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Non, elle n’est pas entrée dans les ordres. C’est ce que répond, dans un grand éclat de rire, Laure-Christine à ceux qui s’inquiètent de savoir ce que son nouveau métier au sein de l’Eglise catholique pourrait lui imposer. Pétillante, souriante, cette jolie femme, vêtue, le jour de notre rencontre, d’une petite robe rouge, n’arbore ni cornette amidonnée ni robe de bure. Car, pour devenir la responsable de la communication d’un diocèse, nul besoin d’embrasser la carrière ecclésiastique. Son intelligence, ses compétences et sa personnalité ont suffi pour que Monseigneur Morerod, 50 ans, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg en place depuis novembre dernier, la choisisse.

Que son profil aille à l’encontre des clichés que l’on peut avoir sur l’Eglise, ce ministre de Dieu le conçoit. Mais dit-il: «Il n’est pas mauvais de montrer que l’Eglise comprend aussi des jeunes femmes. De ce point de vue, le cliché n’est pas un reflet adéquat de la réalité, et Laure-Christine contribue à donner une image plus complète. Cela ne suffirait pas si elle n’était, en outre, très compétente. Elle m’aide à avoir une bonne connaissance des questions souvent difficiles dont je dois parler directement ou que je dois comprendre. Elle me suggère aussi parfois des améliorations bienvenues…»

La jeune trentenaire qui partage, entre autres, avec son «patron», origines gruériennes, débit de parole rapide et sens de l’humour décalé, avoue avoir atterri dans cet univers un peu par hasard: «En 2009, après un bachelor en français et sciences des religions, je terminais mes études asiatiques à Genève, études durant lesquelles j’étais partie au Kirghizistan pour y étudier la situation de la minorité ouzbeke… Au retour, j’avais besoin d’un job, on cherchait quelqu’un pour la communication de la Conférence des Evêques. J’ai été engagée. Début 2011, j’ai démissionné sans avoir l’intention de forcément continuer dans ce milieu. Puis j’ai rencontré Mgr Morerod.» Soucieux d’améliorer la communication de son institution, celui-ci lui propose d’être sa porte-parole. «J’ai accepté parce que le courant est immédiatement passé. C’est quelqu’un de très intelligent mais aussi d’abordable, de drôle, de très moderne qui manie sûrement mieux son iPhone que moi», dévoile-t-elle.

Comme bon nombre de ses compatriotes fribourgeois, Laure-Christine est catholique. Croyante aussi. Mais pas grenouille de bénitier. Pour elle, aujourd’hui, la religion est un «état de faire»: «J’admire les gens qui agissent au nom de leur foi. Quand celle-ci devient un moteur pour ceux qui font des choses avec la simple joie d’être croyant. Mais il y a certes des choses auxquelles je n’adhère pas.»

Curieuse du monde

Autour d’un café agrémenté de biscuits de la Bénichon, Laure-Christine se raconte, toujours avec humour et dans un français précis qui trahit son amour du verbe. Née à Fribourg, elle grandit à Sâles, petit village de six cents âmes. Fille d’enseignants, elle est la troisième d’une fratrie de quatre, une place de choix dit-elle: «On n’avait aucune attente à mon égard!» Intelligente et vive, elle aime autant lire, dessiner, s’inventer des histoires que jouer. Dans cette famille de musiciens, chacun exerce son oreille dans différents instruments: «J’ai commencé par la flûte à bec, puis à 13-14 ans, j’ai opté pour le violon dont je rêvais.» Cet instrument, elle le pratique encore, bien que pas suffisamment à son goût.

Si, enfant, le métier de styliste la tente un temps, cette touche-à-tout aussi douée pour les sciences que les lettres opte, après son bac, pour des études d’architecte à l’EPFL: «Cela mêlait mon côté artistique et mon goût pour les maths. Au bout d’un semestre et demi, j’ai bien vu que cela n’était pas pour moi, il y avait bien trop d’administratif dans ce genre de carrière.» Laure-Christine, fondamentalement curieuse du monde qui l’entoure et du fait politique, parcourt le monde. L’Afrique pour un peu d’humanitaire, les Etats-Unis pour parfaire son anglais, le Bangladesh pour y jouer les préceptrices, le Kurdistan turc et syrien ou l’Iran et enfin l’Asie centrale, pour en comprendre les sociétés… Plus sac à dos que tourisme de masse, cette célibataire aime se confronter aux réalités du monde: «Lorsque je voyage, les paysages m’importent finalement peu, j’aime être en totale immersion.»Dans ses études, elle choisit les sciences des religions pour, explique-t-elle, «réfléchir en quoi la culture influe sur la manière de penser» et les études asiatiques pour leur côté pluridisciplinaire.

Son dernier voyage?

La Géorgie qu’elle a visitée en mai dernier. Le prochain? New York pour les fêtes de Noël, une ville qu’elle a survolé plusieurs fois sans jamais s’y poser.

Loin des clichés de la génération Y qui est la sienne, Laure-Christine vit en collocation avec trois amis parce que «c’est pratique et que je ne sais pas cuisiner», aime la musique classique, Piazzola et la vieille chanson française. Fan de cinéma, elle habite à deux pas de l’évêché de Fribourg, juste en face du cinéma Rex dont elle profite allègrement. Ponctuellement, elle peint, elle écrit aussi pour le théâtre des pièces qu’elle aime interpréter. Quand on la complimente sur ses dons multiples, Laure-Christine tempère: «Beaucoup de choses m’intéressent, mais je ne suis pas très perfectionniste.»Ordres, fonctions, règles… pour s’exprimer au nom de l’Eglise et de Mgr Morerod, Laure-Christine écoute et s’imprègne: «Je suis ni théologienne ni experte du droit canon mais je suis là pour vulgariser. J’apprends chaque jour.»

Abus sexuels au sein de l’institution, union gay, avortement… la jeune femme sait qu’elle doit répondre à bien des questions sur la position de l’Eglise dans la société actuelle. Ni son âge, ni son sexe, ni son mode de vie ne la font se sentir en décalage: «Sur tous ces sujets, la parole se libère et il y a une grande volonté de clarté et de transparence de la part de Mgr Morerod. Je n’ai encore jamais tiqué sur une question que l’on m’a posée.»Car dans son nouveau sacerdoce, Laure-Christine Grandjean n’a nullement fait vœux de silence.

Le lieu

«J’ai choisi cette pièce car c’est là où l’on accueille toujours des amis. Le lieu des rires, des débats et de l’apéro. C’est aussi le lieu où les canapés sont squattés par les retardataires qui louperaient leur train.»

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