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Je les croyais hors de prix, compliquées à entretenir, réservées à quelques farfelus. J’avais tout faux. Il est facile de faire rimer écologie avec économie. Ma prochaine voiture, c’est sûr, roulera au gaz!

C’est paradoxal: nous nous enflammons pour les exploits de Bertrand Piccard avec son avion solaire, mais restons étrangement indifférents aux moyens de transport terrestres qui nous permettent de réduire au maximum les émissions de CO2 dans l’atmosphère. Alors qu’elle est facilement accessible, la voiture à gaz semble entourée d’un halo de mystère. Abordez le sujet avec votre entourage et l’on vous posera ce genre de questions: «Où est-ce qu’on s’approvisionne?» (dans les stations-service) «Le gaz, ça ne risque pas d’exploser?» (non) «Rouler au gaz, ça n’enlève pas de la puissance au moteur?» (non). Le prochain Salon de l’auto à Genève, du 8 au 18 mars 2012, sera pour beaucoup l’occasion de se familiariser avec une avancée technologique souvent considérée comme anecdotique, alors qu’elle a déjà largement fait ses preuves.

L’an dernier, la Fiat 500 TwinAir Turbo fonctionnant au gaz naturel a été sacrée championne par l’Association Transports et Environnement (ATE). En remportant la palme au classement de l’Ecomobiliste, qui compare chaque année les performances des voitures les moins polluantes, la petite citadine au look rétro a prouvé que l’achat d’une voiture écologique est désormais à portée de toutes les bourses. Elle sera présente dans la halle centrale du Salon de l’auto, sur le stand de Gazmobile.

Curieusement, les automobiles fonctionnant au gaz naturel mettent du temps à s’imposer en Suisse alors que leur bilan écologique et financier est des plus convaincants. Ce sont des véhicules bifuel: chacun est équipé de deux réservoirs, l’un à gaz, l’autre à essence, afin de pouvoir rouler sans problème dans les régions ou les pays où il est difficile de s’approvisionner en gaz. Moins polluants que les autos fonctionnant uniquement à l’essence, peu gourmands en carburant et tout aussi performants sur la route, ces véhicules semblent à l’heure actuelle la solution idéale pour limiter l’impact de la circulation automobile sur l’environnement. Mais leurs caractéristiques sont encore relativement peu connues du grand public.

40% de CO2 en moins

13 millions et demi de tels véhicules circulent dans le monde. L’Europe compte 1 million 400 000 voitures consommant du gaz naturel, alors qu’en Suisse, elles sont une dizaine de milliers. Le choix couvre une vaste gamme allant des modèles bas de gamme aux limousines, aux camions et aux bus des transports publics.

Certes, ces véhicules recourent à une énergie non renouvelable. Mais comme personne n’a encore trouvé le moyen de les faire fonctionner à l’énergie solaire… ou éolienne, le gaz naturel reste une bonne alternative à l’utilisation d’essence ou de diesel: il émet jusqu’à 40% de CO2 en moins, jusqu’à 60% d’oxyde d’azote en moins et jusqu’à 90% d’ozone en moins. En brûlant, il ne produit ni oxyde de soufre, ni plomb, ni fumée noire, ni odeur. En Suisse, ce carburant est composé à 80% de gaz naturel et à 20% de biogaz, un gaz issu d’un processus de fermentation (stations d’épuration, usines de traitement des déchets). Autre aspect favorable à l’environnement: le gaz naturel est acheminé par gazoducs, ce qui ne produit aucune pollution, contrairement à l’approvisionnement en essence par des camions-citernes qui sillonnent le territoire en permanence.

Quant à la voiture électrique, souvent qualifiée de «propre» ou de «verte», elle recourt à une forme d’énergie qui, si elle devenait un mode de transport généralisé, dépendrait de centrales nucléaires dont les déchets radioactifs ne peuvent pas vraiment être qualifiés de «propres». De plus, une voiture électrique dispose d’une autonomie limitée, puisqu’elle n’est que de 120 km environ, contre 400 km en moyenne pour la voiture au gaz naturel.

Le gaz naturel est le même que celui utilisé pour la cuisine ou le chauffage. Les craintes d’explosion sont tout à fait infondées. Comme l’ont montré des essais de collision (crash tests), les réservoirs de gaz naturel sont plus sûrs que les réservoirs à essence et le gaz naturel s’enflamme à une température supérieure à celle de l’essence (640 degrés Celsius).

Il est vrai qu’un véhicule qui fonctionne au gaz naturel/biogaz coûte plus cher à l’achat, environ 3000 francs pour un modèle de moyenne catégorie. Mais cet investissement est remboursé en grande partie par la prime de 1000 francs versée par les sociétés gazières et l’encouragement des cantons via la réduction, voire l’exonération pendant trois ans, de la taxe automobile cantonale. A cela il faut ajouter la cerise sur le gâteau: une telle voiture coûte 30% à 50% de moins en carburant que celle qui fonctionne à l’essence. A titre d’exemple, avec 100 francs de gaz naturel, on peut parcourir jusqu’à 1200 kilomètres.

Faire le bon choix

S’agit-il vraiment du mode de transport zéro défaut? Non, bien sûr. Le principal problème concerne l’approvisionnement en gaz dans les régions de montagne et les zones les moins peuplées de Suisse. On peut faire le plein dans les stations-service où des pompes sont installées en ville, et tous les 15 km sur les axes principaux. Mais dès qu’on s’éloigne de la plaine, faire le plein devient difficile et il faut alors se rabattre sur le réservoir à essence.

