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Maternité: vers une prise en charge toujours plus douce

Maternite vers une prise en charge toujours plus douce

Aromathérapie, acupuncture, hypnose ou césarienne douce: les approches alternatives entrent dans les salles d'accouchement romandes pour accompagner les femmes qui le souhaitent. Toutes les pistes sont explorées, jusqu'aux parties de jeu Tetris qui permettraient de diminuer les flash-backs liés aux traumatismes de l'accouchement.

© MADAME MARILOU

Notre questionnaire Femina sur les femmes et la santé le révélait en novembre dernier: l’écoute et l’ouverture à la discussion faisaient majoritairement défaut lors du suivi de grossesse. Autour des peurs liées à l’accouchement, de la panique face à l’arrivée de bébé, de la dépression post-partum, mais aussi périnatale pour 15 à 25% des femmes.

La bonne nouvelle, c’est que de plus en plus de propositions sont faites pour y remédier, avec des amorces de discussion via des entretiens périnataux durant lesquels chaque femme peut poser les questions qui la tarabustent, comme c’est le cas aux Hôpitaux universitaires genevois (HUG).

«Il y a un dialogue renforcé et une prise de parole des femmes de vivre le suivi de grossesse, l’accouchement, le post-partum comme elles le souhaitent. En tant que professionnels, nous devons y être à l’écoute.

Il a aussi une demande de non-médicalisation de la grossesse qui augmente, avec une ouverture sur autre chose. C’est important d’ouvrir le champ des possibles, surtout s’il y a un projet de naissance non médicalisé», constate Manuella Epiney, médecin responsable de l’unité de périnatalité au Service d’obstétrique des HUG.

Ces entretiens périnataux sont un espace de parole dédié et bienvenu, malheureusement pas encore systématiquement proposé. «Ce n’est pas une consultation d’obstétrique, mais un vrai échange autour des attentes, des questions, des peurs, des ressources, qui est proposé en prénatal et à 6 semaines post-partum. Nous insistons beaucoup sur le sentiment de compétence, sur l’idée de patiente partenaire, actrice à chaque stade de sa grossesse», ajoute la spécialiste.

Explorer toutes les pistes

En parallèle, pour accompagner et apaiser, un éventail toujours plus étoffé de méthodes non médicamenteuses est proposé, de l’hypnose à l’acupuncture en passant – bientôt – par l’aromathérapie du côté des HUG. Une conception de la maternité qui s’oriente vers plus d’alternatives douces et d’écoute. Preuve en est, les pistes les plus surprenantes sont explorées, comme celle de l’utilisation du jeu Tetris (ndlr: qui consiste à empiler des formes pour en faire des lignes complètes qui ensuite disparaissent) pour réduire les troubles du stress post-traumatique liés à l’accouchement, qui touchent 4 à 6% des femmes. Un pourcentage qui s’élèverait à environ 19% pour les femmes ayant eu des césariennes d’urgence, selon la doctoresse Camille Deforges, affiliée à l’Institut universitaire de formation et de recherche en soins CHUV-UNIL, coauteure avec la professeure Antje Horsch d’une étude sur le sujet. «Suite à l’intervention impliquant Tetris, les 18 participantes de notre étude ont vu le nombre de leurs flash-back diminuer de 82%, en moyenne», commente la chercheuse. Cette activité durait environ une heure et impliquait un bref récit de l’accouchement suivi d’une session du jeu Tetris:

«Nous pensons qu’une tâche visuo-spatiale telle que Tetris permet d’éviter aux images traumatiques, que l’on retrouve dans les flash-back, de se reconsolider en mémoire, et donc de surgir ensuite de façon intempestive à l’esprit», ajoute Camille Deforges.

Une activité thérapeutique de brève durée donc, avec des résultats qui vont faire l’objet d’une plus large étude.

Il ne s’agit pas de se mettre au Tetris pour résoudre le problème, mais les solutions non médicamenteuses – et parfois inattendues – existent pour améliorer l’accompagnement, le suivi, et le bien-être des femmes tout au long de leur grossesse. Zoom sur quatre méthodes proposées dans des maternités romandes.

