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AVS: la parole de nos mères

Femmes retraites AVS21 AM Gailland

«Avec mon mari, nous ne nous étions pas du tout préparés à la retraite, nous n’avions pas prévu qu’il parte si vite. Nous n’avions rien mis de côté pour nos vieux jours, et il avait tout investi dans l’entreprise familiale. Lorsque j’ai touché l’AVS, à l'âge de 62 ans, ma rente était vraiment très petite.» – Anne-Marie Gailland, 86 ans

© VALERIE MOULIN

Le 25 septembre prochain se jouera l’avenir de millions de femmes en Suisse. Ce dimanche-là, le peuple est invité à voter sur la réforme du 1er pilier AVS21, dont l’un des axes majeurs est de relever l’âge légal de la retraite de 64 à 65 ans pour la population féminine, rejoignant ainsi celui des hommes.

L’enjeu, selon les initiateurs de cette loi adoptée par le Parlement en 2021? Permettre à l’AVS de continuer à offrir le même niveau de prestations au-delà de 2030, alors que les projections (trop?) pessimistes de l’Office fédéral des assurances sociales prévoient un système du 1er pilier déficitaire à partir de 2029. Faire travailler les femmes actives une année de plus ferait ainsi économiser plusieurs milliards de francs sur la décennie 2020. Cette mesure est-elle justifiée et juste? À droite, on met en avant un souci d’égalité entre les sexes.

Avec un niveau de formation et un taux d’activité en hausse au sein de la population féminine ces dernières décennies, la retraite à 64 ans serait en train de devenir un anachronisme. Sauf que cet argument d’une certaine «équité» qui justifierait l’augmentation à 65 ans ne passe pas à gauche, où l’on rappelle que les rentes des femmes en Suisse sont en moyenne 37% inférieures à celles des hommes. La faute à divers facteurs culturels qui associent encore trop souvent la féminité à la sphère domestique: arrêts de carrière pour s’occuper des enfants, temps partiel beaucoup plus élevé, métiers «féminins» moins bien rémunérés, discrimination salariale à caractère sexiste…

Contribution «invisible»

Autant de raisons qui expliquent pourquoi elles gagnent 19% de moins que leurs collègues masculins durant leur parcours professionnel. Le comité référendaire assure que repousser le droit à la retraite d’une année leur ferait perdre 1200 francs de rente par an. Il fait également remarquer que le travail dit gratuit, celui des tâches ménagères et du soin aux personnes, reste majoritairement abattu par les femmes dans notre société en dépit de certains progrès en la matière. Une contribution «invisible» qui ne devrait pas être négligée. Nous avons interrogé cinq mamans de membres de la rédaction, pour savoir ce que leur inspire une retraite à 65 ans. Car au final, ce sont elles, les femmes, qui peuvent savoir ce qui est le mieux pour elles.

Cynthia Quinney, 69 ans, Lausanne

Cynthia Quinney, 69 ans, regrette de ne pas avoir fait un compte troisième pilier lorsqu'elle avait la cinquantaine.
© ANNE-LAURE LECHAT

«J'ai eu trois enfants et je suis restée à la maison pour m’en occuper, car mon ex-mari ne voulait pas que je travaille. Après 27 ans de mariage, nous avons divorcé. C’était une période assez difficile, mais j’ai eu la chance de trouver un magnifique emploi dans une entreprise internationale en tant que réceptionniste. J’ai commencé à mi-temps pendant deux ans, et ensuite j’ai demandé à pouvoir augmenter à 100%. Cela m’a aidée à pouvoir m’en sortir financièrement après le divorce. J’avais fait des diplômes pour me mettre à niveau, car ce n’était pas évident de commencer à travailler après 40 ans. Mon ex-mari cotisait pour moi lorsque nous étions mariés, et après le divorce, durant mes années en tant qu’employée, j’ai pu avoir une LPP pour compléter mon AVS, ce qui me permet d’avoir une rente qui n’est pas si mauvaise que ça aujourd’hui.

À 64 ans, je ne me sentais pas encore prête pour partir. J’ai demandé à rester un an supplémentaire, pour cotiser un peu plus. Ça m’a permis d’ajouter 100 francs à mon revenu LPP.

