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J'arrête le désordre

Jarrete le desordre

A la longue, le désordre peut être usant, explique Caroline Gleizes, experte en feng shui: «Ça peut agacer et créer des micro ou grandes tensions si chacun laisse traîner ses affaires: jouets, vêtements, journaux, assiette sale, verres… Ce désordre peut produire une tension négative et avoir un impact sur notre humeur, sur notre corps.»

© Getty Images

Quand j’ai réalisé que je venais de ranger la boîte entière de 80 crayons par couleurs, en les récupérant aux quatre coins de l’appartement et en les taillant un à un, je me suis dit qu’il y avait un problème, s’amuse Pauline. Depuis que nous sommes non-stop à la maison, mon mari, mes deux enfants et moi, je ne supporte plus le moindre truc qui traîne.» Même discours chez Irène qui, elle, s’est du coup lancée dans «des à-fonds complets». Un besoin viscéral de chasser le désordre exacerbé par le confinement? Cela semble bien être le cas.

«Nous n’étions pas préparés à nous retrouver presque 99% du temps dans le seul espace clos de notre logement, qui n’est pas organisé pour ça. Ça redistribue toutes les cartes au travers du rangement et des objets qui peuplent notre habitation», explique Alexandra Viragh, spécialiste en psycho-décoration et auteure du livre Rangement détox (Ed. Solar).

Un cloisonnement intégral qui donne parfois le sentiment d’être envahi par le fouillis des autres. «Avant, quand je rentrais de ma journée de travail, l’appartement était plus ou moins rangé. Depuis quelques semaines, il y a des verres qui traînent un peu partout dans la maison, des chaussettes, des t-shirts… j’ai l’impression de ne faire que ranger, en vain», se désole Patrick, un brin maniaque, mais à deux doigts de baisser les bras face à ses deux pré-ados qui colonisent son territoire.

A la longue, le désordre peut être usant, explique Caroline Gleizes, experte en feng shui et dont le livre, J’arrête de vivre dans le désordre (Ed. Eyrolles), paraît en version numérique début mai, avant sa version papier, en juin: «Ça peut agacer et créer des micro ou grandes tensions si chacun laisse traîner ses affaires: jouets, vêtements, journaux, assiette sale, verres… Ce désordre peut produire une tension négative et avoir un impact sur notre humeur, sur notre corps.» Des agacements qui atteignent des degrés divers, car non, nous ne sommes pas tous égaux face à l’ordre et, comme le relève la psychologue et conseillère en organisation Laurence Einfalt, «la perception de ce qu’est (ou n’est pas!) le bazar diffère énormément d’une personne à l’autre».

Un héritage familial et culturel

Une notion d’ordre et de désordre qui serait aussi le fruit d’un exemple familial – qu’on le suive quand il nous a convenu ou, au contraire, qu’on le déboulonne en faisant l’exact inverse, selon la psychologue. Anthropologue et professeur à l’Université de Genève, André Langaney confirme cet impact éducationnel et renchérit:

«Dans certaines cultures, l’éducation est très standardisée, prescriptive, alors que dans d’autres, elle est très libre. Pour comprendre ces différentes perceptions du propre-en-ordre, ajoute-t-il, il faut aussi tenir compte des variables culturelles, religieuses, écologiques et environnementales.»

Il précise: «Prenons le nettoyage des sols, par exemple. Chez nous, une bonne maîtresse de maison va briquer le pont pour qu’il n’y ait plus la moindre poussière. Eh bien, au Sénégal, au fond de la brousse, une ménagère est aussi méticuleuse et balaie tout aussi consciencieusement… mais vu la nature des sols, le résultat diffère!»

En d’autres termes, au Cambodge, en Inde ou en Indonésie, on vit un ordre qu’un Japonais ou un Suisse, a priori issus de systèmes plus carrés et structurés, qualifieraient de joyeux bordel. L’anthropologue reprend: «Ici, nous sommes très influencés par la culture germanique, qui est assez militariste. En caricaturant un peu, on vit en collectivité avec surveillance réciproque, on obéit aux règles. Donc oui, en Suisse, être ordonné, c’est une manière de rester dans le rang!» Du coup… en avant, marche! Ne reste qu’à suivre ces quelques conseils pour garder le contrôle et éviter de perdre ses nerfs…

Pour un rangement efficace

1. Commencer petit

Les spécialistes s’accordent à le dire, pas la peine de se lancer dans d’immenses chantiers. «Faire un grand rangement intérieur, c’est comme un déménagement, mais chez soi. Or, avec les bouleversements qu’on vit actuellement, ce n’est pas le moment», explique Alexandra Viragh. Même son de cloche pour Marion Savioz, coach en organisation et fondatrice d’Eazen:

«Il s’agit de trouver le bon dosage et de ranger à petit pas. Quand on s’y met, il faut d’abord déterminer ses habitudes. Si on sait que c’est toujours le bureau qui est en désordre, une fois qu’on l’aura rangé, il faut immédiatement mettre en place une nouvelle routine: chaque chose a sa place et chaque chose doit y retourner.»

