Comment quitter un mari violent

Prises au piège de la violence conjugale, de nombreuses femmes souffrent en silence. Elles songent à divorcer mais n’osent pas franchir le pas. Conseils et témoignages.

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Par Marlyse Tschui

Prises au piège de la violence conjugale, de nombreuses femmes souffrent en silence. Elles songent à divorcer mais n’osent pas franchir le pas. Conseils et témoignages.

 

En Suisse, 20% des femmes subissent des violences physiques de la part de leur compagnon au moins une fois dans leur vie. Un chiffre inquiétant dont il faudra se souvenir à l’occasion de la Journée internationale de la violence faite aux femmes, le 25 novembre prochain. Par peur, par amour ou pour sauver les apparences, des femmes continuent à vivre avec leur agresseur. Elles le savent: pour leur propre sécurité et parfois pour celle des enfants, il serait préférable de partir. Fuir l’enfer conjugal, oui. Mais quand et comment? Une telle décision est difficile à prendre. Car une femme maltraitée a honte de ce qui se passe dans son couple. C’est son secret, qu’elle dissimule soigneusement aux yeux de tous, y compris de son entourage proche. Partir ferait éclater la vérité au grand jour. Et apparaître comme une victime semble une perspective impossible à envisager.

«En société, raconte Virginie, mon mari a toujours été le plus charmant des hommes. Mais à la maison, cet homme dont j’étais si amoureuse s’est peu à peu transformé en monstre». La jeune femme raconte qu’aux gentilles petites moqueries des débuts ont succédé les critiques, les insultes, et aussi parfois les coups. Le tout entrecoupé de déclarations d’amour passionnées et de promesses de changement jamais tenues. «A qui aurais-je pu en parler? Personne ne m’aurait crue. De toute façon j’avais trop honte». Comme tant d’autres femmes, à force d’avoir été constamment rabaissée, Virginie avait si peu confiance en elle que l’idée de se retrouver seule lui semblait insurmontable. Il lui a fallu trois ans pour oser claquer la porte, assumer l’échec de son histoire d’amour et redresser la tête.

16 femmes tuées en 2009

Les craintes des femmes à l’idée de quitter leur agresseur sont nombreuses. Où aller se réfugier? Le fait d’abandonner le domicile conjugal pourra-t-il leur être reproché en cas de divorce? Comment se débrouiller financièrement avec les enfants si le mari refuse de contribuer à leur entretien? Où trouver un avocat spécialisé? Comment éviter le harcèlement après la séparation? En Suisse romande existent plusieurs réseaux de soutien disposés à conseiller et aider les victimes de maltraitance conjugale en toute discrétion.

Même si l’on n’est pas encore disposée à déposer plainte ou à demander le divorce, il vaut la peine de la consulter pour prendre ses dispositions «au cas où». Sortir de l’isolement évitera de se trouver prise au dépourvu lors d’une fuite précipitée, quand la situation sera vraiment devenue intolérable. Ou trop dangereuse. Car le propre de la violence domestique, c’est qu’elle augmente en intensité avec la durée de l’union conjugale. Il ne faut pas en sous-estimer les risques: selon l’Office fédéral de la statistique, 16 femmes ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint en 2009.

Des deux, Qui doit partir?

Point sensible en cas de séparation: le logement commun. Les femmes ignorent souvent leurs droits dans ce domaine. Non, une femme qui s’enfuit ne risque pas d’être accusée d’abandon du domicile conjugal. Oui, une femme peut exiger l’expulsion de son mari du foyer familial. Interview de Me Anne-Marie Germanier, avocate et médiatrice.

FEMINA Une victime doit-elle avoir déposé une plainte pour pouvoir quitter le domicile commun sans que cela lui soit reproché par la suite?
ANNE-MARIE GERMANIER Non. L’épouse a le droit de quitter le foyer en emmenant les enfants parce qu’elle a peur de la violence de son époux. Elle peut le faire même sans déposer une plainte pénale ou avoir subi des blessures. La notion d’abandon du domicile n’existe pas dans le droit suisse et n’entraîne donc aucune sanction.

Celle qui s’enfuit ne risque-t-elle pas de perdre le droit de continuer à vivre dans le logement qu’elle occupait avec son mari?
Pas si elle saisit rapidement le président du Tribunal d’arrondissement d’une requête de mesures protectrices de l’union conjugale. Celui-ci, sur la base de l’article 176 du Code civil prendra les mesures concernant le logement, fixera la contribution pécuniaire. Il ordonnera aussi les mesures nécessaires au sujet des enfants, notamment pour l’attribution de la garde et les modalités du droit de visite.

