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Après des décennies de violences, les Irakiennes découvrent la coquetterie

Trois terribles décennies marquées par des guerres (Iran-Irak, première Guerre du Golfe et invasion américaine), un interminable embargo (1990-2003) et des violences extrémistes religieuses ont quasiment annihilé toute possibilité pour les femmes de profiter des lieux de détente qui existent à leur intention partout ailleurs dans le monde tels que salons d'esthétique et salles de gym.

Mais Ali Boulboul est décidé à renverser la vapeur. Cet ancien maquilleur professionnel de la télévision irakienne, émigré en Jordanie au début des années 1990, a fondé avec son associé l'un des salons de beauté les plus modernes d'Irak. Soins de la peau et du corps, sauna et jacuzzi, massage, yoga et aérobic (deux activités quasi inédites en Irak), musculation et amaigrissement, manucure, tatouage, maquillage et coiffure... Ali a voulu proposer un concept intégré, pour l'instant réservé aux classes les plus privilégiées.

Fort de ses 30 ans d'expérience, il assure avoir réussi à se faire un nom comme maquilleur à l'étranger mais avoir préféré retourner dans sa patrie: "Les Irakiens ont toujours le mal du pays. Les liens sociaux sont très forts", explique-t-il. "J'ai toujours eu l'idée d'ouvrir un centre de bien-être à Bagdad, que ce soit avant ou après la chute du régime (de Saddam Hussein en 2003, ndlr). Mais j'ai dû repousser l'idée à cause de la mauvaise situation sécuritaire", explique-t-il.

Au plus fort des violences confessionnelles qui ont déchiré l'Irak, en 2006-2008, les menaces des extrémistes religieux sur les barbiers ont conduit à la fermeture de nombreuses échoppes. Quant aux femmes, elles étaient brutalement sommées de se voiler et de rester chez elles sous peine du pire. Aujourd'hui la situation s'est améliorée, même si meurtres et enlèvements demeurent une réalité quotidienne en Irak.

Janna al-Baaj, qui dirige la partie du salon dédiée à la coiffure et au maquillage, avait fui le pays en 2007 après avoir reçu des menaces de mort. Sollicitée par Ali, elle est revenue pour tenter l'aventure avec lui. "Je pense que la situation sécuritaire a beaucoup changé. J'ai décidé de revenir travailler dans mon pays, malgré toutes les difficultés", dit-elle. "Les femmes irakiennes ont envie de coquetterie. Grâce à notre travail, nous allons essayer de créer de la beauté même chez celles qui en manquent", dit-elle.

Les clientes sont pour le moment surtout des femmes au foyer, mais des hommes fréquentent aussi le salon pendant les deux jours de la semaine qui leur sont réservés. Beaucoup d'entre eux sont au premier abord intimidés par les dizaines de machines qui les attendent: la salle de sport, décor kitsch et spots rouges et verts, est peuplée d'engins de musculation rutilants. Les clientes, qui manquent souvent d'expérience en la matière, sont prises en mains par Nadia Rachid, 29 ans, une pimpante ex-championne de squash en tenue complète de fitness, une vision rarissime à Bagdad.

Dans la salle dite "médicale", une doctoresse manie le laser et toutes sortes d'autres instruments censés régler leur compte à toutes les imperfections de la peau. "Nous avons beaucoup de demande en raison du manque de projets de ce type dans le pays", explique Ali. Mais trouver des professionnels qualifiés dans ces domaines est une gageure, admet-il: "Nous sommes à présent en contact avec tous les experts qui sont partis à cause des menaces et essayons de les faire revenir pour travailler dans le pays", indique-t-il.

Ali ne manque pas d'idées: l'extension du salon (piscine, nouveaux services) est d'ores et déjà programmée. A présent c'est un nouveau projet qu'il berce dans un coin de sa tête: un "fashion show" irakien.

AFP PHOTO/ALI AL SAADI
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