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Grossesse après 40 ans

Un bébé sur le tard, et alors?

Grossesse tardive Sex education Sam Taylor Netflix

À l'instar de Jean Milburn (interprétée par Gillian Anderson) dans la série Sex Education, de plus en plus de Suissesses choisissent d'avoir un enfant passé 40 ans.

© Sam Taylor / Netflix

«Je m’appelle Élisabeth Perrier, mais tout le monde dit Nona [...] Aujourd’hui, j’ai 70 ans et je suis à nouveau enceinte…» Certes un peu extrême en termes d’âge, cette grossesse de fiction, Nona, de Valérie Donzelli, avec Miou-Miou à voir sur Arte TV, n’en reflète pas moins une réalité. À l’instar de nombreuses célébrités telles Halle Berry, Geena Davis, Margarita Louis-Dreyfus, Alanis Morissette ou encore Naomi Campbell, devenues mères au-delà de la quarantaine – voire le cap des 50 joyeusement franchi – toujours plus de femmes ont en effet des enfants tardivement.

À cet égard, les chiffres sont clairs: les statistiques officielles suisses révèlent une hausse notable des grossesses après 40 ans, à l’approche de la cinquantaine ou même après 60 ans – comme cette pasteure grisonne qui, en 2012, à 66 ans, a accouché de jumeaux. Ce genre d’événement record est évidemment rarissime.

Il n’empêche qu’en 2020, 491 bébés sont nés en Suisse de mamans de 45 ans et plus, contre 124 en 2002. Soit près de quatre fois plus en moins de deux décennies.

Une fréquence en augmentation, donc, mais qui ne fait pas vraiment évoluer le regard désapprobateur que l’on porte (trop souvent) sur ces femmes qui pouponnent sur le tard. Ainsi France, Neuchâteloise de 50 ans et heureuse maman de Marie, 3 ans, qui raconte: «Entre autres remarques désobligeantes, j’ai même eu droit à un «tu te rends compte que quand elle aura 20 ans, tu en seras peut-être à devoir te chercher une place en EMS?» Bref, les mères tardives ne sont pas bien vues. Et sont globalement jugées en toute ignorance. Car la réalité n’est évidemment pas aussi noire ou blanche que ce que véhiculent les clichés. Décryptage en quelques points…

Un phénomène contemporain?

Comme le relève le sociologue français Hervé Levilain, coauteur d’une large enquête intitulée Parents après 40 ans (Éd. Autrement), le phénomène des maternités tardives remonte à la nuit des temps, puisqu’il était lié aux familles nombreuses, ce qui fut la norme des siècles durant: «Pendant longtemps, pour une femme, avoir un nombre élevé d’enfants augmentait la probabilité d’en avoir à un âge avancé [...] et cela n’était alors pas perçu comme un problème de société.»

À partir des années 1970, explique-t-il, l’apparition puis la généralisation de la pilule contraceptive, les progrès de la médecine ainsi que les (légers) changements de paradigmes en matière d’égalité entre les sexes, notamment en rendant possibles des carrières déclinées au féminin, «sont venus bouleverser» la donne traditionnelle. En clair, on peut aujourd’hui décider quand et dans quelles conditions on désire devenir parent(s)… et c’est cela qui gêne certains.

© Victor Monthay / Unsplash

Un déni de vieillissement?

Simpliste! Mais ce préjugé a la peau dure. Et ne tient aucun compte d’un fait pourtant évident: chaque histoire est unique.

