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Journées de Soleure: pourquoi vouloir la tête d’Anita Hugi?

Pourquoi vouloir la tete danita hugi Peter Klaunzer keystone

L’association Swan, qui s’engage pour l’égalité et la diversité dans le monde du cinéma, s’interroge. «Difficile de dire si le départ forcé d’Anita Hugi est lié à son genre, précise Stéphane Mitchell, scénariste, coprésidente. Mais cette façon d’être remerciée de façon si brutale questionne. Aurait-on agi de même avec un homme au bilan si brillant?»

© Peter Klaunzer / Keystone

Le 12 août 2021, à une heure du matin, Anita Hugi, 46 ans, directrice des Journées de Soleure, apprend qu’elle ne sera pas reconduite dans ses fonctions. La décision a été prise par le comité du festival cinématographique, lors d’une séance à laquelle ne participait pas la principale concernée.

A la manœuvre, le président de l’association des Journées de Soleure, Thomas Geiser. Ce dernier, professeur de droit du travail, reconnaissable à ses éternels nœuds papillons, n’a pas informé Anita Hugi de l’éviction qu’il se préparait à lui infliger pendant son congé maladie et l’a avertie quelques heures après la rédaction d’un communiqué de presse qu’elle n’a pas eu la possibilité de négocier. Quelle faute mérite une sanction si brutale? A lire les médias alémaniques (Tages-Anzeiger et NZZ), on continue à s’interroger. Thomas Geiser, comme le président sortant Felix Gutzwiller, louent les qualités artistiques d’Anita Hugi. Pourquoi donc se séparer d’une femme qui a mené par deux fois la manifestation à bon port, y compris dans un contexte sanitaire hostile, et qui fourmille d’idées pour l’ancrer de façon ambitieuse dans le futur, en particulier digital?

Le communiqué de presse des Journées de Soleure argue d’un besoin de changement de gouvernance de la direction, plaidant pour un modèle bicéphale. Est-ce au moment où une femme est à la tête d’une institution qu’on considère tout à coup qu’il lui faudrait partager la fonction? Et pourquoi, si problème de gouvernance il y a, ne peut-on toucher à celle de l’association? Thomas Geiser, par exemple, y siège depuis plus de quinze ans, et Rainer Portmann, depuis vingt-cinq ans. En outre, deux membres de l’association font aussi partie du comité exécutif. Des doubles casquettes qui ne constituent pas vraiment une exemplarité en matière de gestion.

Mode brutal

Elisabeth Baume-Schneider, conseillère aux États (JU/PS), membre du comité, a quitté l’organisation en juin. «Je suis partie parce que je considérais qu’il fallait questionner non seulement la gouvernance de la direction mais aussi celle du comité», explique-t-elle. Elle n’a pas été entendue sur le sujet, ni Felix Gutzwiller, en désaccord avec les décisions du comité. Alors, coup de force des anciens, jaloux du succès de la directrice, se sentant menacés dans leur position? Le monde des festivals de cinéma en Suisse sacrifie-t-il trop vite et très mal ses directrices?

L’association Swan, qui s’engage pour l’égalité et la diversité dans le monde du cinéma, s’interroge.

«Difficile de dire si le départ forcé d’Anita Hugi est lié à son genre, précise Stéphane Mitchell, scénariste, coprésidente.

Mais cette façon d’être remerciée de façon si brutale questionne. Aurait-on agi de même avec un homme au bilan si brillant? Personne dans le milieu ne comprend la décision, encore moins le traitement. Aucune bonne raison n’est apportée pour expliquer cette éviction. Cela pointe un défaut structurel. On doit en outre constater qu’aux départs d’Anita Hugi et de Lili Hinstin (ndlr: directrice du Festival de Locarno jusqu’en 2020) se rajoute celui de Catherine Ann Berger, directrice de Swiss Films. Toutes les trois sont des femmes fortes, avec des idées de changement.»

L’Office fédéral de la culture communique avec une telle sobriété qu’on devine son incompréhension. Il précise que le directeur de la section cinéma, Ivo Kummer, «a été informé mercredi soir (ndlr: le 11 août 2021) sur sa Comebox du communiqué de presse prévu par les Journées de Soleure pour le lendemain. Il a donc jeudi matin pris acte de cette annonce.» Les conséquences de ces décisions pourraient peser sur l’avenir de la manifestation. Cette dernière est liée par une convention de prestations à la Confédération qui lui octroie 500 000 à 600 000 francs par année. Traiter les gens avec respect et correction devrait en faire partie.

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