L'aromathérapie: pour plus de détente et moins d'anxiété

Encore au stade de projet, l’entrée de l’aromathérapie dans les salles d’accouchement des HUG est en gestation. L’idée est de proposer aux femmes en début de travail des massages avec des huiles essentielles sélectionnées. «Nous comptons utiliser des huiles qui vont surtout avoir un effet sur la relaxation et l’anxiété, mais à plus long terme nous pourrions travailler avec d’autres huiles essentielles pour diverses utilisations, explique Corine-Yara Montandon, sage-femme responsable d’unité en salle d’accouchement et au prénatal aux HUG. Après avoir travaillé dans un hôpital universitaire alémanique où elle a eu l’opportunité d’avoir accès à l’aromathérapie et l’homéopathie, l’équipe de la salle d’accouchement souhaite pouvoir l’implémenter rapidement aux HUG.

«J’avais envie de donner l’accès à des alternatives de soin qui accompagnent la physiologie de l’accouchement et pour répondre à une demande des femmes.

C’est un projet développé conjointement avec l’école HESAV de Lausanne, avec la collaboration de Claire Labrusse; nous avons le soutien de notre hiérarchie soignante et médicale et nous espérons pouvoir offrir prochainement l’accès à l’aromathérapie en salle d’accouchement à toutes les femmes qui le souhaitent», conclut Corine-Yara Montandon.

La césarienne douce: pour participer à la naissance

Alors que le nombre de césariennes pratiquées en Suisse est en diminution selon les derniers chiffres publiés par l’Office fédéral de la statistique, et malgré une volonté de démédicaliser au maximum les accouchements, les césariennes touchent encore une femme sur trois au niveau national. Une femme sur cinq au CHUV depuis que l’hôpital a décidé de favoriser les accouchements par voie basse. Idem aux HUG, avec une nouveauté déjà en plein essor au sein de sa maternité, puisqu’on y propose depuis peu aux patientes qui doivent passer par la césarienne d’opter pour une version douce de celle-ci. «C’est un petit aménagement de la césarienne dans une atmosphère plus calme, plus participative. L’idée est de réfléchir à comment humaniser cette naissance le plus possible, car les parents doivent pouvoir y participer comme pour un accouchement par voie naturelle», explique Caroline Daelemans, médecin responsable de la salle d’accouchement aux HUG. Cette césarienne optimisée commence par un aménagement de la salle d’accouchement, avec l’installation d’une lumière tamisée et de la musique que les parents peuvent apporter le jour J. Une demande d’optimisation de plus en plus souhaitée par les patientes.

«C’est important d’écouter les patientes, de soutenir les femmes dans leur projet. Le moins qu’on puisse faire quand c’est une césarienne, c’est que ça soit le plus agréable possible, souligne Caroline Daelemans.

Après l’aménagement du cadre, au moment où on ouvre l’utérus, on va proposer à la femme de pousser. On va juste orienter le bébé, soit sa tête soit ses fesses, vers la sortie, la maman va alors utiliser ses abdominaux de façon totalement instinctive, même si elle sent un peu moins. C’est un peu plus progressif, un peu plus doux.»

Une option qui, si elle séduit toujours plus de femmes sur le papier, n’est pas toujours possible, hors césariennes programmées, car la sécurité prime. Si la proposition d’une voie plus douce n’est pas encore la norme aux HUG, Caroline Daelemans est persuadée que la systématisation est en marche: «Ces impulsions au changement sont toujours plus initiées par les futurs parents avec des discussions en amont. La césarienne douce nécessite des adaptations qui sont assez faciles à réaliser et c’est important de les faire, car cela fait une grosse différence dans le vécu.»