Katia, par exemple, n’aurait pas demandé mieux qu’être maman bien plus jeune: «Ça ne faisait pas partie de mes plans d’accoucher à 45 ans. D’ailleurs, à 30 ans, je m’y voyais déjà. Seulement voilà… les choses ne marchent pas toujours comme on veut!» Dans les faits, les années passant, elle a fait comme beaucoup de femmes en mal d’enfants et s’est finalement résolue à recourir à la Procréation médicalement assistée (PMA) pour pouvoir espérer réaliser son rêve. «On s’imagine qu’il n’y a qu’à… mais c’est faux! Cela ne se fait pas en un claquement de doigts. Moi, ça m’a pris quatre ans et j’ai passé par tous les états d’âme avec même, par moments, l’envie de baisser les bras. Heureusement, mon mari m’a soutenue en permanence», sourit cette maman d’une ado de 12 ans. Responsable de l’Unité de consultation prénatale des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), Bénédicte Le Tinier confirme le fait: si bien des grossesses arrivent tardivement, c’est en effet très souvent après «un long parcours d’infertilité». Et non par une volonté de nier son âge.

Dans d’autres cas, la maternité survient par surprise – comme pour Eva. À 47 ans, certaine de ne plus pouvoir enfanter, elle s’est retrouvée complètement «désemparée» dans un premier temps: «Après, en réfléchissant, j’ai pris cette nouvelle comme un clin d’œil du destin. Ce d’autant que mon compagnon et mes deux enfants de 23 et 9 ans ont bien pris la chose…» Madeleine, elle, a également reçu un petit cadeau inattendu:

«Quand ma fille aînée est venue au monde, j’avais 24 ans. Et 48 quand ma cadette est née sans avoir été prévue… juste après la naissance de ma première petite-fille! Autrement dit, je suis devenue mère et grand-mère à quelques semaines d’intervalle…»

Mais qu’on se rassure (ou pas!), ce genre de situation reste peu fréquent: «Sur le principe, et en tenant compte des extrêmes, une femme peut attendre un enfant entre ses 10 et ses 60 ans. Mais il faut être clair: plus on avance en âge, plus il devient difficile de tomber naturellement enceinte et je ne suis qu’environ cinq patientes de 45 ans et plus par année», explique le professeur David Baud, médecin-chef du Service d’obstétrique du CHUV, à Lausanne. Il reprend: «En revanche, lorsque la grossesse survient spontanément, il y a davantage de risques d’avoir des jumeaux. C’est comme si les ovaires se disaient: «Ouh la la! C’est peut-être la dernière fois que je peux produire des ovules alors hop, je mets la double ration!» Cependant, les maternités après 45 ans sont le plus souvent issues de la PMA.»

De son côté, la doctoresse Le Tinier ajoute: «Concrètement, les grossesses qui surviennent en pré ou périménopause se soldent souvent par des fausses couches précoces.» En cause: des anomalies chromosomiques qui conduisent à un avortement spontané dans la majorité des cas ainsi qu’une déficience (liée à l’âge) du corps jaune – lequel est essentiel en début de grossesse puisqu’il sécrète la progestérone permettant de maintenir l’implantation de l’embryon au sein de la cavité utérine.

Une décision égoïste?

Si l’on croit les pseudo-détenteurs de vérités, les femmes qui choisissent de materner sur le tard seraient coupables d’avoir égoïstement préféré privilégier leur vie à elles plutôt qu’une famille. Cela arrive, bien sûr. Pourtant, si on regarde les choses autrement… Comme l’indique Hervé Levilain, «un grand nombre de naissances tardives ont désormais lieu dans des familles recomposées où l’un des parents au moins a déjà eu des enfants avec un ou une autre partenaire.» Julie, 48 ans, fait partie de cette catégorie-là. Il y a deux ans, elle a eu César après s’être remariée avec un homme de quelques années son cadet: «J’ai deux filles d’un premier mariage et mon désir de pouponner était comblé. Mais lui rêvait d’être père. Alors j’ai voulu lui offrir ce bonheur!»

Pour d’autres, il s’agit surtout de trouver le bon moment – comme Annie, 48 ans et un petit Stéphane de 2 ans dans les bras: «J’ai toujours su que je voulais un enfant, mais pas à tout prix. À mes yeux, il était essentiel qu’il puisse grandir dans un foyer stable et équilibré et, donc, que les conditions soient optimales. Jusqu’à récemment, elles ne l’étaient pas.»

