témoignages

    J’ai survécu à l’échinococcose

    Tomi Tomek a découvert par hasard qu’elle était atteinte d’une maladie parasitaire grave. sauvée de justesse, cette pasionaria des animaux doit suivre un lourd traitement.

    Publié le 
    17 Juillet 2017
     par 
    Nadja Hofmann

    Depuis plus de trente-six ans, j’ai la chance de vivre dans la réserve naturelle du Creux-du-Van (NE), où j’ai créé avec mon amie Elisabeth le refuge SOS Chats, à Noiraigue. Comme tout le monde, j’avais entendu parler d’une maladie parasitaire rare mais pouvant être fatale, transmise par les renards. Ayant une alimentation très saine, je n’aurais jamais pensé que je puisse être concernée.

    Cela faisait quelque temps que je me sentais fatiguée. Etant végétarienne, j’ai pensé que c’était peut-être dû à un manque de fer. Ou au stress de diriger un refuge. Je me suis décidée à faire un check-up. Les résultats des prises de sang n’ont rien indiqué de particulier. C’est lors d’une intervention chirurgicale bénigne – le retrait de cailloux dans la vésicule biliaire – que ma vie a basculé. A mon réveil, le chirurgien m’a indiqué que l’opération s’était bien déroulée, mais qu’il avait vu une drôle d’ombre sur mon foie avec sa caméra. Ce qui l’a incité à en prélever un bout pour le faire analyser. Comme il n’avait pas l’air plus inquiet que ça, je ne me suis pas alarmée. Dix jours plus tard, en soirée, j’ai reçu un téléphone d’un médecin de l’Hôpital de l’Ile, à Berne. A son ton grave, j’ai compris qu’il y avait un problème. En effet, je devais revenir au plus vite pour des examens complémentaires, car les ombres étaient en fait des nids de larves d’échinocoques logés dans mon foie. Cela ne m’a pas paru si affolant: quand les chats ont des larves, on leur donne des vermifuges. Un cocktail vermifuges-antibiotiques allait certainement suffire à venir à bout de ces petites bestioles, non? Le silence de mon interlocuteur m’a fait perdre de mon assurance. J’ai insisté pour savoir si cette maladie était guérissable. Il m’a dit qu’il ne pouvait pas me répondre car cela dépendait de son état d’avancement. Autant dire que j’ai passé une nuit plutôt agitée.

    Une invasion d’«aliens»

    Le lendemain, avant de partir à l’hôpital faire des radios, j’ai laissé mes petits protégés aux bons soins d’Elisabeth et de notre équipe de gardiennes d’animaux. Quand je les ai informées sur mon état de santé, l’une d’entre elles est devenue blanche. Et pour cause: elle connaissait l’assistante d’un vétérinaire qui avait succombé à l’échinococcose. Prise de vertiges et de vomissements, elle s’était subitement écroulée, morte. Ce tableau n’était guère rassurant.

    Après avoir fait une IRM, le médecin m’a montré la photo de mon foie, criblé de taches sombres. Une, deux, trois… il y avait neuf nids en tout. Les œufs du ténia avaient éclos et s’étaient multipliés dans mon organe. Affolée, j’ai demandé qu’on m’enlève ces intrus au plus vite. Mais le spécialiste m’a expliqué que ce n’était pas possible car s’il intervenait maintenant, les larves se répandraient dans tout mon corps. Ces parasites sont en effet diaboliques: après avoir squatté le foie, ils envahissent les organes voisins – poumons, système nerveux central, muscles, os – telles des métastases. Seule bonne nouvelle au milieu de ce cataclysme: les larves n’avaient pas encore colonisé mon cerveau, ce qui aurait signé mon arrêt de mort.

