témoignages

    «Je suis passée du karaté au body-building»

    Après avoir été 16 fois championne de Suisse et triple championne d’Europe de karaté, Fanny Clavien raconte les deux années de travail acharné qui l’ont transformée.

    Publié le 
    13 Août 2018
     par 
    Juliane Monnin

    Le karaté, ça a été une grande histoire d’amour qui a duré 24 ans. Comme dans un couple, on peut tenter de rallumer la flamme alors que les sentiments se sont éteints, mais j’ai préféré tourner la page. Même si ma discipline allait passer aux Jeux Olympiques, j’ai toujours dit que je mettrais fin à ma carrière en 2016. En juillet 2018, j’ai gagné le titre de Miss Univers IBFA en Italie.

    Cette nouvelle histoire a débuté il y a deux ans, quand j’ai arrêté le karaté. Mon coach actuel de body-building a une marque de compléments alimentaires. Déjà au karaté, il me sponsorisait avec ses produits. Je lui ai expliqué que j’étais intéressée à aborder la préparation physique différemment. Construire un corps autrement que dans la performance m’intriguait. Il m’a proposé de venir m’entraîner avec ses athlètes.

    Au bout d’un mois, j’étais piquée par le virus. Je lui ai communiqué mon envie de faire des concours de body-building. Je savais que j’aurais la même motivation que j’ai développée pour le wakesurf [ndlr: dans cette discipline, Fanny est double championne d’Europe et triple championne de Suisse] et que j’irais forcément au bout. Mais j’étais prévenue: je ne monterais pas tout de suite sur scène. Avant d’y arriver, deux ans de travail seraient nécessaires.

    Pendant longtemps, j’ai pensé que le body-building se résumait à de la gonflette exercée par des personnes pas très intelligentes, les gros clichés que tout le monde a, en somme. En le pratiquant, je me suis rendu compte que c’était un sport demandant une rigueur mentale et alimentaire que je n’avais jamais connue dans ma vie d’athlète.

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    Une détermination intacte

    Cette expérience m’a changée. Ma maman dit même qu’elle m’a redécouverte. Elle me trouve plus tolérante, plus calme, davantage focalisée sur l’essentiel. Avant, au karaté, je pouvais shooter un verre d’eau sur la table quand j’étais énervée!

    J’ai toujours rêvé de vivre Miss et Mister Olympia, à Las Vegas, dont l’un des participants les plus populaires est Arnold Schwarzenegger. C’est la compétition de body-building la plus prestigieuse au monde. Je participerai dans la catégorie amateur, le 12 septembre 2018. Je suis d’ailleurs déjà en phase d’entraînement intensif.

    Toutefois, pour en arriver là, il a fallu que je teste une première scène. En effet, on n’est jamais sûr de savoir si apparaître en bikini nous conviendra! Début juillet 2018, à Sapri, en Italie, j’ai participé à ma première compétition de body-building. La belle surprise c’est que j’y ai remporté le titre de Miss Univers IBFA.

    Un corps en transformation

    Comment se sont passées ces deux années d’entraînement? Très bien, très mal. Je vais les caricaturer, comme ça: l’architecte – mon coach – te fait un plan et t’explique à quoi va ressembler ta maison. Aux moments des travaux, tu te rends compte qu’il y a un cheni pas possible à l’intérieur. Les peurs arrivent et puis tu croches, la peinture est mise, on te donne la clef… tu finis par emménager dans ta maison et tu la trouves très cool… c’est vraiment ce que j’ai vécu.

    Car pour obtenir les muscles que j’ai aujourd’hui, j’ai d’abord dû passer par une prise de masse importante. Je me suis trouvée énorme. Un déménageur. Jamais de ma vie je m’étais sentie mal dans mon corps, même à l’adolescence.

    S’il y a une chose dont je suis très fière, c’est que pendant ces deux ans, j’ai respecté à la lettre mon programme sportif et alimentaire. Tous les jours, je suis la même routine. Le matin, je fais du cardio, tandis que l’après-midi, ou le soir, je travaille les groupes musculaires.

    Les gens me disent souvent: «Comment tu vas faire quand tu vas arrêter ce régime?» Ce qu’ils oublient, c’est que j’étais une athlète de haut niveau avant le body-building et que j’étais déjà suivie par un nutritionniste. J’ai toujours eu une bonne hygiène de vie.

     

     

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    Un entourage solide

    À l’approche de la compétition de juillet, quand l’alimentation et l’apport hydrique se réduisaient, je sentais que mon corps était fatigué. Oui, je suis humaine! J’ai eu alors des doutes, mais je me suis dit que j’avais tellement travaillé pour en arriver là que je ne pouvais pas dire stop. Heureusement, j’ai pu compter sur mon entourage.

    J’ai beaucoup de chance, je vis avec ma maman qui a été dans l’univers du fitness pendant longtemps. Mon amie évolue également dans ce milieu-là. D’ailleurs, je ne sais pas comment j’aurais fait sans l’immense soutien de ma famille et de mon entourage. C’est tellement dur. Si je devais encore me justifier sur ma passion, ce serait difficile à vivre.

    Quand on sort, je leur explique qu’il ne faut pas qu’ils se restreignent pour moi. Le body-building, c’est mon choix, pas celui des autres. Toutefois, chacun à sa manière essaye de souffrir avec moi, en mangeant sain par exemple. J’adore ma vie, je suis hyper bien dans mon corps. J’ai le sourire tous les jours – à part quand je ne mange plus! –, je suis épanouie et pour moi c’est le principal.

    Quand on me dit: «Tu n’es pas féminine», je crois qu’on se trompe: toute femme est féminine du moment qu’elle se sent bien dans son corps. Il n’y a pas de code, pas de règle. Qui sommes-nous pour dire qu’un homme ou une femme est beau ou belle?

    Après, je ramasse tout de même pas mal de critiques. Les gens emploient souvent des termes assez violents au sujet de mon changement physique. Je réponds que je n’aime pas la glace à la pistache, que je ne trouve pas ça bon, mais ce n’est pas pour autant que je dis que c’est dégueulasse.

    Face à face, il y a toujours du respect: J’ai souvent droit à des: «Je vous trouvais plus mastoc en photos!» En revanche, sur les réseaux sociaux, certaines personnes sont parfois incroyablement mal éduquées et violentes. Ce serait mentir de dire que ça m’atteint à zéro pourcent, mais ce qui me fait le plus mal au cœur, c’est quand ces attaques touchent mon entourage.

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    Vivre pleinement

    Je suis beaucoup plus suivie sur internet que pendant ma carrière de karatéka, car le fitness est ultrapopulaire. On a tous autour de nous – si ce n’est pas nous – quelqu’un qui a déjà réfléchi à faire un petit régime pour rentrer dans son maillot de bain ou a songé à se remettre en forme.

    Un témoignage reçu sur Instagram m’a énormément touchée. Il disait: «Bonjour Fanny, on ne se connaît pas, j’ai un cancer, quand je fais ma chimio, je regarde vos stories, votre détermination me motive à me battre, et le jour où je pourrai recommencer le sport, je serai investie autant que vous.»

    Une autre femme m’a raconté: «Ma maman est très malade, et je lui ai fait découvrir les réseaux sociaux et votre compte Instagram. Depuis, elle ne me parle que de vous, vous lui avez fait retrouver le sourire et je vous en remercie.»

    Ce sont des personnes que je ne connais pas, mais finalement, si j’arrive à leur délivrer le message que la vie est positive, que l’important c’est de faire ce qui nous rend heureux et de vivre pleinement le moment présent, alors j’aurai gagné.

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