témoignages

    «Un saut trop périlleux a bouleversé ma vie»

    Si elle a dû mettre entre parenthèses quelques-uns de ses rêves après un grave accident de sport, Marie, 19 ans, se donne à fond dans le street workout, cette gym urbaine qui allie force et agilité.

    Publié le 
    23 Octobre 2018
     par 
    Jennifer Segui

    C’était il y a un an presque jour pour jour. Je me souviendrai toujours de ces craquements sinistres. J’ai tout de suite senti que je n’allais pas me relever indemne de ce saut. Ce 18 octobre 2017, j’étais en cours de sport à l’Uni de Genève où je venais de débuter ma première année de médecine. Quelques minutes auparavant, j’avais commencé à m’entraîner aux backflips (des sauts périlleux arrières) attachée à une ceinture et reliée à des sangles de sécurité. Au bout d’une bonne série réussie sans problème, confiante, j’ai tenté le saut sans ceinture sur un trampoline. Là, tout ne s’est pas vraiment passé comme prévu: je suis retombée sur la tête. Après avoir entendu ces bruits terribles dans ma nuque et ressenti une grande douleur, je n’ai plus bougé. J’étais persuadée que quelque chose n’allait pas.

    Autour de moi, on ne me prenait pas très au sérieux, mais j’ai tenu bon. Il était hors de question que je me relève seule au risque d’aggraver les choses. Et j’ai eu raison…

    Une nouvelle passion pour le fitness

    Le sport, j’en ai toujours fait: du foot, du basket, de la natation et de l’équitation pendant 6 ans. En 2015, je suis partie en Allemagne faire une année de matu bilingue. Là, étant donné les talents culinaires de la famille dans laquelle j’étais hébergée, j’ai compris que si je ne prenais pas les choses en mains, j’allais revenir avec 10 kilos en plus. J’ai tout de suite cherché une activité physique et me suis inscrite dans une salle de fitness. Là, les coaches ont bien vu que j’avais la niaque et que je voulais toujours aller plus loin, jusqu’à vouloir soulever du très lourd. Pendant un an, je me suis entraînée très intensément. J’étais devenue accro à ce genre d’exercice.

    Coup de cœur sportif: la danse libre, pour vraiment se lâcher

    En rentrant en Suisse, j’ai voulu continuer mais l’état d’esprit des salles ici n’est pas du tout le même. Là-bas, l’ambiance était familiale et tout le monde se soutenait. Ici, je trouvais l’état d’esprit malsain, avec un côté chacun pour soi dans son coin qui ne me convenait pas. J’ai donc commencé à m’entraîner en solo, en utilisant le poids du corps. Comme l’idée d’être dehors me plaisait, j’ai choisi de fréquenter les installations ouvertes à tous situées sous le pont Chauderon, à Lausanne.

    Force, agilité et équilibre

    Petit à petit, j’ai fait la connaissance de la team de street workout qui a investi les lieux. Peu à peu, je me suis familiarisée avec ce sport qui offre tout ce que je recherche: un mélange de gym et de muscu, de force, d’agilité, de souplesse et d’équilibre. J’ai tout de suite adoré l’état d’esprit qui régnait. Selon les heures de la journée, les gens qui viennent pratiquer sont très différents. Toutefois, l’entraide et la solidarité sont toujours de mise. Jusqu’à mon entrée à la fac, en octobre 2017, je pratiquais trois heures par jour et comptais bien continuer en commençant l’Uni à Genève.

    La médecine, c’était mon rêve depuis toujours. Je voulais être orthodontiste. Je pense avoir été la seule petite fille à harceler ses parents pour avoir un appareil dentaire Que j’ai eu! Et quand il a fallu le retirer, j’ai obtenu d’en avoir un faux pour continuer à le porter. Ce métier m’a toujours fascinée par sa technicité. Mon autre rêve était de faire mon service militaire, de devenir tireuse d’élite, d’être en mesure de protéger les autres… mais l’existence a pris un tournant inattendu.

    Ce fameux 18 octobre, au bout d’un long moment, j’ai été évacuée vers les HUG. Il était 11 h du soir et j’ai dû attendre jusqu’à 3 h du matin pour faire un scanner. J’étais consciente, je pouvais bouger, mais j’avais très mal à la nuque. Cet examen n’a rien donné, on m’a donc fait passer un IRM. Pendant tout ce temps, je suis restée seule, sans oser appeler mes parents. J’avais peu de leur réaction, eux qui pensaient déjà que je faisais trop de sport, mais bien évidemment ils ont été à mes côtés pendant toutes les semaines qui ont suivi. Après l’IRM, le verdict est tombé: fracture des vertèbres C6 et C7, écrasement du disque intermédiaire et arrachement des ligaments… j’étais une miraculée, la fracture s’était arrêtée à quelques millimètres de la moelle épinière. Deux jours plus tard, j’ai été opérée. On m’a ouvert la base de la gorge pour glisser une sorte de petite cage en métal, faire une greffe osseuse puis fixer des plaques et des vis.


    © Corinne Sporrer

    Récupération express

    Sur mon lit d’hôpital, je pensais à tout ce que j’avais perdu. Mon année de médecine? Foutue. Mes espoirs de rentrer dans l’armée? Probablement envolés. Toutefois, en même temps, je gardais le cap: j’allais m’en remettre et recommencer le street workout, c’était ce qui me portait. Après une semaine d’hôpital, j’ai entamé la rééducation puis j’ai repris le sport. Les médecins étaient étonnés de mes facultés de récupération. J’ai recommencé les tractions et les pompes. Au début, je me disais: «Tu vas tomber, tu vas mourir.» Et puis, j’ai retrouvé confiance. On m’a retiré la minerve fin janvier, j’ai repris les entraînements et même participé à une compétition deux mois plus tard. J’écoute davantage mon corps aujourd’hui et les poiriers sur la tête ne sont pas pour demain. Mon corps n’est plus celui qu’il était, son alignement a été modifié, j’ai des tensions dans la mâchoire, le dos, les trapèzes.

    J'ai testé un vrai cours de «HIIT», et je vous raconte tout!

    Mais je me suis entièrement remise, aussi bien physiquement que mentalement, et j’ai vraiment envie d’aller plus loin là-dedans. C’est un sport nouveau, les filles y sont rares, il y a donc moyen de faire quelque chose sportivement parlant. Côté études, je n’ai pas repris l’uni, j’ai encore besoin de temps. Dans quelques jours, je m’envole vers l’Angleterre pour 4 mois afin d’y passer un diplôme d’anglais. Peut-être resterai-je là-bas pour faire médecine, peut-être rentrerai-je pour recommencer ici. Je ne sais pas encore. Ce qui est sûr, c’est que pour rien au monde, je ne renoncerais à ce sport qui fait partie de moi. 

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