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innovations vertes

Écologie: ces entrepreneuses qui inventent pour le bien de la planète

Écologie: elles inventent pour le bien de la planète

Lucy Hugues a une idée de génie en passant devant des restes de poissons empilés: et si on utilisait ces déchets pour en faire un bioplastique?

© COURTESY OF JAMES DAYSON AWARD

Si les enjeux environnementaux sont l’affaire de toute l’humanité, ils préoccupent particulièrement les femmes. Et bien qu’aucune statistique globale ne soit actuellement disponible, de vastes enquêtes conduites ces dernières années aux États-Unis, en France, dans le nord de l’Europe ou en Suisse le montrent bien. Chez nous, par exemple, une étude de l’OFS publiée en 2020 établit que 65% des sondées «y voient un problème très important ou plutôt important». Contre 56% des hommes.

Ces inquiétudes ont évidemment des répercussions sur le quotidien. Des exemples? Les Suissesses interrogées sont 76% à déclarer prendre désormais en compte la consommation d’énergie avant d’acquérir de petits appareils électriques (69% côté masculin) et, quand il s’agit de faire des courses, 46% d’entre elles donnent «toujours ou la plupart du temps» la préférence aux produits bios. Un indicateur qui passe à 40% chez les messieurs.

Cela dit, si cette sensibilité féminine aux questions vertes induit de plus en plus d’adaptations du mode de vie – choix de marchandises durables et si possible locales, covoiturage, réduction du gaspillage alimentaire, de la consommation énergétique et d’eau, compostage, baisse voire arrêt de l’achat de viande… –, elle se traduit également par des actions à portée plus large.

De fait, désireuses de changements par lesquels le bien de la planète et de ses habitants l’emporte sur toute autre considération, des milliers de scientifiques, économistes, informaticiennes, professeures, politiciennes, ingénieures, techniciennes, etc. ont lancé des projets à travers le monde. Chacune à son échelle, dans son domaine spécifique, elles se sont ainsi engagées activement, devenant des agentes essentielles de la révolution verte. Coup de projecteur sur quelques-unes de ces personnalités formidables qui donnent raison à Aragon. Car oui, la femme est l’avenir de l’homme!

Garvita Gulhati (Inde): une appli anti gaspillage d'eau

Quand elle découvre en 2015 que 14 millions de litres d’eau potable non consommés au restaurant sont jetés aux égouts chaque année en Inde, le sang de Garvita Gulhati ne fait qu’un tour. Ce d’autant que la sécheresse vient une fois encore de frapper l’État du Karnataka, où elle vit. Ni une ni deux, l’adolescente de 15 ans décide d’agir. Et vite. Armée de son désir de bien faire, un rien candide, la gamine commence par faire la tournée des restos de sa ville, Bangalore, pour essayer de convaincre les tenanciers de ne plus remplir les verres qu’à moitié, quitte à resservir leurs clients sur demande. Las… elle essuie refus sur refus. Tenace, elle change son fusil d’épaule.

Les patrons ne veulent pas jouer le jeu? Elle va s’attaquer aux clients!

C’est ainsi qu’elle imagine l’application Why Waste? (Pourquoi gaspiller?), qui permet notamment de mesurer sa consommation quotidienne d’eau potable. Dès 2017, le succès de cette appli est tel que la fédération des restaurateurs (500 000 établissements) entre en matière… et réalise que le système du «verre à moitié plein» permet en effet de substantielles économies. Soit 10 millions de litres d’eau potable en 5 ans. Comme quoi le goutte à goutte, ça n’a l’air de rien, mais ça fonctionne.

Fanny Coustaline et Caroline Dommen (Genève): des happenings sur les potagers urbains ou le vermicompostage

Ingénieure agronome spécialisée dans le commerce des produits agricoles et les chaînes d’approvisionnement courtes, Fanny Coustaline milite activement pour soutenir la consommation durable et promouvoir la réduction des déchets. Du coup, avec son amie Caroline Dommen, elle-même juriste spécialisée en développement durable et très intéressée par l’économie équitable et circulaire, elle a fondé l’association sans but lucratif Les Défricheuses, basée dans le canton de Genève. Leur but? Aider le plus de gens possible à voir la vie en vert. Et pour y parvenir, elles y mettent du cœur, de l’enthousiasme et du temps.