Explications de Thierry Leutenegger, responsable régional de Gazmobile à Lausanne et spécialiste en mobilité: «Techniquement, il serait possible d’approvisionner en gaz naturel les régions les plus reculées. Mais le prix en serait exorbitant. En effet, la mise en place des gazoducs coûte 2500 Sfr. par mètre. Les sociétés gazières sont donc tenues de se concentrer sur les zones à forte densité de population». Cela n’empêche pas le nombre de stations de remplissage d’augmenter peu à peu. Il y en a 35 en Suisse romande, auxquelles s’ajouteront cette année 4 nouvelles pompes à Bulle, Payerne, Lutry et Nyon. Les mieux lotis sont les propriétaires de maison, puisqu’ils peuvent installer une pompe dans leur garage, ce qui leur permet de faire le plein à volonté. A condition, toutefois, que leur maison soit raccordée au gaz!

Autre inconvénient –mineur – à signaler: dans l’auto, le réservoir à gaz nécessite un plus grand espace de stockage que l’essence. Il prend généralement de la place supplémentaire dans le coffre de la voiture.

Enfin, le jour où l’on se décide à acquérir un véhicule à gaz naturel, il n’est pas facile de faire son choix. Pour l’acheteur potentiel, il est quasi impossible de tester de telles voitures, même chez les concessionnaires des marques qui en proposent plusieurs modèles. La plupart des garagistes n’ont pas de véhicules de démonstration et proposent aux clients de commander sur catalogue. Il faut donc s’armer de patience pour dénicher le bon concessionnaire et les informations qui permettront de trouver la voiture la plus adaptée à ses besoins. Le meilleur moyen de se renseigner sur l’ensemble de l’offre est de se rendre sur www.vehiculeagaz.ch, ainsi que sur www.ate.ch pour télécharger le dossier Ecomobiliste publié par l’Association Transports et Environnement. Ces deux sites proposent des informations détaillées sur les performances des modèles vendus en Suisse.

«Je fais des économies énormes»

Pascale Lilla, conseillère et coordinatrice emploi à l’Office vaudois de l’AI, sillonne les routes romandes pour son travail. C’est avec enthousiasme qu’elle évoque sa conversion à la conduite au gaz naturel.

«L’idée m’est venue de rouler au gaz quand j’ai dû changer de chauffage. Dans ma maison, qui est une construction Minergie, la vieille pompe à chaleur est morte d’usure. J’ai cherché un système plus écologique car, pour moi, électricité signifie centrales nucléaires et déchets radioactifs extrêmement nocifs pour l’environnement. J’étais intéressée par la pose de cellules photovoltaïques, mais leur prix est exorbitant en Suisse, tout comme celui de la géothermie. Quant au mazout, il est cher et polluant. Après avoir examiné toutes les possibilités, j’ai opté pour le gaz naturel. Et j’ai profité du changement de chaudière pour faire installer dans le garage une pompe me permettant de faire le plein de gaz pour ma voiture. L’installation de la pompe m’a coûté 1200 Sfr.

Le choix de la voiture n’a pas été simple. Auparavant je roulais en BMW, mais cette marque ne propose aucun véhicule fonctionnant au gaz. Je me suis donc rendue chez plusieurs concessionnaires pour faire le tour des marques. Certaines, japonaises notamment, ont tout misé sur les véhicules électriques; c’est un comble, si l’on songe à Fukushima! D’autres marques proposent des voitures à essence auxquelles on ajoute après coup un système bifuel (un réservoir à gaz naturel en plus de celui à essence).

Des garagistes m’ont vivement conseillé les voitures à gaz naturel entièrement fabriquées en usine, parce qu’elles sont plus fiables. J’ai eu quelques surprises pendant ma tournée. Ainsi, chez Amag à Fribourg, ils n’avaient aucune voiture bifuel de démonstration: il était impossible de tester un modèle. Ensuite, chez le concessionnaire d’une marque qui propose pourtant des véhicules à gaz naturel, le vendeur à qui j’ai eu affaire n’avait jamais vendu de telles voitures et était incapable de répondre à mes questions. Finalement, après avoir été tentée par Fiat, qui dispose de la plus vaste gamme, mon choix s’est porté sur une VW Passat. La différence de prix entre le modèle à essence et le modèle hybride était de 3000 Sfr. Une différence compensée en grande partie par les 1000 francs que verse Gaz Naturel pour l’achat d’une telle voiture, et par l’exonération fiscale de trois ans accordée par le Service des autos dans le canton de Fribourg (environ 1500 Sfr.).

Je ne roule plus qu’au gaz. La dernière fois que j’ai fait le plein d’essence, c’était il y a six mois, en France où les stations service proposant du gaz naturel sont rarissimes. Depuis que j’ai adopté ce carburant, je fais des économies considérables. Pour mon travail, je parcours environ 3500 km par mois. Avec ma voiture précédente, à raison de 210 litres d’essence à 1 Sfr. 88 le litre, cela me coûtait 394 Sfr. 80. Aujourd’hui, en roulant au gaz, cela me revient à 171 Sfr. 50. Le fait d’avoir une pompe dans mon garage est aussi très pratique: en rentrant le soir, je branche la pompe, qui s’arrête automatiquement une fois le plein fait. Enfin, avec un plein, qui me revient à 28 Sfr., mon autonomie est de 400 km. Mais l’aspect financier n’est pas le seul qui m’intéresse. Le plus important, pour moi, est de contribuer à la lutte contre la pollution.»

Télécharger le PDF des modèles fonctionnant au gaz

Pierre-Yves Massot/Arkive.ch
1 / 1© DR

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