témoignages

    Endométriose: J’ai bataillé dix ans pour tomber enceinte

    A 30 ans, Sandra apprend qu’elle est atteinte d’endométriose. Diagnostiquée stérile, son parcours pour avoir un bébé a été long et semé d’embûches. Et puis Maylo est arrivé.

    Publié le 
    22 Août 2016
     par 
    Valeria Aloise

    Paolo et moi, nous nous sommes connus à l’âge de 18 ans et, rapidement, nous avons envisagé de fonder une famille nombreuse. Après sept ans de relation, nous nous sommes mariés. J’ai arrêté de prendre la pilule. Ce premier bébé viendrait quand il viendrait, nous n’étions pas pressés. Mais au bout de deux ans, toujours rien…

    Nous nous sommes alors soumis à une batterie de tests médicaux qui n’ont rien diagnostiqué d’anormal. Comme j’avais mal au ventre pendant mes règles depuis toute jeune, les investigations me concernant ont continué. La veille de mes 30 ans, j’ai subi une intervention qui a révélé que mon utérus, plutôt que d’être en poire, formait un cœur. Cette malformation ne gênait pas la fécondation mais pouvait avoir des conséquences sur le développement d’un fœtus. Plus grave, j’étais atteinte d’endométriose de stade maximal, avec de nombreux kystes ovariens. Je n’en revenais pas, moi qui pensais que mes douleurs étaient communes à toutes les filles. Le verdict est tombé: je ne serai jamais enceinte. J’étais à la fois sous le choc et soulagée de comprendre enfin ce qui ne tournait pas rond. Avec mon mari, nous avons accusé le coup et décidé de ne rien entreprendre de médical pour que je tombe enceinte. La tristesse et la culpabilité m’ont envahie. Je craignais que Paolo reste avec moi par pitié et me sentais responsable de ne pas pouvoir lui donner les enfants dont il rêvait. A contrecœur, je l’ai quitté. Je voulais le tester. Allait-il m’oublier et fonder une famille avec une autre? Incapables de couper les liens, nous sommes restés en contact et, six mois plus tard, nous étions à nouveau ensemble. Nous nous sommes convaincus que nous vivrions très bien sans enfants et avons trouvé toutes les bonnes raisons de ne pas en avoir. La liberté, les voyages…

    L’intervention du Dr Miracle

    En 2009, lors d’un contrôle chez ma gynécologue, je lui ai annoncé que nous avions fait une croix sur notre désir d’enfant. Certaine que nous le regretterions, elle a insisté pour que nous procédions à des inséminations artificielles. Sans trop y croire, et en dernier recours, nous avons accepté. Je me souviens que lors de la première tentative mon époux a demandé en plaisantant à la gynécologue: «Etes-vous sûre que ce sont mes spermatozoïdes que vous injectez?» Nous avons énormément ri à la voir douter! Les trois essais ont échoué. Cela a été une grande déception, mais aussi une libération. Plus vite nous pourrions faire notre deuil, mieux nous nous porterions. Au fil du temps, les familles autour de nous s’agrandissaient. Je n’ai jamais ressenti de colère à l’annonce d’une grossesse. Mais, bien sûr, j’avais des moments de blues. Avec Paolo, nous n’en parlions plus vraiment. Le sujet n’était pas tabou. Nous nous protégions mutuellement.


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    Quelques années ont passé jusqu’au jour où une amie a insisté pour que je recommence tout à zéro chez un spécialiste réputé. Elle avait raison, dorénavant le temps pressait. Grand et ténébreux, ce médecin afghan était aussi imposant que rassurant. L’utérus en cœur? Pas un problème, un fœtus y trouvera sa place. L’endométriose avancée? Beaucoup de femmes en souffrent et cela ne les empêche pas d’enfanter; 35 ans? Aucun souci, on peut devenir mère bien plus tard. Apaisés, nous étions prêts à tout tenter. Le médecin nous a dirigés vers un de ses confrères du centre de procréation médicalement assistée. Tout s’est enchaîné très vite. La fécondation in vitro est un processus contraignant: des rendez-vous hebdomadaires, des médicaments à prendre selon un cycle précis, des prises de sang, des piqûres d’hormones, la ponction d’ovocytes. Mais ce n’était rien si cela me permettait de tomber enceinte. Le jour venu, la caméra servant à guider la dépose d’embryons fécondés dans l’utérus était en panne. Le médecin a dû procéder «à l’aveugle». Quelle poisse! Comme à notre habitude, mon époux et moi avons pris la situation avec humour. C’était notre façon de dédramatiser et de nous dire que la vie continue.

    Se battre pour survivre

    Pour la première fois, j’étais optimiste. Et j’avais raison. Cela a marché, j’étais enceinte. Beaucoup de larmes de joie ont coulé. Puis il y a eu les peurs. Allais-je parvenir au bout de ma grossesse? Et mon utérus-cœur? J’avais comme un petit nuage au-dessus de la tête qui m’empêchait d’imaginer tenir mon enfant dans les bras. A la 29e semaine, j’ai eu d’atroces maux de ventre et des contractions. De ma salle de bains, pliée de douleur, j’ai appelé mon mari. Je redoutais d’aller à l’hôpital et qu’on m’annonce la perte du bébé. Hospitalisée au CHUV, j’ai vécu cinq jours de terreur. J’avais mal. Je sentais quelque chose se balader en moi, une sorte de «glouglous» incessants. Les médecins ne trouvaient rien et lorsqu’ils m’ont annoncé que je pouvais quitter l’hôpital, j’ai commencé à vomir et à perdre connaissance. Transportée d’urgence au bloc opératoire, j’ai pensé que je n’avais pas pu dire au revoir à mes proches. Personne ne savait ce qui allait m’arriver. Tout le monde était paniqué. Et je me suis endormie. A mon réveil, j’ai immédiatement regardé mon ventre. Il était toujours là. Une sage-femme m’a expliqué que mon appendice avait éclaté et causé une infection. Mon petit et moi avions frôlé la mort. Tirés d’affaire, une seule chose comptait désormais: aller au bout de la grossesse. Chaque semaine écoulée était une victoire.

    Proche du terme, j’ai été en contact avec mon neveu atteint de la varicelle. Comme je ne l’avais pas encore eue, cela pouvait être potentiellement grave pour le bébé. Direction le CHUV, encore une fois. Alors que je me faisais perfuser le traitement contre la maladie, Paolo et moi riions nerveusement. Que pouvait-il encore nous arriver? Après toutes ces péripéties, je n’avais plus peur de rien. Je me sentais une force surnaturelle. Et le 3 avril 2014, notre bébé est né. Une fois déposé sur moi, le monde s’est arrêté. Plus rien d’autre ne comptait. Nous l’avons prénommé Maylo, en référence au nom que nous lui donnions lorsqu’il était dans mon ventre… My love. C’est un petit en pleine forme. Et moi je suis une maman zen. J’ai confiance en la vie. Ce que nous avons vécu nous a rendus plus forts. Avoir un enfant unique ou une famille nombreuse, peu m’importe aujourd’hui, car Maylo est toute ma vie.

     

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