«Non seulement je n’avais pas rencontré le compagnon avec lequel je pouvais envisager de fonder une famille, mais, de plus, ma carrière était en plein boom: je ne me voyais ni la mettre entre parenthèses pour m’occuper d’un bébé (ce qui m’aurait frustrée et j’aurais risqué de le lui faire payer, même involontairement), ni confier son éducation à une nounou. Alors j’ai attendu…»

Et quid de l’aspect apparence de grand-mère quand on va chercher son petit à l’école, de l’incapacité physique de pratiquer certaines activités un peu «sportives» avec lui ou de l’inévitable fossé des goûts générationnels? Les mamans interrogées y pensent, bien sûr, mais se montrent globalement sereines. «À chaque problème sa solution!» résume Katia dans un sourire. Et d’ajouter, avec un clin d’œil: «Le look et la forme, on peut les travailler. Quant à la santé et à la longévité, c’est quand même une loterie. Ce n’est pas parce qu’on a 30 ans qu’on ne risque rien!»

© Howard Bouchevereau / Unsplash

Davantage de risques d’anomalies génétiques?

Malheureusement, dès 35 ans, chaque année qui passe augmente de manière significative les risques d’anomalies telles que les trisomies: supérieurs à un sur 250 à 38 ans, ils passent à un pour 110 à partir de 40 ans et flambent à 45 ans, avec un cas pour 28 embryons. «Cela peut paraître énorme, note David Baud, mais si on regarde les choses sous un autre angle, cela signifie aussi que les chances que tout se passe bien sont de 27 sur 28! Et puis il faut savoir que nous avons aujourd’hui des moyens de dépistage extrêmement performants: grâce à cela, nous pouvons évaluer chaque situation très précocement, avec une grande fiabilité, sans avoir à passer systématiquement par une amniocentèse.

Ce qui implique qu’il n’y a plus besoin d’attendre d’en être à quasi la moitié de la grossesse pour savoir s’il y a un problème ou non.» Bénédicte Le Tinier renchérit: «Si une décision doit être prise, elle peut désormais l’être dans le premier trimestre.»

Des grossesses plus compliquées?

Quel que soit l’âge, une grossesse met le corps à rude épreuve. Mais au-delà de 40 ans, les petits maux habituels sont amplifiés, de même que la vulnérabilité à la fatigue. Par ailleurs, comme le relèvent les spécialistes, passé 35 ans, le risque de diabète gestationnel et d’hypertension gravidique est multiplié par cinq environ. Or, ces deux problématiques peuvent avoir des conséquences désastreuses tant pour la mère que pour le bébé. Pour le coup, ces données-là sont étroitement et régulièrement contrôlées, ce d’autant que ces pathologies peuvent s’être installées sans avoir été décelées préalablement. De même, lors d’examens très complets réalisés en début de grossesse, le fonctionnement des reins et du cœur va être évalué.

Toutefois, pas de panique, insistent les médecins: dès lors qu’une future maman est en excellente santé, a une bonne hygiène de vie et s’implique dans le suivi médical, tout peut se passer à merveille.

«En fait, remarquent tant la doctoresse Le Tinier que le professeur Baud, on fera une surveillance plus rapprochée à l’approche du terme: à partir d’un certain âge, il existe un risque plus important de mort in utero quand on le dépasse. Si bien qu’au moindre signe, on provoquera l’accouchement.» Lequel se fera d’ailleurs plus volontiers par voie basse, la récupération étant généralement plus rapide que par césarienne. Quant à l’allaitement et aux suites de couches, rien de particulier à signaler, les modifications physiologiques sont les mêmes qu’on ait 20 ou 45 ans. La preuve que tant qu’il y a de l’envie et de la vie…

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