témoignages

    «Je vais chanter à la Fenice de Venise»

    Après avoir lâché ses études pour devenir chanteuse lyrique, Véronique Rapin-Valdès cueille désormais les fruits de ce pari osé.

    Publié le 
    5 Mars 2019
     par 
    Nicolas Poinsot

    Un soir de septembre 2007, tout est soudain devenu limpide. Une évidence absolue. Je venais d’assister, à Genève, à la représentation des Troyens, opéra d’Hector Berlioz, et sur la route du retour, dans la voiture, complètement chamboulée, j’ai compris. Chanteuse lyrique, c’est ça que j’allais faire. Ce déclic m’a amenée à bouleverser mon quotidien.

    Alors en troisième et dernière année d’école de théâtre, j’ai tout arrêté pour me consacrer à cette vocation nouvelle. Oui, c’était risqué, un peu fou, impulsif peut-être, mais je n’avais plus que ça en tête. Je voulais faire du chant le centre de ma vie. Évidemment, cet attrait n’a pas surgi de nulle part. Enfant, puis adolescente, j’avais toujours adoré chanter. Mes parents, des musiciens classiques, m’avaient fait baigner depuis longtemps dans l’univers des orchestres, des opéras, mais ils ne pratiquaient pas le chant. Pour moi, c’était quelque chose d’essentiel.

    À fond sinon rien

    Parallèlement à mes études théâtrales, je suivais d’ailleurs déjà des cours privés de chant classique, mais j’avais comme un sentiment d’inachevé. En voyant ces Troyens, j’avais fini par comprendre que l’opéra conjuguait tout ce que j’adorais: le jeu sur scène, l’interprétation et l’art du chant. Avant toute chose, il a fallu énormément travailler, m’y mettre à 200%.

    Après avoir intensifié les cours de perfectionnement, j’ai réussi le concours d’entrée du conservatoire, en 2008. J’allais y passer quatre ans. C’était le passage obligé pour espérer devenir, un jour, une chanteuse lyrique professionnelle. Ma formation académique s’est terminée par un séjour à New York où j’ai suivi l’enseignement d’un professeur qu’on m’avait recommandé.

    Une carrière est lancée

    La ville m’a tellement emballée que j’ai décidé d’y revenir pour y faire mon master. J’ai adoré la vie culturelle de ce lieu unique au monde. Après avoir décroché mon diplôme, je suis restée encore un an dans la Grande Pomme, participant à des concerts avec des compagnies locales. C’était à la fois grisant et très énergivore. Pour moi, l’Yverdonnoise, New York a un côté épuisant, on n’y trouve pas vraiment de cycle naturel, car ça ne s’arrête jamais.

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    J’aimais cette vie, mais avec le recul cette cadence ne me semblait plus très saine. J’ai voulu revenir en Europe. Après avoir dû renouer les contacts, j’ai eu la chance de rencontrer une coach magnifique, qui m’a aidée à devenir une meilleure artiste. Les concerts se sont enchaînés, en Suisse, en Angleterre, en France, en Allemagne, en Suède.

    Avec ma tessiture de mezzo, on me confie souvent des rôles autrefois écrits pour les castrats. C’est un exercice assez difficile, car ces chanteurs étaient des virtuoses incroyables et disposaient en outre de capacités pulmonaires hors norme. Leurs interventions ont donc fréquemment de longs phrasés, des trilles redoutables. C’est bien sûr un challenge qui oblige à progresser en permanence. De toute manière, en musique, on ne finit jamais totalement d’apprendre.

    Entre répétitions et salle de sport

    Ne serait-ce que pour conserver ses capacités, il faut beaucoup travailler et s’astreindre à une certaine hygiène de vie. Une discipline nécessaire qui, pour des personnes n’étant pas du milieu, pourrait facilement vous faire passer pour quelqu’un d’ennuyeux! Mieux vaut ainsi éviter les nuits trop courtes, car en dessous de sept heures de sommeil, cela se ressent immédiatement sur la qualité de la voix. Les soirées en boîte jusqu’à trois heures du matin, c’est malheureusement à proscrire en période de concert.

    Outre les trois heures quotidiennes de chant et le travail dit de table, c’est-à-dire passé à analyser les partitions, je fais aussi pas mal de fitness. C’est une activité peut-être insoupçonnée venant d’une chanteuse lyrique et pourtant, elle s’avère précieuse. Les séances de cardio améliorent en effet l’endurance, la posture et aident à tenir l’ouverture des côtes. Quant aux abdos, c’est très utile pour chauffer sa voix.

    Retour aux sources

    Et sinon? Du café, beaucoup de café. J’en suis fan. Ma petite addiction à la caféine n’est sans doute pas le meilleur remède pour gérer le stress, surtout avant une audition. Heureusement, dès que j’arrive sur scène pour faire mes preuves, la peur disparaît et l’adrénaline qui surgit aide pour se libérer. Un peu comme l’audition devant le chef d’orchestre Diego Fasolis, qui m’a recommandée pour une série de concerts en avril prochain à la Fenice de Venise, l’autre temple italien de l’opéra avec la Scala de Milan.

    J’avais visité la Cité des Doges étant enfant, ce paysage urbain baroque m’avait impressionnée. C’était donc un événement pour moi de pouvoir venir chanter dans ce lieu mythique. Et puis, encore maintenant, on ne voit pas tellement de chanteuses lyriques suisses se produire à l’étranger dans des lieux de cette envergure. J’étais fière d’avoir pu intégrer la distribution.

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    Sans compter qu’il s’agira de concerts d’un opéra de Vivaldi, ce Vivaldi que ma mère écoutait tant lorsque j’étais à la maison. Cela me donne des ailes. Ce qui me motive, c’est aussi de voir que l’opéra, le chant classique, parle toujours autant aux gens. Les retransmissions en direct de spectacles à la télé ou au cinéma semblent même avoir popularisé cet art auprès des jeunes.

    Un jour, je crois que j’aimerais pouvoir aller vers des rôles plus aigus. Je suis longtemps restée dans les registres assez graves or, les voix de soprano m’ont toujours attirée. Elles permettent de passer par toutes sortes d’états, comme le faisait si bien Maria Callas, qui reste, même 40 ans après sa mort, une référence en la matière. Mêler la force du théâtre à l’impact d’une voix, c’est bien le genre d’idéal que je poursuivrai sans relâche.

     

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