd’hui: Pas question de risquer une année de vaches maigres en servant une bûche allégée à ses invités. On joue la tradition et on s’en offre une pure crème et pur beurre.

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