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Christina Kitsos: «On ne cesse de demander à une femme enceinte comment elle va s’organiser»

En politique christina Kitsos bruleles planches

«On ne cesse de demander à une femme enceinte comment elle va s’organiser. On ne pose jamais la question à un homme. Ça montre bien que l’enjeu caché est toujours la vision traditionnelle des femmes au foyer», partage la politicienne Christina Kitsos.

© Magali Dougados

Il y a deux sortes de politiciennes, celles aux réponses préconstruites, et les autres. Celles qui n’ont pas peur du silence, ce petit moment où elles plongent en elles-mêmes pour répondre vraiment à la question posée. Pour chercher leur «vraie» vérité. Christina Kitsos est de celles-là.

Une nature douce et pudique qui n’empêche pas l’efficacité puisque, après un an au Conseil administratif de Genève, la socialiste chargée du Département de la cohésion sociale et de la solidarité affiche un bilan positif et salué. A quoi elle va rajouter une belle surprise: à 40 ans, elle est enceinte pour la seconde fois. Déjà mère d’une petite fille de 2 ans, elle sourit sur la terrasse du restaurant du Musée d’art et d’histoire de Genève, où elle a donné rendez-vous:

«On ne cesse de demander à une femme enceinte comment elle va s’organiser. On ne pose jamais la question à un homme. Ça montre bien que l’enjeu caché est toujours la vision traditionnelle des femmes au foyer.»

Inutile de parler de grossesse, alors? «Je me pose la question. En même temps, c’est l’occasion de rappeler la nécessité de repenser les cadres légaux pouvant amener à une réelle égalité. Le jour où la mère et le père seront égaux face au congé parental, on pourra changer les représentations, faire comprendre aux hommes ce qu’implique de s’occuper d’un enfant toute une journée.»

Le théâtre, sa première passion

Côté politique, elle n’a pas perdu son année. Elle a obtenu l’aval de l’Exécutif pour analyser tous les aspects d’une municipalisation des crèches par étapes: «J’aimerais qu’une place en crèche devienne un jour un droit comme l’école.» Elle est aussi parvenue à faire contribuer financièrement l’Association des communes genevoises à l’hébergement des sans-abri, en attendant une loi cantonale. Au 31 mars, au moment de la fermeture annoncée des abris PC, la Ville dispose pour la première fois d’un dispositif à l’année: le centre d’hébergement de Frank-Thomas, qui propose des chambres individuelles.

Sa recette: le pragmatisme, dans une décontraction vigilante. Elle résout les problèmes, les uns après les autres. «Ce n’était pas facile d’entamer sa fonction en pleine crise Covid. Il a fallu débloquer rapidement des aides aux secteurs en difficulté et résoudre les problèmes liés à la pandémie avant d’empoigner les dossiers du département.» Elle mise sur le durable: «J’estime une action réussie quand on laisse une base légale qui opère un profond changement.»

La politique, elle lui donne tout, mais ce n’était pas sa première passion. C’est sur le terreau de la littérature et du théâtre qu’elle a poussé. De 1992 à 2000, elle suit des cours au Théâtre populaire romand, à La Chaux-de-Fonds, son lieu de naissance. «Je cherchais un sens. On se demande toujours pourquoi on vit, non? A travers une pièce de théâtre, on arrive à transcender, à métamorphoser une situation. Être en contact avec toute cette beauté, ça amène du sens à l’existence. On se réconcilie avec l’humain.» Ses yeux bleu lagune s’illuminent. «Ce lieu a fait partie intégrante de ma vie. J’ai développé des liens d’amitié forts avec certains que j’ai retrouvés en 1994 au Parlement des jeunes à La Chaux-de-Fonds.» C’est donc à l’âge de 13 ans qu’elle entre en contact avec la politique. Après une session au Cours Florent à Paris, elle réalise la mise en scène du poème Ismène de Yannis Ritsos au Théâtre du Pommier, à Neuchâtel, en 2005. Elle est également l’auteur de la pièce La saison des bleuets, mise en scène par Guillaume Béguin, en 2009.

La discrimination, elle connaît

A 24 ans, elle adhère au Parti socialiste et est élue au Grand Conseil neuchâtelois. Parallèlement, elle enseigne la philosophie, le français et crée une agence de communication. Lorsqu’elle rejoint Genève, elle songe à arrêter la politique: «Je n’avais pas forcément l’idée de m’engager. Au-delà du militantisme et du partage des valeurs, il y a beaucoup de violence au sein d’un parti politique.» Elle change d’avis en 2013. Elle travaille à plusieurs fonctions pour le Département de l’instruction publique, de la culture et du sport (DIP), chargée notamment des affaires migratoires.

La discrimination des migrants, elle s’y est heurtée. «Une fois à l’école, j’ai eu une note un peu moins bonne, un 4,5.» Trahie par son nom de famille grecque, elle a droit de la part d’une enseignante à un: «Ah, vous ne comprenez pas les consignes parce que vous ne parlez sûrement pas français à la maison?» Dans son carnet, un autre, au demeurant socialiste, avait émis un doute sur son entrée en prégymnasiale, alors que ses notes étaient indiscutables: «Peut tenter sa chance.»

«J’ai les yeux bleus, je suis née ici, je parle français, et j’étais quand même cataloguée comme un enfant issu de la migration. Les discriminations m’ont beaucoup marqué à l’école. Je n’ose imaginer ce que vivent les enfants de requérants d’asile.»

Ses priorités aujourd’hui? Avoir une politique publique sur l’accueil d’urgence concertée entre communes, Ville et canton. «On doit travailler de manière interinstitutionnelle sur le phénomène du sans-abrisme, tout comme sur les questions liées à la jeunesse afin d’intervenir en amont et prévenir les ruptures sociales.»

Son autre bataille: réformer la gouvernance de l’accueil de la petite enfance, datant du XIXe siècle. «L’époque où la crèche était destinée aux enfants de femmes ouvrières ou à des familles nécessiteuses est révolue mais tout reste organisé autour de comités associatifs avec des bénévoles. Ces métiers exercés à 90% par des femmes ne sont pas suffisamment valorisés.» L’enjeu est aussi important «parce que c’est par là que passe le dépistage précoce des petits aux besoins particuliers et la socialisation. L’éducation préscolaire facilite le passage au primaire et le bon développement des enfants en termes d’éveil culturel et linguistique.» Elle s’enflamme, ne s’arrête plus. Ses enfants, ceux des autres, elle a encore du travail...

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