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Une suite du Ritz à Paris… Jane Fonda, actrice mythique des sixties, y reçoit. A la seconde où on la rencontre, ce qui frappe, c’est sa beauté, son allure qui n’a rien de fabriqué. Elle ne le cache pas, elle a succombé à la chirurgie esthétique. Mais elle a gardé quelques rides autour de ses yeux, qui témoignent de son parcours de vie. En veste lézard, jupe de cuir, cuissardes, elle resplendit. Lorsqu’elle vous accueille en vous qualifiant de «beautiful», vous pensez d’abord qu’il s’agit d’un discours fabriqué, slogan loréallien – parce que vous le valez bien – oblige. Puis au fil de la conversation, vous réalisez que cette envie de donner confiance aux autres fait partie du personnage.

Jane Fonda a toujours été une belle personne. Qu’elle s’engage désormais, par le biais du Centre Jane Fonda, sur le front des grossesses précoces ou de la sexualité adolescente n’a rien de surprenant. Très prochainement sort en français, son livre Prime Time où, entre autres chapitres, elle divulgue ses conseils pour «bien vieillir». Activiste, elle le restera toute sa vie. Un activisme intelligent qui la rend populaire auprès des femmes, mais lui vaut la haine de certains extrémistes: tout récemment, et quarante ans après les faits, vétérans du Vietnam et hommes d’extrême droite, ont appelé au boycott de sa présence dans une émission de télévision… Jane l’ardente qui déclare vivre la période la plus heureuse de sa vie à 73 ans, Jane la féministe convaincue, Jane la militante contre l’âge… Elle ne laisse personne indifférent. Comme toutes les fortes têtes. Entretien (très) minuté, mais fécond.

FEMINA Dans une récente interview, vous déclariez ne vous être jamais beaucoup aimée. Est-ce dû à l’atmosphère familiale?
JANE FONDA Oui. Mon père, Henry Fonda (ndlr: célèbre acteur américain), était un homme merveilleux mais d’une grande froideur et d’une telle exigence qu’on ne se sentait jamais à la hauteur. Il ne pouvait aimer une femme – il en eu cinq – que si elle était parfaite. En tout cas, c’est ainsi que je le ressentais, moi, sa fille. Toute ma vie, j’ai été en quête de son admiration.

La beauté physique n’aurait donc rien de «rassurant»?
Bien sûr que non! Cela n’a rien à voir. Regardez Marilyn Monroe. Dieu sait combien elle était belle. Cela ne l’a en aucun cas rassurée. Je me suis construite au fil du temps. J’avais la soixantaine quand je me suis dit «je suis quelqu’un». Pas seulement une personne créée par les homme avec qui j’ai vécu. Aujourd’hui, je peux dire que je suis heureuse, je suis amoureuse d’un homme très gentil (ndlr: Richard Perry, producteur de musique) qui n’est pas du tout effrayé par des relations égalitaires et dont je n’ai pas besoin pour me rassurer. C’est la raison pour laquelle au sein de la fondation que j’ai créée, je travaille avec les jeunes filles sur leur développement et leur estime de soi. Je veux qu’elles aient très tôt confiance en elles. Qu’elles sachent exister par elles-mêmes.

Avez-vous donc, comme nombre de femmes, beaucoup vécu dans le regard des autres?
Bien sûr, dans celui de mes maris, et pourtant j’ai raté mes mariages. Quand mon mariage avec Tom Hayden, un politicien démocrate, n’allait plus, j’ai cru à un problème de féminité… Je me suis imaginé que le fait d’avoir une nouvelle poitrine allait changer les choses. Ce ne fut pas le cas, et j’ai fini par faire enlever mes implants! Quand j’ai pris de l’assurance, que j’ai osé suggérer quelques changements dans mon couple, ces hommes n’ont pas suivi. Ils n’en étaient pas capables. Mais je préfère le chemin que j’ai pris. J’aurais pu rester avec eux, mais je n’aurais jamais été une personne «entière», complète.

Il y a une quarantaine d’années, on se méfiait beaucoup de la beauté féminine, souvent assimilée à une certaine bêtise. Pensez-vous qu’il reste quelque chose de ce préjugé?
Quand un mouvement est jeune (ndlr: elle évoque le féminisme, la prise de conscience d’un réel statut féminin) tout est toujours plus rigide, plus étroit. Il faut se battre. Mais je pense qu’en 2011, on peut être féminine, belle, forte, courageuse et intelligente. Oui il y a un réel progrès. Et je pense, en effet, que la beauté a tout autant été un fardeau qu’une bénédiction. Il faut encourager les femmes à comprendre que certaines des plus belles de la planète le sont parce qu’elles se sentent bien à l’intérieur. Souvent leurs parents leur répétaient lorsqu’elles étaient enfants à quel point elles étaient jolies. Nous devons faire de même et inciter les parents à aider leurs enfants à se sentir bien, quelles que soient leur taille et leur corpulence.

La fameuse «beauté intérieure» si souvent galvaudée… Et vous disiez souvent à vos filles qu’elles étaient jolies?
Pas suffisamment, je l’avoue. J’aurais pu vous mentir, mais tout en voulant être différents de ses parents, on finit par leur ressembler. C’est aussi une affaire de génération. Mes filles ont, heureusement, davantage confiance en elles que moi. Mais que la beauté vient de l’intérieur, oui j’en suis persuadée. On a toutes des exemples autour de nous.

Le bouddhisme vous a-t-il aidée?
J’ai suivi une retraite bouddhiste, mais je suis avant tout chrétienne.

Vous dites que le slogan choisi par L’Oréal «parce que je le vaux bien» a un vrai sens pour les femmes…
En ce qui concerne le mouvement pour l’égalité et les droits de la femme, rien n’aurait été possible si les femmes à travers le monde n’avaient pas été persuadées qu’elles le valaient bien: obtenir le droit de vote, devenir PDG d’une entreprise, ne pas être victime de violences physiques et sexuelles, etc. Mais le slogan, pour moi, se rapporte davantage à l’émancipation personnelle, à la perception qu’une femme a d’elle-même. Lorsqu’on se sent bien, on est plus apte à relever tous les défis que comporte une vie bien remplie.

Que répondez-vous à celles qui vous reprochent d’être passée du militantisme politique à la lutte contre les rides?
Que je ne me bats pas contre les rides, mais contre le vieillissement. Afin de l’aborder de la meilleure façon. En gardant toute son estime de soi.

Jane Fonda sera sur le plateau de «Vivement dimanche», sur France 2, ce 4 décembre 2011. Elle y parlera de son rôle dans le film «Et si on vivait tous ensemble?».

KEYSTONE/SCANPIX/Bjoern Larsson Ask
1 / 3© DR
L’Oréal Paris
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Jessica Chou / Story Box for L'Oréal Paris
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