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Rencontre à Londres avec l’âme verte des JO qui débuteront le 27 juillet 2012.

Ce qui frappe lorsqu’on arrive au 23e étage de la tour de la Barclays, à Canary Warf, c’est la vue sur East London. La réception du comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympics de Londres 2012 est majestueuse, calme. En totale contradiction avec le stress des hommes en costards dans la rue: on est en plein mois d’août et les bourses plongent. Le contraste entre la rue et le 23e étage est d’autant plus frappant. Mais revenons à la vue… Elle permet de plonger son regard sur les sites olympiques encore en travaux. On voit bien le stade olympique, diamant blanc au milieu de grues, le dôme en forme de vague de la piscine. Et David Stubbs arrive. Lui est en pantalon et polo. Sûr, ce n’est pas un trader. Souriant, il s’exprime dans un joli français mâtiné d’anglais. Directeur développement durable des JO 2012, il nous reçoit avec fierté.

FEMINA Ma première question tient évidemment dans la contradiction de votre fonction. Vous vous occupez de durabilité pour une manifestation destinée à ne pas durer. Ces deux paradigmes sont-ils compatibles?
DAVID STUBBS
Oui! La réhabilitation d’un quartier de Londres (ndlr. Stratford) faisait partie intégrante de notre dossier de candidature. Les Jeux ont servi de catalyseur pour un projet à long terme. Nous nous sommes implantés sur une friche industrielle d’environ 250 hectares, très polluée et parsemée de 52 pylônes électriques empêchant tout développement. Plusieurs projets ont été élaborés, avant le nôtre, pour dépolluer la zone, mais aucun ne s’est concrétisé. La perspective des Jeux, avec une date butoir, nous a permis de mobiliser toutes les ressources humaines et financières autour de cette zone. La première étape a consisté à démolir les pylônes, dépolluer les sols en profondeur, ainsi que les canaux et les rivières, et à enterrer les lignes électriques. Sans les Jeux, ces travaux n’auraient jamais été effectués.

Il vous a donc fallu la manne olympique pour ça? Vous avez utilisé l’argent des JO pour vous occuper d’infrastructures publiques?
Non, ce n’est pas juste une question d’argent. Il n’y avait pas d’ambition pour cette région (ndlr. Stratford est un quartier défavorisé de Londres), pas de visions, ni de décisions politiques. Actuellement, cette zone dépend de quatre municipalités différentes.

Et l’impulsion et la pression olympique ont été nécessaires à la collaboration?
Oui, c’est une magnifique opportunité. La plupart des travaux publics sont financés par de l’argent public. Tout ce qui relève de l’infrastructure est pris en charge par l’Etat (réseau de transport, bâtiments). C’est un engagement pour l’avenir de Londres. Nous, au comité d’organisation, nous sommes financés par des privés, des sponsors, le merchandising et la billetterie.

Qu’auriez-vous fait si la ville de Paris avait été choisie?
Eh bien, il nous aurait fallus trente à quarante ans pour atteindre le résultat actuel. Nous y sommes parvenus en sept ans.

Vous dites que vous êtes les premiers à avoir pensé les Jeux comme un élément ponctuel sur lequel greffer un projet de recyclage urbain gigantesque...
C’était même un élément essentiel de notre dossier de candidature. Au Comité international olympique, à Lausanne, ils sont conscients de la complexité que représente l’organisation d’une telle manifestation. Ils ont cherché, pour 2012, une candidature qui prendrait la durabilité comme point central, qui utiliserait les Jeux comme événement ponctuel s’inscrivant dans un contexte d’avenir. A quoi bon dépenser des sommes folles pour construire des stades qui seront abandonnés ensuite. Ce n’est pas un bon modèle.

Le bon modèle, c’est quoi alors?
Profiter du fait que quelques milliards de personnes vont regarder les Jeux pour parler de développement durable! C’est une plate-forme exceptionnelle pour s’adresser à une large population qui ne s’intéresse pas forcément à cela.

Mais on reste dans un paradoxe incroyable! Faire venir la planète entière à Londres, avec ce que cela implique de déplacements, de déchets, de débauches d’énergie…
Oui, vous avez raison. Mais on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs! Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour minimiser l’impact écologique de ce rassemblement planétaire. Durant les sept années de préparation, nous avons évalué quels éléments seraient les plus impactants pour l’environnement en mesurant notre empreinte carbone.

