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Les trois sources du bonheur à Bali? Avoir de bonnes relations avec Dieu, avec autrui et avec l’environnement. Cette philosophie hindouiste, le «TriHita Karana», est pratiquée par les nombreux producteurs locaux d’arabica qui cultivent leur café sur les hauts plateaux de Kitamani, au nord de l’île indonésienne. A ces bonnes relations, les citadins du sud ont ajouté les femmes comme source de bonheur et de réussite! Le tourisme de masse a cela de positif qu’il a permis à toute une population de développer une petite affaire rentable. Les femmes, elles, montent leurs entreprises pour en vivre, mais aussi pour transmettre du bonheur.

Le bonheur de créer

«Dès que j’ai posé le pied ici – c’était en l’an 2000 – j’ai su que j’étais arrivée à la maison. Je suis habitée par cette île, par sa spiritualité. Je me suis d’ailleurs convertie à l’hindouisme.» Rien, pourtant, ne prédisposait Anja Brändli à devenir Balinaise. Styliste à succès, elle a été la plus jeune créatrice à remporter le Prix Bolero de la mode (en 1998). C’était une people alémanique qui créait des robes de mariée sublimes et cavalait de succès en succès. «Mais je n’étais pas heureuse de ce statut. J’allais de fête en fête…Un tourbillon. J’ai tout lâché pour Bali. Je croyais que je pourrais travailler différemment, moins… En fait, je travaille sept jours sur sept et je me nourris complètement de mon travail. Il n’y a pas toutes les activités sociales et culturelles d’une grande ville ici. Il y a juste de beaux couchés de soleil. Et tous les matins, je suis heureuse de me lever, d’aller travailler.» Radieuse, la trentenaire vit avec ses trois chiens, ses deux chats et un panthéon coloré de dieux hindous. «Je reviens néanmoins deux fois par an en Suisse voir mes parents et ma sœur. Ils me manquent.»

Monica Peter a, elle aussi, succombé. La Zurichoise, active dans l’import-export, a épousé un Balinais. «La grande fête religieuse aura lieu cet été. Mais avant de tomber amoureuse de mon époux, c’est Bali qui m’a attirée comme un aimant. La vie est différente ici. Plus simple, les besoins matériels ne sont pas prioritaires. L’aspect spirituel est dominant, fort, envoûtant.» A 47 ans, elle conseille volontiers le Suisse de passage. S’exprimant parfaitement en indonésien, Monica excelle dans son travail: dénicher des perles d’artisanats qui sont ensuite vendues en Suisse (notamment chez Globus). Ainsi, elle a notamment dégoté des cartes de vœux et autres articles de papeteries en papier recyclé pour la chaîne de magasins. On n’y prête pas vraiment attention tant l’assortiment est grand. Mais certaines pièces aux images paradisiaques proviennent de Bali et sont façonnées uniquement par des femmes dans une petite fabrique dirigée par une cinquantenaire exubérante, drôle et Australienne.

Kali Sary a créé la Saraswati Papers en 1995. «Mais, je suis chef! Ce que je veux dire, c’est que quand j’ai lancé cette affaire, c’était un hobby. Mon vrai métier, c’est la restauration. Je suis arrivée à Bali en 1983 et, jusqu’au milieu des années 1990, je m’occupais uniquement de restaurants et d’une boîte de nuit sur la plage. C’est là que j’ai pris conscience de lamasse de déchets qui s’accumulaient. Il n’y avait alors aucune réflexion sur le recyclage et la gestion des déchets ici. J’ai donc décidé de donner une deuxième vie au papier. J’ai réalisé mes premières pièces à la maison, feuille après feuille. Un jour, un homme d’affaires a débarqué dans ma cuisine et m’a commandé mille feuilles. Saraswati était né.»

Aujourd’hui, l’entreprise compte une trentaine d’employées et livre dans le monde entier. Tout est fait à la main, du nettoyage au séchage en passant par le mixage, le malaxage de la pâte, l’étendage et le façonnage. Le processus est écologique et prête même à sourire: «Pour obtenir une belle pâte, il faut commencer par réduire en poudre le papier existant. Le plus souvent, les entreprises font appel à des produits chimiques pour cela. Ici, on utilise du caca d’éléphant! Les déjections de cet herbivore nous permettent d’obtenir le même résultat, mais de manière naturelle. De plus, nous ne blanchissons pas notre masse avant de la tamiser.»

