Ancien financier, gothique et éleveur de rats

La bâtisse était ancienne et défraîchie. Il n’était pas rare de croiser des rats dans la cour de récré ou en classe. Alors que ces animaux dégoûtaient et effrayaient mes petits camarades, moi ils me fascinaient. Ils n’étaient pas beaux, mais je voyais au-delà de leur apparence. Quand un rat ramassait des feuilles puis repartait dans son nid, je devinais un papa ou une maman qui travaillait durement. J’imaginais leur vie en communauté. C’était le début des années 1980, les rats étaient tabous et réservés aux punks.

J’ai fait de mon handicap un atout


© Noura Gauper

Epileptique, j’ai appris à maîtriser mes émotions

D’un coup, je suis tombée au sol. Puis, le trou noir. Quand j’ouvre les yeux, c’est la panique autour de moi. Du haut de mes 12 ans, je saisis que l’instant est grave, sans comprendre pourquoi. Je sais à peine mon prénom. Que s’est-il passé? Où suis-je? Je suis éveillée mais absente. Ma mère est appelée en urgence. Mes camarades de classe et ma professeure racontent la scène qui s’est déroulée sous leurs yeux.

J’ai longtemps culpabilisé d’avoir dû avorter

Dès le départ, j’en étais persuadée: quelque chose n’allait pas. Je n’arrivais pas à me réjouir de cette grossesse. Pourtant, avec ma fille, Lou, j’avais connu la joie d’attendre un enfant. Cette fois, je n’avais que des doutes. Après deux mois de grossesse, des saignements m’alarment. Aux urgences, quand je vois à l’échographie le bébé bouger, je souffle. Mais le soulagement est de courte durée, mon mal est plus profond. Et toujours ces saignements.

Fille d’agriculteurs, je vis aujourd’hui dans un château

J’habite un vallon très vert – vert de pluie. Un vallon paisible, un peu éloigné des grandes villes, dans un château du XVIIIe siècle, de style Régence, dont mon mari et moi sommes tombés amoureux il y a une quinzaine d’années.

J’ai quitté la pharma pour le tatouage

Petite, lorsque j’allais au restaurant avec mes parents, ils apportaient des crayons pour m’occuper. Ils pouvaient être tranquilles. J’adorais dessiner. Et j’étais douée! Dessiner, c’est avant tout savoir observer le monde qui nous entoure, les couleurs, les formes, les proportions. Mais pour mes parents, l’art ne faisait pas un métier.

Atteint de leucodystrophie, je vis à 100 à l’heure

La maladie s’est déclarée dans mon plus jeune âge. A 6 mois, je n’arrivais pas à tenir la tête. De la fainéantise selon le pédiatre. Alertée par mon manque de tonus musculaire, ma grand-mère – qui a eu 9 enfants – a senti qu’il y avait un problème plus sérieux. Une IRM a révélé que je souffrais d’une leucodystrophie métachromatique, maladie dégénérative du cerveau qui affecte peu à peu toutes les fonctions vitales.

La chaise roulante m’a délivrée

Les premiers symptômes de la maladie se sont manifestés lorsque j’avais 18 ans. J’avais du mal à marcher, les jambes lourdes… Mon médecin pensait à un problème de circulation veineuse. Il disait aussi que mes maux étaient utopiques. Au fil du temps, j’ai eu d’autres troubles comme des vertiges ou des manques de sensibilité. Dans ma salle de bains, quand je marchais pieds nus sur le tapis ou sur le carrelage, je ne sentais pas la différence. Je n’étais pas folle, j’avais plein de petits symptômes bizarres. Ça venait puis ça repartait. J’avançais dans ma vie.

Je suis retournée à l’école pour apprendre à lire

Ayant grandi à l’île Maurice, j’ai arrêté ma scolarité à l’âge de 13 ans car j’avais des difficultés à suivre les cours. Je souffrais de dyslexie, mais à l’époque ce trouble du langage n’était pas identifié. Mes notes étant très mauvaises, on m’avait cataloguée «paresseuse» et incapable d’aller au collège, contrairement à mon frère et ma sœur.

Le harcèlement a saboté ma confiance en moi

Nouvelle venue et tête de Turc