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Comment les drogues hallucinogènes pourraient nous soigner

Friederike holze docteure es sciences psychedeliques 2

Certaines drogues hallucinogènes, comme la psilocybine (champignons hallucinogènes), sont désormais étudiées pour leur potentiel thérapeutique.

© Getty Images

FEMINA Dans quels domaines le LSD est-il testé dans un usage thérapeutique?
Friederike Holze La première étude moderne portant sur le LSD dans un cadre thérapeutique a été menée par le Dr Peter Gasser, à Soleure, en 2008. Il s’agissait d’une petite étude pilote sur des patients atteints de cancer, souffrant d’anxiété liée à cette maladie. Le Dr Gasser a montré qu’une seule dose de LSD peut aider à réduire la peur de la mort. Cette étude est actuellement répétée avec un échantillon plus large et inclut également des patients souffrant d’un trouble d’anxiété généralisée. Il s’agit, par exemple, de personnes effrayées à l’idée de quitter leur maison, parce qu’elles anticipent tout ce qui pourrait mal tourner. Les angoisses ne sont pas très faciles à traiter avec les médicaments actuellement disponibles qui, au lieu de ne réduire que les émotions négatives, réduisent toutes les émotions, ou alors ont des effets secondaires et peuvent induire une dépendance. Avec le LSD, nous testons une nouvelle approche thérapeutique. Une autre recherche, actuellement en cours, cible des patients souffrant de dépression. Dans le traitement de cette maladie, des travaux récents portant sur l’utilisation d’un composé similaire à la psilocybine (champignons hallucinogènes) ont montré des résultats prometteurs.

Y a-t-il d’autres résultats encourageants?
Une étude porte actuellement sur le traitement de l’algie vasculaire de la face, aussi connue sous le nom de céphalée suicidaire. Les patients concernés souffrent d’épisodes de maux de tête presque incurables, qui semblent si douloureux que la qualité de vie et la volonté de vivre s’en trouvent diminuées. Ceux qui ont été traités avec du LSD rapportent une amélioration et moins de crises. On devrait donc pouvoir bientôt entamer une étude clinique. Quant à la psilocybine, elle a aussi montré des résultats prometteurs dans le traitement de la dépendance à la nicotine, de l’alcoolisme. Elle est actuellement à l’étude pour le traitement des troubles obsessionnels compulsifs, de l’anorexie, de la maladie d’Alzheimer, de la fibromyalgie, de la douleur chronique, et bien d’autres. Cependant, je ne pense pas qu’il s’agisse de drogues miracles. Les indications possibles doivent être testées très attentivement.

© Nicolas Baiatu

Comment agissent ces hallucinogènes?
Sur le plan subjectif, le LSD induit des changements de perception tels que des illusions d’optique, des changements de perception du temps et de l’espace ou sonores, mais des altérations plus profondes sont aussi possibles comme des changements de perception ou d’interprétation des émotions. On parle parfois de synesthésie, lorsque la musique influence l’hallucination de motifs et de couleurs, par exemple, ou d’expériences qualifiées de «mystiques», caractérisées par un grand bonheur ou le sentiment d’être connecté aux autres. Ces expériences mystiques semblent très importantes dans le résultat thérapeutique. Cependant, des expériences négatives peuvent également survenir, avec de la peur, de l’anxiété, de la confusion, des étourdissements ou de la paranoïa. Le but est, actuellement, de maximiser les effets positifs tout en minimisant les effets négatifs.

Et sur un plan objectif?
Les mécanismes peuvent être étudiés à l’aide des techniques d’imagerie cérébrale. Nous voyons par exemple que la communication habituelle des cellules au sein de certaines régions cérébrales se réduit, tandis que la communication entre des régions qui ne communiquent généralement pas entre elles augmente. Il est possible que certaines de ces nouvelles voies de communication perdurent.

«La psilocybine a montré des résultats prometteurs dans le traitement de la dépendance à la nicotine et de l’alcoolisme.»

Friederike Holze

La Suisse pionnière

Si c’est en Suisse que les propriétés hallucinogènes du LSD ont été découvertes, en 1943, par le chimiste de l’entreprise Sandoz Albert Hofmann, il faudra attendre la fin des années 90 et le début des années 2000 pour que la recherche sur les psychédéliques retrouve le chemin de la recherche. Le LSD étant encore trop stigmatisé, bien qu’il affiche une toxicité et un risque d’addiction faible, on se tourne d’abord vers la psilocybine, à l’image du professeur Franz Vollenweider de l’Hôpital universitaire psychiatrique de Zurich.

Parmi les pionniers de l’étude du LSD en Suisse, on trouve le psychiatre soleurois Peter Gasser, instigateur d’une étude pilote sur des patients atteints de cancer en 2008, mais aussi le Pr Matthias Liechti et la Dre Yasmin Schmid, de l’Université de Bâle, auteurs de la première étude universitaire moderne sur des participants en bonne santé. En Suisse, le LSD est aussi utilisé dans le cadre d’un «usage compassionnel» pour des patients atteints de troubles psychiatriques résistants aux traitements, ce qui fait de notre pays une exception.

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