témoignages

    «À 50 ans, j’ai été harcelée par mon amour de jeunesse»

    Son premier amour, avec qui elle venait de renouer, s’est transformé en harceleur obsessionnel. Marie a subi pendant des mois une véritable chasse à l’homme, avant de finalement faire appel à la justice. S'attacher à un pervers narcissique? Plus jamais!

    Publié le 
    18 Décembre 2018
     par 
    Nicolas Poinsot

    Renouer avec son amour de jeunesse plusieurs décennies après, reprendre l’histoire là où elle s’était arrêtée, c’est le genre de récit qui fait rêver les romantiques. Toutefois, dans mon cas, le conte a viré au cauchemar. Mon premier amour est même devenu ma plus grande terreur. Au départ, c’est moi qui ai voulu recontacter Richard. J’avais divorcé après de longues années de mariage et je me suis mise à repenser à cette idylle vécue lorsque j’étais une jeune fille.

    Richard avait dix-sept ans de plus que moi. Il était charismatique, avait ce côté artiste qui me fascinait et quand je l’ai revu, après tout ce temps, la magie a opéré de nouveau, immédiatement.

    J’étais bien avec lui, il était charmant. Tous les ingrédients étaient présents pour que la relation se passe bien. J’avais 49 ans, je retrouvais l’amour, le vrai, de façon inattendue. J’étais entourée par mes trois filles aimantes. Bref, je ne pouvais espérer mieux dans la vie.

    Des menaces de carnage

    Toutefois, de façon inattendue là aussi, l’histoire parfaite a rapidement pris l’eau. Des épisodes désagréables m’ont fait douter de notre avenir commun. Richard s’est révélé très jaloux, très possessif. Il a commencé à me suivre à la trace par téléphone, à ressasser des questions sur mon désir pour lui, sur mon emploi du temps.

    De mon côté, j’essayais de mettre ces aspects négatifs entre parenthèses, je me disais que j’avais souhaité cette relation et qu’il fallait que ça marche malgré tout. Toutefois, lorsqu’il s’est mis à mentir, j’ai compris que ça n’allait pas s’arranger. Dès que je partais en week-end avec mes filles, il inventait des histoires pour me pousser à revenir, il disait que sa mère – ou lui – avait eu un malaise.

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    40 fois par jour

    Il sentait que je m’interrogeais sur notre relation et il ne le supportait pas. «Si tu pars, je me tue», menaçait-il, ou même: «Achète des produits nettoyants pour le canapé car tu vas y retrouver des morceaux de ma cervelle à ton retour!» Parallèlement, il essayait de m’isoler de ma mère. J’ai quand même accepté de me mettre en ménage avec lui, il insistait. On n’a évidemment pas fait long ensemble. Juste quatre mois.

    C’est quand il a voulu me convertir au libertinage que j’ai voulu arrêter. Ce n’était pas une conception du couple que je partageais. Là, c’est aussitôt devenu invivable.

    Il était paranoïaque, assurant recevoir des coups de fil l’informant qu’il était cocu. Je suis partie de notre appartement, retournant vivre chez ma mère. Ce fut le début du harcèlement lourd. Il inondait la boîte aux lettres de courriers ou en mettait sur le pare-brise de ma voiture. Il utilisait n’importe quel prétexte pour m’appeler. Des dizaines de fois par jour.

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    Sans compter tous les SMS, les mails, trente, quarante quotidiennement. J’ai dû changer trois fois de numéro de téléphone. S’il n’arrivait pas à me joindre, il appelait ma mère ou venait me trouver dans le parking pour me suivre toute la journée dans mes déplacements. J’étais traquée. J’ai retrouvé un logement, espérant lui échapper enfin, mais il a suivi le camion de déménagement jusqu’à ma nouvelle adresse.

    Une présence oppressante

    Habitant au premier étage, j’étais vulnérable. J’ouvrais les volets le matin, il était là, juste en face, dans la rue, debout, les bras croisés, à me dévisager. Pour aller fumer sur le balcon, je sortais à quatre pattes en espérant qu’il ne m’interpelle pas. J’allais à la Migros, il était là, dans les rayons. J’allais au café avec des amis, il était là aussi. Des collègues devaient m’escorter sur le parking du travail dès que j’arrivais, devant parfois s’interposer pour le repousser.

    Le soir, j’allais me garer loin de chez moi en espérant qu’il ne trouve pas mon véhicule. J’y laissais un paquet d’énergie. Il était dans le paysage de huit heures du matin à huit heures du soir, alors qu’il habitait à 50 kilomètres. Comme il était retraité, il avait du temps. Il disait ne pas comprendre notre rupture et cherchait à me faire changer d’avis. Malgré un courrier recommandé très clair de ma part, où j’actais notre séparation, rien n’a évolué.

    C’était obsessionnel. Autour de moi, tout le monde avait peur. Quant à moi, je ne dormais plus, j’étais angoissée, je devenais folle. Cela devait cesser, vraiment.

    Manipulateur en déroute

    Je suis allée voir la police au bout de sept mois d’enfer, mais je suis repartie bredouille avec mon tas de lettres et de copies de mails. Il n’y avait pas de menaces, de violence physique, donc on ne pouvait rien faire. Ce n’est que deux mois plus tard, en m’adressant à un centre LAVI, dont la mission est de soutenir les victimes d’infractions, que j’ai enfin reçu des réponses. On m’a appris que la violence psychologique pouvait être condamnée.

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    Là, j’ai reçu un soutien humain, et aussi juridique. On est passés devant le procureur pour une tentative de conciliation. Celui-ci a demandé à Richard de ne plus m’approcher. Cela a fonctionné… pendant trois mois. Il a alors fallu porter plainte pour harcèlement, puis récolter toutes les preuves de manière méthodique, messages, témoignages de l’entourage. Ce n’est pas facile de traîner en justice quelqu’un que vous avez aimé, mais j’avais besoin qu’on me défende.

    La menace de la prison

    Deux jugements successifs ont été rendus en ma faveur, le condamnant à quelques centaines de francs de jours-amendes et à ne plus m’approcher. Durant l’audience, mon harceleur s’était montré insolent. Il a été rappelé à l’ordre par le juge. Richard était autoritaire, il ne supportait pas qu’on le contrarie. Sa personnalité profonde remontait à la surface dès qu’il perdait le contrôle de la situation. Ses anciennes compagnes ont d’ailleurs révélé avoir subi la même chose de sa part à leur séparation.

    Le dernier verdict, bien que plutôt clément, l’a enfin incité à stopper sa chasse à l’homme et, à partir de là, j’ai eu la paix. S'il continuait, c'est la privation de liberté qui l'attendait. Il est quand même revenu une fois près de mon domicile, six mois après. J’étais avec mon nouveau compagnon. Le ton est monté. Richard l’a heurté avec sa voiture à faible vitesse pour l'intimider. Un autre jugement a eu lieu à la suite de ce nouvel incident. Maintenant, c’est redevenu calme. J’ai retrouvé la sérénité et aussi acquis, je crois, un radar à pervers narcissique. Oui, c’est bien ce qu’il est. Il aura du mal à changer.

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