À leur actif de nombreuses manifestations, interventions ou happenings ouverts à toutes et à tous dans le domaine de l’alimentation locale, des potagers urbains, de la réduction des déchets ou du compost – et notamment du vermicompostage dont elles sont toutes deux spécialistes et guides. Ainsi que la mise sur pied d’une grainothèque (un système libre et gratuit d’échange de graines) et d’actions de promotion de gestes écoresponsables au quotidien.

© LES DÉFRICHEUSES

Ibtissem Guefrachi (France): des antibiotiques issus du monde végétal

Passionnée de biologie depuis sa plus tendre enfance, Ibtissem Guefrachi, 39 ans, a dû lutter ferme pour tracer son chemin – notamment en raison de son genre. Il n’empêche que cette Tunisienne déterminée et acharnée qui vit maintenant en France est aujourd’hui reconnue internationalement pour son travail sur la biodiversité, la valorisation des bioressources en zones arides. Et surtout, pour ses recherches sur des antibiotiques issus du monde végétal, ce qui constitue une voie prometteuse dans la lutte contre des bactéries multirésistantes, «une urgence sanitaire mondiale», insiste-t-elle.

Dans ses projets futurs: la fondation d’un laboratoire sur l’interaction entre plantes et microbes, dans le but de réduire le recours aux engrais azotés, ce qui aurait des effets positifs sur le changement climatique et la pollution des eaux.

© DR

Pauline Lançon (France): un projet pour aider des productrices de sel à devenir plus autonomes

Lauréate 2019 du Prix Solutions Genre et Climat de l’ONU, la Française Pauline Lançon a mis son enthousiasme et son savoir-faire au service des femmes et de l’environnement en Guinée-Bissau. Mandatée par l’association guérandaise Univers-sel, elle a en effet monté un projet pour aider des productrices de sel à devenir plus autonomes tout en ayant une gestion durable des ressources. Du joli bla-bla? Du concret.

Dans les faits, les Guinéennes qui pratiquaient la saliculture de manière traditionnelle chauffaient au feu un mélange de terre salée et d’eau. Un processus chronophage et surtout gourmand en bois qui s’avère nocif pour la santé à cause des fumées dégagées.

Désormais, grâce aux techniques que Pauline leur a apprises, plus besoin de faire du feu – il leur suffit de disposer la saumure sur des bâches pour que l’évaporation se fasse naturellement sous l’effet du soleil et du vent. Résultat: des économies de bois et de temps, un travail moins pénible, des conditions sanitaires améliorées. Cerise sur le gâteau: n’ayant plus besoin d’aider leur mère, les enfants peuvent retourner à l’école.

Lucy Hugues (Grande-Bretagne): des déchets de poissons pour en faire un bioplastique

Bien que très utile, le plastique n’en est pas moins un fléau écologique – surtout quand il se retrouve dans la nature. Pour tenter de résoudre ce problème et créer un ersatz qui aurait les mêmes qualités pratiques mais serait biodégradable, d’innombrables recherches ont été entreprises. Certaines ont abouti. Ainsi celle de Lucy Hugues, une Britannique de 25 ans aujourd’hui à la tête de la start-up Marina Tex.

Son histoire commence en 2019. Encore étudiante en design de produits à l’Université du Sussex et très impliquée dans les problématiques écologiques, elle a une idée de génie en passant devant des restes de poissons empilés devant une pêcherie: et si on utilisait ces déchets pour en faire un bioplastique? Des centaines de tests et d’expériences plus tard, elle obtient un matériau souple et résistant, qui peut être utilisé comme emballage ou protection alimentaire et met entre 4 et 6 semaines pour se décomposer dans un compost. À ce jour, sur ses charbons ardents, elle attend toujours les autorisations sanitaires (et quelques aides financières…) mais espère pouvoir lancer prochainement la production. À suivre, donc.

