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En parfaite maîtresse de maison, Catherine Nickbarte-Mayer fait visiter la salle de bains de la suite Sissi fraîchement rénovée. Vante la baignoire jacuzzi parfaitement intégrée. Plus tard, c’est le téléviseur dissimulé dans un miroir qui l’étonne. Un sourire chaleureux aux lèvres, de grands yeux bleus qui pétillent, elle confie, amusée, qu’elle meurt d’envie de tester cette salle de bains de princesse. On acquiesce, plus qu’envieuse…

Des salles de bains, la copropriétaire – aux côtés de son frère Jacques – de cet illustre hôtel genevois pourrait en changer tous les jours. Nonante chambres, dont six suites historiques, font, depuis 1865, la renommée de cet élégant bâtiment situé sur le quai du Mont-Blanc, avec vue imprenable sur le jet d’eau et son panache blanc.

Catherine, 71 ans, se montre viscéralement attachée à ces murs et à ceux qui y œuvrent: «Ici, c’est ma maison, j’y suis née!» Assise autour d’une table de jeux patinée dans une pièce recouverte de boiseries, elle explique: «Nous sommes dans le salon Mazaryc. C’était notre salle à manger. Là, il y avait le piano de ma grand-mère. Pour les repas, nous étions servis par les apprentis. Je me rappelle du bruit de la vaisselle qui s’entrechoquait , ils étaient un peu stressés de nous servir.»

Cave et pâtisserie

Même si aujourd’hui Madame la propriétaire préfère la tranquillité de son appartement rollois à l’effervescence du palace, les souvenirs d’une époque où grands-parents, parents, cousins, cousines cohabitaient ici sont vifs et emplis de sensations: «L’hiver, nous dormions dans les chambres de derrière, l’été, dans celles de devant. Enfants, nous allions parfois chiper quelques biscuits à la pâtisserie. J’aimais particulièrement la cave, qui nous était interdite. Nous n’avions le droit d’y aller que lorsque mon père et mon grand-père mettaient le vin en bouteille. Il fallait attendre la bonne phase de la lune, c’était tout un cérémonial. Je me rappelle encore cette odeur de vin, de bouchon, de poussière, cette ambiance fraîche.»

Au décès de leur père en 1978, Catherine, qui avait provisoirement quitté Genève pour suivre son mari en Iran et y donner naissance à son fils Alexandre, reprend l’établissement avec son frère Jacques. «Comme mon frère, j’avais fait l’école hôtelière de Lausanne, mais je n’étais pas destinée à m’occuper de l’hôtel. Pour mon père, ça n’était pas un travail de femme!», explique-t-elle. Pourtant, cette maison de famille, elle la connaît sur le bout des doigts: «J’y ai grandi bien sûr. Puis, dès la fin de mes études, j’y ai travaillé. A 25 ans, j’ai été nommée cheffe du personnel. J’étais d’ailleurs effarée de constater que les femmes de chambre étaient moins payées que les portiers, alors qu’elles travaillaient autant d’heures et qu’elles n’avaient pas leurs pourboires. J’ai très tôt prôné l’égalité des salaires, souhaité que nous, les femmes, ayons un statut, une rémunération, contrairement à nos mères et grands-mères qui avaient toujours travaillé dans l’ombre de leurs maris.»

Propriétaire de cette entreprise familiale et maman, Catherine, 38 ans alors, jongle avec les horaires et s’installe pourtant hors des murs de Beau-Rivage: «Je ne voulais pas de cette pression pour mon fils. Enfant, pour moi, c’était parfois lourd de vivre là. Il ne fallait pas courir dans les couloirs, pas déranger les clients. Et puis ici, tout le monde était au courant de tout.»

Héritage précieux

Faut-il comprendre alors qu’hériter d’un tel patrimoine peut être un poids? «Non, jamais, je ne l’ai jamais ressenti ainsi. D’autant que je n’étais pas obligée d’accepter cette responsabilité. C’est un plaisir, un cadeau. De même pour mon fils Alexandre qui a choisi de travailler ici. Je ne l’ai jamais poussé. Comme les générations qui nous ont précédés, notre rôle se limite à deux mots: améliorer et transmettre.»

Catherine Nickbarte-Mayer a donc passé la main à son fils, nommé directeur du développement fin 2010. Si elle siège toujours au conseil d’administration et qu’elle assiste toutes les deux semaines au bureau qui décide des grandes orientations, elle prend désormais le temps de vivre: «Je viens souvent en début de semaine, le reste du temps, je me repose, je sors mon chien. Je m’investis aussi beaucoup dans ma fondation, la Buakhao White Lotus Foundation, qui soutient des associations luttant pour le respect des droits des enfants en Thaïlande. Et puis, chaque jeudi, je m’occupe de mes petits-enfants!» Et de nous les montrer en photos sur son iPhone qu’elle manie avec dextérité.

Lorsque Catherine Nickbarte-Mayer sent venir la fatigue, elle emprunte quelques-uns des corridors de Beau-Rivage pour contempler ici et là l’empreinte laissée par l’un de ses aïeux, pour deviner, au détour d’une colonne, le son froissé de la crinoline de l’une des dames de compagnie d’Elisabeth d’Autriche, ou le tintement d’un bijou de maharadja. Elle vient se nourrir de près de cent cinquante ans d’histoire mondiale et familiale.

www.beau-rivage.ch

www.buakhao.org

Mercedes Riedy
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