Que faire si l’on demande à l’auteur des violences de quitter le domicile conjugal et qu’il s’y refuse?
Dans le chapitre de la protection de la personnalité, l’article 28b du Code civil concerne les droits de toute personne subissant de la violence, des menaces ou du harcèlement. Il précise que «si le demandeur vit dans le même logement que l’auteur de l’atteinte, il peut demander au juge de le faire expulser». En cas de crise, une expulsion immédiate peut être prononcée grâce à des procédures qui varient selon les cantons.

Comment cela se passe-t-il?
Dans le canton de Vaud, par exemple, la police ordonne pour 14?jours au maximum l’expulsion immédiate de l’auteur. On lui prend ses clefs et on lui demande une adresse de notification. Ensuite c’est le président du Tribunal d’arrondissement qui prend le relais pour confirmer ou annuler la mesure policière. Mais il faut souligner qu’une expulsion immédiate est une démarche d’une certaine violence qui peut avoir des conséquences négatives dans l’évolution ultérieure du conflit. Il faut y recourir avec prudence.

 

Check-list

Aux femmes qui ne se sentent pas encore prêtes à envisager une séparation, les associations recommandent de prendre un certain nombre de précautions. Elles réduiront les difficultés lors d’un départ en urgence.

  1. Faire établir un constat médical en cas de marques provoquées par des coups ou des blesssures. Il servira de preuve lorsque la justice sera saisie.
  2. Réfléchir à un point de chute (chez des parents, des amis ou un foyer d’accueil), noter adresses et numéros de téléphone.
  3. Faire faire un double des clés du logement et, éventuellement, de la voiture.
  4. Les déposer en lieu sûr avec les originaux ou des photocopies des pièces d’identité, livret de famille, permis de séjour, cartes (AVS, caisse maladie, banque, assurances), ainsi que des documents relatifs aux transactions financières du couple.
  5. Ne pas oublier d’y joindre également un peu d’argent liquide et les médicaments indispensables.
  6. Se rappeler qu’il est préférable d’emmener les enfants, car leur père a des droits sur eux et il pourrait être difficile de les récupérer. Mais dans ce cas en informer rapidement la justice.
  7. Les jours suivant le départ du domicile, il est possible de revenir chercher vêtements et affaires personnelles en étant accompagnée d’un policier.

 

Pour toutes celles qui ne savent à qui téléphoner ni à quelle porte frapper pour chercher aide et conseils en cas de violence conjugale, voici les adresses utiles dans les cantons romands :

Neuchâtel :
Centre LAVI
Rue Pourtalès 1
2001 Neuchâtel
Tél. 032 889 66 49

Solidarité femmes
Pl. du Marché 8
2302 La Chaux-de-Fonds
Tél. 032 968 60 10
Genève :
Centre LAVI
72 Bd Saint-Georges
1205 Genève
Tél. 022 320 01 02

Solidarité femmes
46 rue de Montchoisy
1207 Genève
Tél. 022 797 10 10

Violences domestiques
Ligne téléphonique (conseils et soutien)
Tél. 0840 110 110
Fribourg :
Solidarité femmes et Centre LAVI
Case postale 1400
1701 Fribourg
Tél. 026 322 22 02
Bienne :
Solidarité femmes et Centre LAVI
Rue du Contrôle 12
2503 Bienne
Tél. 032 322 03 44
Valais :
Centre LAVI
Av. de France 6
1870 Monthey
Tél. 024 472 45 67

Centre LAVI
Pratifori 27
1950 Sion
Tél. 027 323 15 14

Lieu d’accueil et d’écoute « La Coquille »
Av. du Simplon 9
Hospice St-Jacques
1890 St-Maurice
Tél 076 517 59 10
Vaud :
Centre LAVI
Grand-Pont 2 bis
1003 Lausanne
Tél. 021 320 32 00

Centre d’accueil et groupes de parole Malley Prairie
Ch. de la Prairie 34
1007 Lausanne
Tél. 021 620 76 76

Unité de médecine des violences - CHUV
Rue du Bugnon 44
1011 Lausanne
Tél. 021 314 14 14
Jura :
Centre LAVI
Quai de la Sorne 22
2800 Delémont
Tél. 032 420 81 00

Enfin il est possible de se connecter anonymement au site romand www.violencequefaire.ch

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