Même en n’ayant travaillé que la moitié de ma vie, j’arrive à m’en sortir avec les 2122 francs de rente que je touche par mois. J’aurais dû faire un 3e pilier, mais quand on a 50 ans, on se dit que c’est loin. À cet âge-là, je ne voulais pas réfléchir, on me disait qu’il fallait mettre minimum 500 francs sur un compte 3e pilier, et je préférais vivre avec, faire un petit voyage de temps en temps. Mais ça aurait été important de le faire, et c’est ce que je conseillerais aux jeunes femmes. J’aurais eu un peu plus pour vivre ma retraite, même si je suis contente de pouvoir m’en sortir aujourd’hui sans devoir demander l’aide sociale.

En tant que femme seule ou divorcée, c’est difficile, particulièrement au niveau des impôts si on est juste au-dessus d’un certain seuil financier. Au niveau de l’AVS, on pourrait faire un peu plus d’effort.

Même si je sais que si j’ai eu une bonne expérience jusqu’à mes 65 ans, ce n’est pas le cas de tout le monde. À 69 ans, j’ai l’impression que je pourrais encore travailler, même si on se fatigue un peu plus avec l’âge. Il faut trouver un moyen de remplir ces caisses pour les générations futures.»

Carla Fournier, 70 ans, Vissoie (VS)

Carla Fournier, 70 ans, a pris sa retraite à 62 ans, dans des conditions très favorables, mais regrette avec le recul de ne pas avoir travaillé jusqu'à 64 ans.
© FLORENCE ZUFFEREY

«J'ai pris ma retraite à 62 ans, dans des conditions très favorables car je travaillais dans un syndicat. Nous avions le choix de travailler jusqu’à 64 ans et aujourd’hui, avec le recul, je regrette de ne pas l’avoir fait.

Je savais que je n’aurais qu’une petite rente car j’avais repris une activité dans ma quarantaine, après avoir élevé mes trois enfants.

Mon mari, indépendant, n’avait pas de 2e pilier, je savais que ce serait difficile mais je ne m’inquiétais pas plus que cela car nous avions prévu de nous installer à l’année dans notre chalet, sans loyer à payer et un mode de vie assez simple. Je savais aussi que mes parents, immigrés italiens partis de rien, avaient de sacrées économies dont j’allais tôt ou tard hériter. Mon père avait cumulé plusieurs emplois et beaucoup cotisé pour sa retraite. A sa mort, ma mère avait un revenu confortable alors qu’elle avait été mère au foyer toute sa vie. Quelqu’un qui n’est pas prévoyant risque d’avoir de gros problèmes. Après, il y a les aléas de la vie, qu’on ne peut pas prédire, comme la longue maladie de mon mari, puis son décès.

Je ne crois pas à la disparition du 2e pilier, mais le taux de conversion va beaucoup baisser, c’est déjà le cas. La génération de mes enfants devrait encore bien s’en sortir, mais pour ceux qui entrent aujourd’hui dans la vie active, cela risque d’être plus compliqué.»

Graziella Kern, 66 ans, Grandvaux (VD)

Graziella Kern, 66 ans, a fait le choix de travailler un an de plus par plaisir et non par obligation.
© ANNE-LAURE LECHAT

«Ça fait un peu plus d’un an que je suis à la retraite. J’ai fait une année de plus, par plaisir et non pas par obligation. C’est un choix auquel je pensais depuis un moment, car pour moi ce n’était pas possible que ça s’arrête avant.

Si j’avais pu, je pense que j’aurais travaillé encore quelques années de plus. J’avais un poste à 50% à la police cantonale vaudoise, dans la brigade de la police scientifique. J’ai prolongé parce que c’était très intéressant, parce que j’avais un bon environnement et des collègues qui sont devenus des amis.

Quand j’ai décidé de prolonger, de nombreux collègues m’ont demandé pourquoi, car eux-mêmes, ils se réjouissaient de la retraite. Ce n’était pas mon cas. J’avoue que j’ai eu de la peine à entrer dans ce monde de retraités, d’ailleurs je déteste ce mot. Dans ma tête, je n’ai pas l’âge de la retraite, c’est peut-être pour cette raison que je ne m’y étais jamais préparée. Le Covid m’a en quelque sorte aidée à faire la transition, car j’ai dû comme beaucoup faire du télétravail, ce que je n’ai pas du tout apprécié par ailleurs.