Le but de Kali Sary est aussi d’offrir un emploi aux Balinaises les plus démunies. «Ici, elles apprennent un métier, accèdent à l’indépendance financière et ont le sentiment de participer à l’embellissement de leur île. Les hôtels de luxe, nombreux à Bali, sont pourvoyeurs d’une masse importante de déchets. En commandant toute sorte d’articles ici, ils ont ainsi la possibilité de véhiculer une image plus verte.»

Un dynamisme inattendu

Egalement proche de la terre, Michela Foppiani, façonne l’argile. Avec son mari Marcello, elle est à la tête de la marque Gaya. Céramique très prisée et commandée sur mesure par de grandes marques de luxe, dont Armani Casa. Italiens tous les deux, ils sont venus s’installer à Bali alors qu’ils commençaient à se faire un nom dans leur pays. «Parfois, la vie vous fait un cadeau, sourit Michela. Ce cadeau, pour moi, c’est Bali. Mes trois fils sont nés ici. Nous avons une bonne centaine d’employés et continuons à vivre de notre passion, la céramique.» A presque 40 ans, la jeune maman (ses fils ont 5, 3 et 1 an) est hyperactive. Entre l’atelier de céramique, une galerie d’art, un restaurant, une villa privée (à louer), une gelateria, dans le plus pur style italien, et une école de céramique, Michela a décidé de produire sa propre argile. «Nous sommes en plein travaux de construction! Ici, tout va très vite. Le dynamisme balinais est inattendu, mais les potentiels économiques sont énormes. Et les gens… Ils sont sensibles, minutieux, consciencieux. Ils ont une véritable fibre artistique. J’avais des préjugés avant de venir, mais je suis heureuse de voir que Bali ne se résume pas à des soirées cocktails sur la plage.»

Et ce n’est pas Ni Luh Putu Ary Pertami qui la contredira. La jeune trentenaire a grandi aux côtés de sa maman célibataire. «La vie n’a pas été facile pour nous deux. Petite, je n’ai jamais eu chaussure à mon pied. C’est d’ailleurs ce qui m’a donné envie, devenue adulte, de ne plus porter que des chaussures sur mesure!» Après des études à Jakarata, elle rencontre Cédric, son époux français. Et suite à une grave opération et de longs mois de convalescence, elle décide de réaliser son rêve d’enfant et se lance dans la chaussure de luxe. Très vite repérées, ses créations habillent les pieds des stars de Hollywood et des mannequins des défilés haute couture à Paris. «Nous étions deux en 2003. Et dès la première collection, j’ai dû répondre à une commande de 4000 pièces!» Une folie qui la fit grandir bien trop vite et tout arrêter en 2007. «Il fallait que je revienne chez moi, à Bali. Produire ici, simplement, et plus en Chine pour répondre à une demande toujours croissante. J’ai eu fait 14 collections en une année… J’ai voulu revenir à l’artisanat, tout gérer moi-même, être présente auprès de mes 40 employés, voir toutes les chaussures qui sortent de la fabrique. Offrir un véritable service personnalisé. Pouvoir à nouveau servir toutes mes clientes comme des VIP qu’elles s’appellent Julia Roberts, Morcheeba ou Maria… Toutes mes clientes sont «mes» célébrités.»

Débordantes d’énergie, toutes ces femmes se disent envoûtées par Bali et n’en partiraient sous aucun prétexte. A l’instar de Regina Schulze-Boysen. A 54 ans, elle y vit depuis plus de trente ans. «Je suis venue ici à la fin de mes études d’économies en Allemagne. »Difficile d’imaginer la femme d’affaires derrière ce visage serein et doux. Propriétaire du tout premier spa de l’île, le Bodyworks, elle s’abreuve au quotidien du «TriHita Karana», les trois sources du bonheur local. On devrait peut-être l’imiter…

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