© MADAME MARILOU

L'hypnose: pour contrôler sa douleur

Utilisée à des fins anesthésiques lors de certaines opérations, pour diminuer la douleur et l’anxiété aussi, l’hypnose est entrée dans le milieu médical, dans les salles d’accouchement notamment. Ainsi, de la maternité de Morges à celle des HUG en passant par celle de l’Hôpital Riviera-Chablais, elle est proposée aux patientes qui le souhaitent. Sage-femme et hypnothérapeute à l’Hôpital de Neuchâtel, Lucas Navarro se réjouit que les créneaux de consultation en hypnose soient bien pleins: «On essaie de voir les patientes sur la fin de grossesse au moins trois fois, dès la 34e semaine d’aménorrhée. Durant ces consultations, les séances d’hypnose sont enregistrées, le but étant que la patiente s’entraîne aussi de son côté pour que, petit à petit, elle arrive à se mettre plus facilement dans cet état modifié de conscience. L’enregistrement sert d’ancrage pour y arriver. On travaille aussi sur la visualisation des contractions, de l’accouchement, de l’accueil de cet enfant inconnu.» Le jour de l’accouchement, elle peut ainsi seule gérer ses sensations, ou parfois être guidée par une sage-femme formée à l’hypnose.

«Cette méthode n’annule pas la douleur, mais ça permet de la diminuer, de l’accepter et d’amener de la détente. La péridurale est toujours évidemment à disposition», souligne Lucas Navarro.

Outre la détente, la gestion de la douleur est au cœur de l’utilisation de l’hypnose en obstétrique. Un point que confirme Fanny Nussbaum, docteure et chercheuse en psychologie et neurosciences de l’intelligence, auteure du livre Le cerveau sous hypnose (Éd. Dites 33):

«L’hypnose apporte une solution par l’imaginaire, avec un effet positif sur l’anxiété, la consommation médicamenteuse, la durée de l’intervention, la récupération postopératoire et la douleur, qui reste l’indication principale de l’hypnose.

Avec mes patientes, j’ai plutôt tendance à leur dire de ressentir la douleur, de l’accueillir, voire de la faire grandir pour mieux pouvoir la faire baisser. Le but étant de chercher un sentiment de contrôle.»

Un contrôle que l’auteure a mis en pratique lors de son accouchement, comme elle le raconte dans son livre, «en visualisant en hypnose les contractions, le travail, le passage du bébé et sa naissance».

L'acupuncture: pour équilibrer le corps

Le gros avantage de l’acupuncture? On peut l’utiliser à tous les stades de la grossesse, contrairement à la plupart des médicaments. Et pour tous les petits maux qui vont avec, de la constipation aux hémorroïdes en passant par les nausées et la sciatique. Le seul mot-clé, c’est l’anticipation, comme l’explique Eléonore Florès, qui a la double casquette de sage-femme indépendante et d’acupunctrice à Genève:

«Le but de l’acupuncture, c’est d’équilibrer le corps et d’harmoniser l’énergie. Et pour le faire au mieux, il faut anticiper.

En préparation à l’accouchement, je vois les femmes une fois par semaine à partir de la 37e semaine, avec comme but de modifier le col, de faire descendre le bébé, pour que le corps soit près quand ça démarre. Lorsque le premier accouchement était une césarienne par exemple, on peut utiliser l’acupuncture en amont pour éviter d’avoir une deuxième césarienne et travailler sur la stimulation de l’utérus si le terme est dépassé, mais cela demande plus d’anticipation. Pareil pour aider lorsque le bébé est en siège.»

C’est souvent le bouche à oreille qui conduit certaines femmes à se tourner vers l’acupuncture en cours de grossesse, mais pas seulement. «J’entends toujours plus de femmes me dire que ce sont leurs gynécologues qui les envoient. Le problème, c’est qu’on nous les adresse un peu tard pour être efficaces», continue Eléonore Florès. Certains hôpitaux la proposent, comme ceux de Morges et de Neuchâtel par exemple, mais ce n’est pas encore la norme. À Genève, passer par l’Arcade sages-femmes est une bonne option pour trouver une thérapeute adéquate et une oreille attentive, car «une séance ne se résume pas à planter des aiguilles. Il y a aussi beaucoup de discussion et d’accompagnement.»

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