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Déconsommation

Consommer moins pour vivre mieux

Consommer moins pour vivre mieux

«Je trouve dommage que ceux qui essaient de faire des efforts soient pris à partie, car d'autres estiment qu'ils ne vont pas totalement au bout de la démarche. Par exemple le fait de vouloir consommer local, de saison, bio mais de toujours posséder une voiture. Du coup, c'est assez épuisant de devoir se justifier», Sandra, 38 ans, qui essaie d'accorder ses valeurs à ses habitudes de consommation.

© Brad Stallcup

«Je n’achète et ne consomme aucun aliment transformé. Pas de plats préparés, ni de produits industriels. Je privilégie les produits les plus sains et les circuits les plus courts. C’est ancré dans mes réflexes depuis très longtemps.» Si Marie Drucker partage avec nous ses règles d’or en matière d’alimentation, c’est par conviction, mais aussi parce qu’elle est la coauteure, avec la journaliste Sidonie Bonnec, d’un ouvrage qui se veut un guide pratique à l’usage des consommateurs, bien souvent perdus et tiraillés face aux injonctions contradictoires sur ce qui serait bon pour vivre mieux («Naturel, pour le meilleur et pour le reste», Ed. Fayard).

«Résultat d’une enquête de deux ans, ce livre démêle le vrai du faux sur toutes les informations qui nous parviennent sur le bio, sur le naturel, sur le sain, sur l’environnement. Il s’inscrit dans une démarche vers un cercle plus vertueux de consommation, pour consommer moins, mais mieux, et différemment», continue Marie Drucker.

Et les adeptes d’une consommation plus responsable sont légion. C’est le cas de Patricia, 45 ans, qui s’y emploie même si ce n’est pas tous les jours simple de faire le bon choix pour se conformer à ses valeurs, comme elle le raconte: «Quand on croit bien faire, une nouvelle enquête démontre que non, finalement, ce n’est pas si bien. J’essaie d’être consciente de la provenance et de mes réels besoins à chaque fois que j’achète un produit. Actuellement, j’achète 90% des produits alimentaires en vrac et au marché. Je prends un maximum de bio et local, quand c’est possible, je mange un minimum de viande rouge, et je mange souvent végétarien, aussi par plaisir.»

Le consommateur parfait n’existe pas

Le but n’étant pas de devenir un consommateur responsable parfait, mais de prendre conscience, chacun à son niveau, de ce qui peut être fait pour maintenir un équilibre dans son mode de vie. Un point de vue partagé par Fanny Parise, anthropologue spécialiste de la consommation et chercheuse associée à l’Université de Lausanne:

«Chacun doit faire des choix stratégiques dans son quotidien pour savoir comment il va consommer pour réduire l’écart entre l’idéal de vie projeté par la société et la réalité de la vie quotidienne, avec ses contraintes.»

Un alignement de notre mode de vie sur nos valeurs qui influence forcément notre façon de consommer. «J’aime me maquiller et c’est important pour moi, donc je ne suis pas prête à faire mes cosmétiques moi-même, explique Marie Drucker. Par contre à la maison, ça fait dix ans que je n’ai plus que trois produits d’entretien: du savon noir naturel, du bicarbonate de soude et du vinaigre d’alcool. Je nettoie tout dans la maison avec ça, du sol au plafond en passant par les sanitaires, la cuisine les jouets des enfants. C’est une chose qu’on peut changer du jour au lendemain et diviser son budget produits d’entretien par cinq.» Un moyen de faire des économies. Ou de reporter ce budget sur autre chose.

Consommer mieux ne veut pas dire moins

«On veut consommer moins, et on en a l’impression de le faire, mais en tant qu’observateurs, on se rend compte lors d’études de terrain que si les règles ont changé, on consomme toujours autant», souligne Fanny Parise. Déconsommer, ce n’est pas consommer moins, c’est consommer différemment et c’est presque devenu un signe de distinction sociale pour certains. Ainsi, Sophie, 36 ans, a vu son budget produits de beauté diminuer drastiquement le jour où elle s’est mise à n’utiliser plus qu’une crème hydratante locale, un masque pour les cheveux maison et un shampooing solide: «Du coup, ça me laisse plus d’argent pour m’acheter des produits frais, des légumes bio, et ça me permet de me faire des petits plaisirs annexes au niveau des loisirs.»

Le budget consommation ne diminue donc pas, mais se ventile différemment. Si certaines dépenses sont bannies par conviction, d’autres augmentent. Et c’est particulièrement vrai pour ce qui est de l’alimentation et des produits ménagers.

«Les produits industriels et transformés sont symptomatiques de la société de consommation, et sur ces postes de dépenses on va désormais privilégier les produits bruts, le fait maison, explique Fanny Parise.

Faire envie par l’exemple

Au final, cette absence de diminution des dépenses est parfois difficile à entendre pour ceux qui se revendiquent «déconsommateurs». «Il y a toute une dimension qui est affective, ils ne sont pas en quête de sens mais de réassurance et de mieux-être. Ils ont l’impression que leurs pratiques sont cohérentes avec leurs valeurs. La consommation n’est plus une finalité, mais un moyen d’arriver vers plus de développement personnel», souligne Fanny Parise. Certains font pourtant le choix de s’y mettre à fond pour vivre selon leurs convictions.

Comme Sandra, 38 ans, qui a drastiquement réduit son niveau de vie en général pour se conformer à ses valeurs de déconsommation: «J’ai changé d’emploi pour rejoindre une structure associative et j’ai baissé mon temps de travail. Il a donc fallu faire renoncer à certaines choses. J’essaie de limiter l’avion en général. Je n’achète presque pas de cosmétiques et produits d’hygiène, mis à part le mascara et la crème solaire. Je n’achète presque plus de vêtements non plus.» Ce qui ne l’empêche pas de devoir se justifier au quotidien sur son choix de vie, comme par exemple sur le fait de vouloir consommer local, de saison et bio mais de toujours posséder une voiture.

Elle conclut, «À mon avis le meilleur moyen de «faire envie» aux gens de nous suivre n’est pas d’essayer de les convaincre, mais de montrer par l’exemple. En voyant que ce n’est pas si difficile, cela crée des vocations et c’est bien plus agréable ainsi.» Tenté?

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