Et ce sont les transports?
Les voyages en avion sont secondaires en termes d’empreinte carbone. C’est la construction des bâtiments et des sites qui est la plus impactante. Mais nous l’acceptons parce qu’ils sont conçus pour durer! Les impacts ponctuels liés aux Jeux sont inférieurs aux impacts des constructions destinées à durer.

Concrètement, pendant les Jeux, qu’allez-vous faire?
Prenons la nourriture. Nous avons défini des critères pour l’approvisionnement durant la manifestation, sur des bases éthiques, environnementales et qualitatives. Les grands sponsors se sont engagés à nos côtés dans cette approche. Cela fait partie intégrante de leurs contrats. Coca-cola, McDonald’s, British Telecom nous financent, mais ils doivent s’engager avec des solutions environnementales basées sur leur expérience. Ainsi, on travaille avec tous les fournisseurs et les sponsors pour que, durant les Jeux, on réussisse à n’utiliser qu’un seul matériau pour tous les emballages: tasses, verres, mets, sandwiches, etc. En prenant ce parti pris, on arrivera à atteindre un taux de recyclage supérieur aux autres événements sportifs. Notre objectif est Zero Waste to Landfield (ndlr. zéro déchets dans la nature). On informera aussi les sportifs au Village. On y attend 15 000 athlètes.

Et quelle seconde vie allez-vous offrir aux sites et au Village?
Certains sites seront démontés. Le stade, lui, a été construit pour pouvoir être démonté. Si nous n’avons pas besoin d’un stade de 80 000 spectateurs, on peut le démonter. Mais je pense que le club de foot de Westham va venir s’y installer. Enfin, c’est encore un projet. La piscine olympique, elle, peut contenir 17 000 spectateurs durant les Jeux. Après, ce sera une piscine publique de 2000 à 3000 places. Notre dessein a été de bâtir de manière permanente ce que l’on pourra utiliser par la suite, et de penser éphémère ce qui ne sera plus d’aucune utilité. On ne se contente pas de proposer des Jeux verts. Nous avons pensé plus loin. Ainsi, le Village accueillera 17 000 «habitants» durant les Jeux. Habitations qui seront converties en 2800 appartements. La moitié est destinée à devenir du logement social pour créer une zone de population mixte et éviter le ghetto.

Qui dit durabilité dit aussi responsabilité sociale…
Oui, nous avons développé toute une stratégie dans ce domaine. Ainsi, durant les sept années de travaux, nous avons employé environ 40 000 personnes. 20% des employés provenaient des municipalités adjacentes. Nous avons aussi formé des gens. Et pour la durée de la compétition, nous avons proposé à des petites sociétés locales de développer un projet pour être présentes sur le site. Nous avons encore créé une nouvelle norme ISO. Le numéro 2012.1 qui sera validé en 2012. Elle spécifie un système de gestion durable pour la création d’événements sportifs, culturels, etc. Avoir réussi à créer une norme internationale concernant la durabilité pour les Jeux, c’est très important. Cela va influencer tous les projets futurs.

Quelle part du budget global est dévolue à cette philosophie?
C’est impossible à dire. La durabilité de Londres 2012 fait partie intégrante du budget. 100% sont dédiés à cela!

Et la vraie nature dans tout cela… La verdure est la grande absente, non?
Pas du tout. Durant les jeux, 50 hectares de zones vertes seront à disposition du public. Après les Jeux, les trottoirs temporaires seront enlevés et, d’ici 2014, le parc s’étendra sur une centaine d’hectares. La moitié sera gérée de manière écologique. Cela ne nous intéresse pas de bâtir, puis partir!

www.london2012.com

Un parcours durable

David Stubbs a été nommé, en 2003 déjà, responsable des projets de développements durables pour les Jeux olympiques et paralympiques de Londres 2012. Durant sa carrière, il s’est intéressé à minimiser les impacts environnementaux lors d’événements sportifs.

Avant de rejoindre le comité d’organisation de London 2012, il a passé quinze ans à l’Association européenne de golf et y a développé et dirigé des projets écologiques sur les greens. Son travail, notamment, a donné naissance à la Golf Environment Organisation. Sa formation universitaire portait déjà sur le développement de projets de préservation de la faune et sur la diversité biologique.

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