J’ai toujours travaillé et cotisé, et aujourd’hui je n’ai pas à me plaindre au niveau financier, car avec mon mari nous nous en sortons plutôt bien. Mais j’ai conscience que beaucoup de personnes doivent se demander comment elles vont s’en sortir une fois à la retraite quand on voit le coût de la vie.

Même si je suis d’avis que chacun devrait pouvoir choisir quand il voudrait s’arrêter de travailler en fonction de sa situation personnelle, je pense qu’à compétences égales, il n’y a aucune raison de faire une différence entre un homme et une femme pour fixer l’âge de la retraite. L’égalité passe aussi par-là selon moi.»

Anne-Marie Gailland 86 ans, Le Cotterg (VS)

Anne-Marie Gailland, 86 ans, a touché sa petite rente AVS à l'âge de 62 ans, cinq ans après le décès de son mari.
© VALERIE MOULIN

«Mon mari est décédé quand j’avais 57 ans. Nous avions une entreprise familiale à Verbier, et pour des raisons un peu compliquées, j’ai été mise à la porte.

Comme nous étions horticulteurs fleuristes, c’est la société suisse des horticulteurs qui m’a permis de vivre un peu en attendant de toucher la retraite à 62 ans, comme c’était le cas alors en Suisse.

Avant cela, c’était plutôt difficile de trouver du travail dans ma région, mais comme je connaissais pas mal de monde à Verbier, j’ai réussi à trouver de petits boulots de baby-sitting. Comme j’avais hérité de ma famille, j’avais pu investir dans l’achat d’un petit chalet, que j’ai dû finalement revendre pour pouvoir garder la maison familiale.

Avec mon mari, nous ne nous étions pas du tout préparés à la retraite, nous n’avions pas prévu qu’il parte si vite. Nous n’avions rien mis de côté pour nos vieux jours, et il avait tout investi dans l’entreprise familiale.

Lorsque j’ai touché l’AVS, ma rente était vraiment très petite. Heureusement, grâce au soutien de mes deux fils, j’arrive à avoir une retraite correcte. Je n’aurais jamais imaginé vivre cela.

Avec ce que j’ai vécu et la situation précaire dans laquelle je me suis retrouvée, lorsque les dames du CMS viennent me trouver, je leur conseille de bien faire attention à assurer leurs arrières au cas où leur mari venait à décéder, sinon elles risqueraient de se retrouver avec presque rien une fois à la retraite.»

Camelia Petrus, 60 ans, Fribourg

A 60 ans, Camelia Petrus envisage de prendre une retraite anticipée.
© ANNE-LAURE LECHAT

«Si on m’avait posé la question il y a dix ans, j’aurais répondu que jamais je n’aurais arrêté de travailler à 64 ans. Surtout que je suis à mon compte dans la restauration depuis vingt-cinq ans.

Aujourd’hui, je réfléchis à prendre une retraite anticipée. J’adore mon métier, mais j’ai beaucoup donné pour au final ne pas gagner grand-chose.

Je me suis un peu abîmée à force de rester tout le temps debout toutes ces années. Je regrette d’avoir tant donné sans me ménager. Je ne peux pas revenir en arrière, mais après quelques soucis de santé ces derniers mois je me sens fatiguée. C’est pour ça que je trouve que la question de l’âge de la retraite des femmes dépend beaucoup du métier qu’elles exercent.

Avec mon ami qui a un an de plus que moi, on aimerait profiter un peu de la vie.

Financièrement, nous sommes en train de calculer combien j’aurais en cas de retraite anticipée. Il faut faire nos calculs, mais j’ai très peu pu cotiser au 2e pilier comme j’étais en raison individuelle pendant de nombreuses années.

Ma résistance lorsque je suis debout durant plusieurs heures n’est plus la même, et même si j’aime beaucoup mon métier, je n’ai plus envie d’être patronne. J’ai vécu de bonnes périodes, mais c’est le moment de passer à autre chose.»

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