témoignages

    «Je veux prouver qu'on peut être bûcheronne et féminine»

    En première année d’apprentissage, Angélique a su relever les défis et affronter les difficultés qui ont entravé sa route. À 16 ans seulement, cette adepte du patinage artistique est bien décidée à briser les stéréotypes sexistes.

    Publié le 
    19 Mars 2019
     par 
    Ellen De Meester

    J’avais 15 ans lorsque je me suis mise en quête d’un apprentissage. Il me fallait un travail stimulant, sans monotonie et de préférence en plein air: j’ai toujours aimé être dehors. Plusieurs personnes, dont mon meilleur ami, m’ont parlé du bûcheronnage. L’idée me plaisait, même si je n’étais pas sûre d’avoir les capacités physiques pour exercer ce métier. Il m’a fallu beaucoup de temps pour dénicher une place.

    Dès que je précisais que je m’appelais Angélique, une voix étonnée me répondait: «Mais, vous êtes une fille?! Désolé, on ne prend pas de filles.» C’est arrivé quatre ou cinq fois.

    Je commençais à me décourager sérieusement, lorsque je suis tombée sur une annonce publiée par des bûcherons de mon village, qui ont accepté de m’accueillir pour un stage de trois jours. Tout de suite, ils m’ont confié la tronçonneuse, que je n’ai réussi à démarrer qu’après plusieurs essais.

    Un peu intimidée par la puissance des machines, j’ai demandé à mes responsables s’ils estimaient ce métier accessible à une fille. Optimistes, ils m’ont tout de suite encouragée, en me racontant leurs expériences passées avec des bûcheronnes. J’ai décidé de me lancer, séduite par la grande diversité de cette activité. Les journées de travail sont aussi diverses que les arbres d’une forêt! Ma candidature pour un apprentissage a été retenue et j’ai finalement décroché une place.

    «Tu n'y arriveras jamais»

    Lorsque je leur ai annoncé mon choix de formation, beaucoup de mes proches étaient persuadés que je ne possédais pas la carrure adaptée et que je n’avais rien d’une bûcheronne. C’est vrai que je suis plutôt mince et que je pratique le patin artistique, un sport gracieux considéré comme plutôt féminin, depuis mes neuf ans. Toutefois, leurs propos ont eu l’effet inverse sur moi. Je n’avais plus qu’une seule envie, leur prouver qu’ils avaient tort!

    J’ai donc commencé ma nouvelle vie et je ne m’ennuie pas une seconde. Ma semaine se compose d’une fusion de cours pratiques ou théoriques et du travail accompli auprès de mes patrons, qui assurent essentiellement de la coupe de bois. La première fois que j’ai abattu un arbre, je débordais de fierté.

    Durant les premières semaines, je rentrais épuisée, courbaturée et affamée, mais les progrès ont été rapides. Il n’a fallu que de quelques mois pour que ma force physique se développe. Aujourd’hui, je suis capable de démarrer facilement ma tronçonneuse et n’ai plus mal au bras après seulement dix minutes.

    En cours, je suis la seule fille, mais les garçons de ma classe tendent davantage à me protéger qu’à m’exclure. Bien sûr, il leur arrive de faire des blagues un peu sexistes, mais de façon générale, ils me soutiennent et me proposent souvent leur aide. Il m’arrive toutefois d’entendre des réflexions de la part de certains enseignants, qui se comportent différemment avec moi et justifient mes erreurs par le fait que je suis une fille. Ça m’énerve, mais je préfère ne pas réagir. D’autres bûcherons m’abordent de temps en temps, et pas toujours d’une façon très délicate. Les femmes sont tellement rares dans ce milieu que j’ai parfois l’impression qu’ils me connaissent tous...


    © Sophie Brasey

    «À 18 ans, je suis maçonne»

    Un peu garçon manqué

    J’aime passer mes journées en extérieur, en pleine nature avec les écureuils et les cerfs, loin du regard et du jugement des autres. Quand je travaille, j’ai besoin d’un cadre de tranquillité. En fait, je possède un caractère plutôt fort, je m’énerve rapidement.
    Petite, j’étais un peu garçon manqué. J’accompagnais mes copains en forêt et je grimpais aux arbres avec eux. En arrivant au collège et en apercevant le look des autres filles, j’ai compris qu’il me faudrait devenir davantage comme mes camarades, afin de m’intégrer.

    Aujourd’hui, le bûcheronnage m’a replongée dans un univers d’hommes, mais je n’ai jamais cessé de pratiquer le patinage artistique. Je côtoie donc deux univers totalement opposés et, dans l’un comme dans l’autre, me suis toujours démarquée comme étant différente. Mais ce ne sont que des clichés.

    Je pense qu’une femme peut tout à fait être bûcheronne et féminine à la fois! D’ailleurs, avant d’aller travailler en forêt, je me maquille. Hors de question de me mettre à roter ou de modifier mes habitudes pour me conformer à l’idée que se font les gens du bûcheron. Je reste moi-même, peu importe si je manie une tronçonneuse ou non.

    En mémoire d’un ami

    Si je m’accroche à ce point, c’est aussi pour mon meilleur ami, celui qui m’a parlé du bûcheronnage pour la première fois. Nous avons commencé notre apprentissage en même temps et je pensais que nous le terminerions ensemble. Toutefois, il est malheureusement décédé lors d’un accident du travail, il y a quelques mois. Je me suis soudainement sentie terriblement seule.

    Je pense souvent à lui quand je travaille et je fais beaucoup plus attention à moi maintenant. À plusieurs reprises, je ne suis pas passée loin de l’accident, mais je ne manque pas de soutien de la part de mes proches, depuis qu’ils ont vu à quel point je suis motivée.

    Mon papa, que mon choix de formation était loin d’enchanter au début, se montre désormais bien plus positif. A force de me voir souriante et heureuse en rentrant du travail, il a compris que j’aime ce métier.

    Néanmoins, je ne me vois pas porter une tronçonneuse toute ma vie. Après mon apprentissage, je souhaiterais plutôt devenir garde-forestier ou conductrice de processeur, un immense tracteur qui abat, façonne et transporte les arbres. Ça me plairait bien d’être installée toute seule dans ma machine. Et tant que je ne m’ennuie pas, ça me va!

    «Pilote de dameuse, je parcours la montagne de nuit»

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