Amandine Lefevre (France): des dalles de parking en déchets ostréicoles

Amandine Lefevre va-t-elle révolutionner la route? Comme ingénieure dans la start-up franc-comtoise spécialisée dans la perméabilité des sols Purple Alternative Surface, elle y travaille, en tout cas. Et pour l’heure, les projets lancés par cette jeune entreprise ont un potentiel indéniable. Prenons les dalles de parking Conchy l’Innov, par exemple. Conçu à partir de déchets ostréicoles dont les producteurs d’huîtres ne savent que faire, ce revêtement a la particularité d’être perméable. Percées de joints et munies d’alvéoles de stockage, les plaques permettent en effet à l’eau de pluie de s’infiltrer doucement dans la terre – et donc de pallier un double problème posé par le bitume: la dégradation des sols et les risques d’inondation.

Il y a quelques jours, des places de stationnement Conchy l’Innov ont été installées à titre expérimental (pour l’instant!) à proximité du bassin ostréicole Marennes-Oléron. De là à dire qu’il est écolo de manger des huîtres…

© OLIVIER TISSERAND

Diana Yousef (États-Unis): des toilettes sèches 2.0

Biochimiste par vocation et entrepreneuse engagée dans la protection de l’environnement par passion, la Dre Diana Yousef est particulièrement préoccupée par les problématiques liées à l’eau. Pour le coup, après avoir lancé plusieurs sociétés à visées écologiques, elle a fondé Change: WATER Labs en 2018 aux États-Unis. C’est dans ce cadre qu’elle a revisité le concept des toilettes sèches et mis au point l’iThrone, un petit cube portable et compact révolutionnaire puisque, grâce à une membrane polymère composite peu coûteuse, la teneur totale en eau des déchets humains s’évapore.

Plus besoin de tirer la chasse, donc, ce qui permet de diminuer drastiquement les volumes d’eau gaspillée et règle une partie des problèmes d’évacuation et d’égouts.

Et les odeurs ou les «solides»? Comme l’explique Diana Yousef, l’iThrone dispose d’une biobatterie. Alimentée par les déjections, celle-ci convertit les déchets en énergie, laquelle sert ensuite à ventiler les toilettes. Quant à la vidange, elle s’effectue mensuellement, ce trône 2.0 étant conçu pour traiter les déjections de 5 à 10 personnes pendant une trentaine de jours.

Majd Mashharawi (Palestine): des kits solaires et des briques écologiques

Pour la jeune ingénieure palestinienne Majd Mashharawi, les choses sont simples: «Une femme avec un revenu, une éducation et des connaissances peut aller plus loin que 100 hommes ensemble.» Elle l’a prouvé. Son histoire commence à Gaza, en 2014. Marchant dans son quartier dévasté par des bombardements, elle se demande comment reconstruire ces maisons détruites, alors que son pays est en pénurie de béton.

Soudain, une illumination. Pour remplacer le sable et les gravillons qu’Israël ne livre plus, elle va se concentrer sur un composant local et peu coûteux, les cendres de charbon. Ainsi naît la brique écologique Green Cake. Nombreux tests à l’appui, ce matériau qui a déjà servi à monter un mur de 1000 parpaings fonctionne aussi bien que du béton ordinaire tout en coûtant 25% de moins à la production. La seule inconnue: sa durabilité. Mais ce n’est pas tout. Résolue à améliorer le quotidien des habitants de Gaza, qui savent depuis des années et au quotidien ce que black out signifie, Majd Mashharawi a créé en 2018 la start-up SunBox. Son idée: offrir un accès à l’électricité en fournissant, entre autres, des kits solaires hors réseau à un prix abordable. Une utopie? Son projet a d’ores et déjà permis à des centaines de famille de ne plus avoir à vivre dans le noir…

© GETTY IMAGES

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