Ça marche à coup de cinq à dix minutes par jour, en commençant petit. «Il ne faut jamais attaquer par quelque chose d’émotionnel, par exemple les vêtements si on les investit beaucoup, on choisit plutôt le tiroir à stylos ou une boîte de câbles», termine Marion Savioz.

2. Instaurer des règles

Décider qu’à 18 h, les enfants qui ont colonisé le salon rassemblent leurs affaires dans un panier ou mettre directement la vaisselle sale au lave-vaisselle sont de bons débuts. «L’adolescent a une spécificité assez prodigieuse qui est de prendre un nouveau verre à chaque fois qu’il boit, puis de les laisser dans divers endroits de la maison. A la fin de la journée, il a utilisé tout le stock de verres et râle parce qu’il n’y en a plus de propres. En instaurant une règle simple, celle d’utiliser un seul verre qu’on range ensuite dans le lave-vaisselle, l’ado va pouvoir s’y adapter. Il est important que chacun mette la main à la pâte pour ranger, conseille Caroline Gleizes du site moninterieurfengshui.com, et aussi d’expliquer le bienfait qui en résulte, pour tous.»

3. Revoir ses fondamentaux

Ranger régulièrement la chambre de junior pour la retrouver en bazar dès le lendemain – si on a de la chance – ou 30 minutes plus tard – si on en a moins –, rien de plus désespérant. «C’est ce que Marie Kondo appelle l’effet rebond, et que j’appelle l’effet ressac, raconte Caroline Gleizes, Ce retour du bazar quasi instantané provient d’un rangement inefficace, d’une organisation a priori imparfaite, et peut-être aussi d’un trop-plein d’affaires. On va par exemple garder un puzzle auquel il manque trois pièces, des jouets qui ne servent plus et qui prennent la poussière. C’est le moment de se poser la question de l’attachement à l’objet, de son utilité; s’il ne donne pas ou plus de plaisir, on peut alors s’en séparer.» Ranger, faire le tri et se rendre compte de ce qui est fondamental. Pour certaines personnes, ce temps de confinement permet justement d'entreprendre des rangements de fond. Un investissement assez logique, estime Clémentine Rossier, professeure à l’Institut de démographie et de socioéconomie de l’UNIGE: «Les psychologues de la motivation nous disent que lorsqu’un objectif est atteint ou échoue, l’individu se remobilise sur d’autres buts. Or, actuellement, beaucoup de gens ont du temps libre et il leur faut se recentrer sur de nouvelles «missions» réalisables dans ces conditions spécifiques. Le fait que les gens se lancent dans des rangements de fond plutôt que dans des activités de peinture révèlent qu'en temps ordinaire non seulement on accumule trop de choses, mais aussi qu'on manque de temps pour s'en occuper.»

4. Partager la responsabilité

C’est toujours les mêmes qui rangent. En tout cas, on en a l’impression. Dès lors, le confinement est le bon moment pour redistribuer les cartes, sans que ça devienne un fardeau. C’est ce que propose Alexandra Viragh, pour qui nos habitations et nos fonctionnements familiaux y gagneront en fluidité:

«Je propose de changer la donne en faisant 12 minutes de rangement en musique et en famille. Pas plus. Chacun range ce qu’il veut, du désordre qui appartient à l’autre, le sien; chacun a la responsabilité de l’ensemble de l’espace.»

Le choix musical, pour ambiancer le tout, se fait en tournus. Idéalement, c’est une routine à caler dans les moments de transition, comme avant la préparation du repas du soir, par exemple. «Le petit de 3 ans range le plaid et les coussins sur le canapé, l’ado les affaires de papa pour lui montrer que, lui aussi, il laisse traîner des choses, mais personne ne fait de commentaire.» Une manière de jeter un autre regard sur l’espace commun et la responsabilité de tous.

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