    La bataille allait être rude contre cette invasion d’«aliens» qui m’avaient choisie comme hôte bien malgré moi. Selon les examens, j’avais dû être contaminée il y a une dizaine d’années, certainement par le biais de l’ingestion de fruits des bois ou de légumes de mon potager. Je me suis remémoré le nombre de fois où j’avais cueilli et mangé en toute quiétude des champignons, des fraises des bois ou de l’ail des ours… En réalité, tout ce qui se trouve dans la nature à moins de 30 centimètres de hauteur risque d’être potentiellement contaminé et doit être bouilli. Ou au moins rincé à l’eau.

    Contrairement aux croyances, l’échinococcose se transmet par les selles du renard, et non par son urine. Mais «l’hôte réservoir» de ces parasites est le campagnol. Ce rongeur, porteur de larves, contamine tous ceux qui l’ingèrent: renards, ou plus rarement chiens, chats et fouines dans lesquels vont se développer des vers adultes d’environ 3 mm qui vont pondre des œufs. D’où l’importance de donner régulièrement des vermifuges à ses animaux de compagnie. L’homme peut être en contact avec ces œufs en consommant des aliments souillés par des excréments. Si la plupart du temps, on guérit spontanément, un petit pourcentage de gens infectés va développer une maladie qui ne présente aucun symptôme et qui est indécelable lors de prises de sang classiques. J’avais bien senti quelques petits picotements au niveau du foie quelques années auparavant, mais j’avais mis ça sur le compte d’une vie agitée.

    Des effets secondaires lourds

    Après un traitement antiparasitaire de trois mois pour tuer et calcifier les nids, je devais subir une intervention chirurgicale de quatre heures afin d’enlever les lésions causées à mon foie par ces «mini Dracula». Avant d’entrer au bloc opératoire, j’étais soulagée mais aussi inquiète en me disant qu’il subsistait peut-être un survivant qui allait continuer sa petite balade dans mon corps. Heureusement, j’étais entre de bonnes mains. Après l’opération, le chirurgien m’a assuré qu’il avait réussi à enlever tous les foyers de ténias. Mais je devais encore suivre un traitement lourd, semblable à une chimiothérapie, durant deux ans. Les effets secondaires sont nombreux: vertiges, nausées, épuisement, perte de cheveux, rejet de certains aliments… Pour me donner du courage, chaque fois que j’avale une de ces fichues pilules, je me rappelle que j’ai eu une chance inouïe. A quelques mois près, j’y serais sans doute restée.

    Cette expérience a changé ma vision de la vie: je profite davantage des petits bonheurs de l’existence, comme de caresser mes félins qui sont eux aussi des rescapés. Si je n’ai gardé aucune rancune contre les renards que je vois souvent se promener près du refuge, mes sentiments sont plus mitigés envers les campagnols. Malgré tout, j’ai toujours autant de respect pour les animaux et la nature. Et désormais, c’est seulement en confiture que je consomme les fraises des bois!


    A lire aussi:
    Mon combat pour l’accès aux soins pour tous à Bali
    Le vitiligo n’aura pas ma peau
    Greffe du poumon: je suis née une seconde fois

     

    A lire également
    témoignage prééclampsie esther grossesse accouchement enceinte
    Alors qu'elle était enceinte de 6 mois, Esther a frôlé la mort de près. Mais son courage et l'amour de son mari lui ont permis de survivre.
    O
    Femmes de paysans, employées agricoles ou cheffes d’exploitation, elles bossent beaucoup, mais n’ont droit qu’à peu de reconnaissance.
    O
    Après sept années passées comme ambulancière, Elodie a compris qu’elle devait se diriger vers la médiumnité et les soins énergétiques.
    O
    News loisirs
    Jusqu'au 23 décembre, la capitale culturelle de la Suisse se transforme en un lumineux village de Noël, situé au cœur de la vieille ville.
    O
    tarte chocolat vegan
    Cuisine
    Pour les gourmands qui ne consomment pas de substances animales, les chefs de l'EHL ont concocté un menu de fêtes 100% végétal!
    O
    News loisirs
    Tous nos coups de cœur de l'année: le doux parfum du vin chaud, de la raclette et des marrons nous appelle déjà!
    O