témoignages

    «J’ai dû toucher le fond pour mieux rebondir»

    À 18 ans, Emilie a été hospitalisée d’urgence dans un hôpital psychiatrique. Six semaines ont remis sur les rails cette hypersensible en souffrance. Désormais, la jeune maman croque la vie à pleines dents.

    Publié le 
    23 Janvier 2019
     par 
    Jennifer Segui

    Aujourd’hui, je suis heureuse et rien ne laisse supposer, qu’à un moment donné, tout a failli basculer. J’ai 30 ans, un compagnon, une petite fille de 2 ans et demi. Mon quotidien est bien rempli: je fais beaucoup de sport, surtout de la course à pied, trois fois par semaine. J’adore ça, j’ai d’ailleurs eu la chance dernièrement de prendre le départ de Sierre-Zinal. L’hiver, je pars souvent en peau de phoque. Je vis en Valais, donc tout est accessible sans faire beaucoup de kilomètres.

    J’aime aussi beaucoup la musique et jusqu’à l’année dernière, je jouais dans une fanfare. Je cuisine avec plaisir, je suis quelqu’un de très sociable, je vois mes amis, ma famille. Même si les rapports n’ont pas toujours été faciles, désormais, je suis proche des miens, de ma sœur qui a deux enfants, de mon frère, de ma maman, qui s’occupe énormément de ma fille.

    Aider les autres

    Surtout, j’adore mon métier. Je suis infirmière et j’ai longtemps exercé en gériatrie. Maintenant, je travaille en chirurgie. Je suis vraiment passionnée par ce que je fais, aussi bien par le côté technique que par le contact avec mes collègues et avec les patients.

    Toutefois, il y a quand même un service que je serais, pour l’instant, encore bien incapable d’assurer: la psychiatrie. Car ce métier, je ne l’ai pas choisi par hasard. Il s’est en quelque sorte imposé à moi quand, à 18 ans, j’ai quitté l’hôpital psychiatrique après un séjour de six semaines.

    J’ai voulu aider les autres comme j’avais été aidée.

    La fin de l’ado parfaite

    Comme souvent, tout prend racine dans l’enfance. J’étais une petite fille un peu ronde, pas vraiment heureuse. D’aussi loin que je me souvienne, j’étais soucieuse, inquiète, angoissée par tout. Je me posais beaucoup de questions sur la mort, sur l’existence en général, j’avais l’impression que mon esprit n’était jamais au repos. J’étais une éponge à émotions.

    À l’adolescence, tout s’est accentué. J’avais toujours cette personnalité hypersensible, j’étais complexée par mon poids et, comme je me posais toujours beaucoup de questions sur tout, je passais un peu pour l’intello de service, pour une sorte d’ovni que personne ne comprenait.

    Vers l’âge de 14 ans, j’ai consulté un psy qui a diagnostiqué des troubles de l’anxiété, un état dépressif et m’a prescrit des antidépresseurs, mais les choses ne se sont pas vraiment arrangées.

    Dans les années qui ont suivi, mon frère et ma sœur ont commencé à faire des bêtises, ils avaient une adolescence un peu rebelle.

    Moi, j’ai voulu compenser en étant parfaite, en ne faisant pas de vagues. Je taisais toutes ces angoisses qui me dévoraient. Je me sentais seule.

    Avec ma maman, c’est difficile de dire ça aujourd’hui car tout va mieux, mais à ce moment-là c’était compliqué. J’avais l’impression que je n’étais pas à la hauteur de ce qu’elle espérait. J’avais besoin de tendresse, d’amour et, à cette époque, je n’en obtenais pas de sa part. Ma seule échappatoire, c’était la musique et la fanfare, mais un jour, tout a basculé.

    Je suis sortie de la spirale de l'anorexie

    C’était le 15 novembre 2006… j’avais 17 ans et demi. Alors que j’avais décidé d’accompagner mon frère à un cours de Samaritain, une dispute a éclaté avec lui. J’en ai eu assez, je lui ai hurlé que j’en avais marre d’être là pour tout le monde, qu’il fallait que tout ça s’arrête. je l’ai laissé en plan. Je suis partie à pied et me suis allongée au milieu d’un champ. Il faisait froid, mais je ne sentais rien.

    Je voulais partir, que tout s’arrête. Je pensais que de toute façon, personne n’arriverait à comprendre qui j’étais. Je suis restée ainsi quelques heures jusqu’à ce que les voisins m’aperçoivent. Les secours sont arrivés, j’étais très agitée, incohérente, en pleurs. J’ai donc été tout de suite transportée aux urgences de l’hôpital le plus proche avant de rejoindre un établissement spécialisé en psychiatrie.

    Là, quand mes parents sont arrivés, c’était très dur. J’ai vu des larmes dans le regard de mon papa, qui est plutôt du genre taiseux. À l’hôpital, j’ai été immédiatement prise en charge. Mon jeune âge rendait le diagnostic difficile. Avais-je une maladie mentale lourde?

    Un soutien efficace

    Les semaines suivantes ont prouvé que non. Même si ça a été dur. Parfois, j’ai voulu partir, dans tous les sens du terme. Je me souviens que le soir de mes 18 ans, je me suis retrouvée toute seule dans ce lieu devant une tourte forêt-noire que mes parents m’avaient fait apporter. Je trouvais ça injuste mais, en même temps, dans cet hôpital, je me sentais prise en charge, écoutée.

    On me disait que mes difficultés étaient passagères, qu’il y avait de l’espoir, que je pourrai m’en sortir grâce à un suivi adapté. Avec le recul, je pense que mes émotions à fleur de peau, le manque de confiance en moi depuis l’enfance, les aléas de la vie, les échecs personnels et une situation familiale à un moment donné complexe, ont fait que j’ai pété les plombs.

    Après ces six semaines, je suis sortie de l’hôpital, pour ne jamais y retourner. J’ai repris l’école brillamment et je suis devenue infirmière.

    Aujourd’hui, je me connais mieux, je sais mes limites. Je n’ai plus peur du regard des autres et je me sens prête à soulever des montagnes.

    Je ne prends plus de médicaments du tout. Les coups de blues existent, mais je les pressens et ma doctoresse de famille est un formidable soutien. Des kinésithérapeutes m’apportent en outre beaucoup de bien-être. J’ai réussi à reprendre les rênes de ma vie, à rester en forme, à avoir un amoureux, une fille, une famille, un beau métier.

    J’accepte mon hypersensibilité, mes défauts et ceux des gens que j’aime et qui m’aiment en retour. Je suis la preuve que l’hôpital psychiatrique n’est pas une fatalité, le début de la fin. Que ma folie n’était que passagère. Qu’il faut parfois toucher le fond pour mieux rebondir.

     

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