témoignages

    Je réalise des défis pour la bonne cause

    Après des débuts dans la vie un peu chaotiques, Florian Antille a trouvé sa voie: il aidera les autres... en marchant. Chacun de ses kilomètres est récompensé par des versements à des associations aidant les malades.

    Publié le 
    29 Janvier 2018
     par 
    Elvire Küenzi

    J’étais en Espagne, sur la Costa Brava, quand l’accident s’est produit. Je cherchais un endroit sûr où installer mon campement pour la nuit et j’ai dû me retrancher sur les hauteurs afin de poursuivre mes repérages. J’avais effectué la moitié de mon périple, j’étais fatigué et j’ai glissé sur un pont. J’ai fait une chute de six mètres. Bilan? Luxation du genou. J’ai passé dix jours à l’hôpital, mais cet imprévu ne m’a pas empêché de continuer mon aventure.

    Je suis parti le 21 août 2017 dans le but de parcourir la France, l’Espagne, la Belgique et de soutenir l’association Les Anges d’Angeline, qui aide les enfants atteints du cancer. J’avais longuement planifié mon itinéraire, cherché des sponsors, préparé un sac avec un minimum d’affaires, une bâche, une tente et je prévoyais d’utiliser les réseaux sociaux pour trouver des lieux où dormir, selon l’endroit où je me trouverais.

    J’ai dormi une semaine sous un pont, j’ai dû monter ma tente dans des conditions extrêmes. Que ce soit dans le désert des Bardenas ou dans le froid breton, chaque jour je pensais que c’était le dernier. Je suis rentré le 9 décembre après avoir parcouru 4500 km à pied et 700 à vélo. Faire parler de mon aventure me permettait d’attirer l’attention des médias et des gens sur l’association que je soutenais. L’aventure, c’est ma passion, mais j’ai besoin qu’elle soit utile, qu’elle me permette d’aider les autres.

    Revenir dans le droit chemin

    Ma toute première expédition? Il s’agissait d’une punition! A 15 ans, j’ai été envoyé à La Fontanelle, institution pour mineurs en difficulté. Adolescent, j’étais un vrai cancre. Je rencontrais beaucoup de problèmes, j’avais du mal à accepter l’autorité et à suivre une scolarité classique. J’avais besoin d’être remis dans le droit chemin.

    Avec d’autres jeunes, nous avons participé à un séjour de rupture. Le but était de se recentrer sur ce qui était important et essentiel dans l’existence, de se comprendre soi-même et de vivre une aventure qui nous sortait de notre cadre de vie. On s’est retrouvés en Grèce pendant trente jours à faire du canoë.

    Chaque geste du quotidien qui nous paraissait banal normalement devenait une véritable épopée. Boire, manger, allumer un feu pour cuisiner des plats chauds, trouver un endroit sûr pour dormir représentait une priorité.

    On apprenait à vivre des choses vraies, on retrouvait l’essentiel sans être parasités par nos questions quotidiennes et nos problèmes familiaux.

    J’ai fait de mon handicap un atout

    Une enfance difficile en foyer

    J’ai été placé en foyer à 6 ans et demi. Nous formions une fratrie de six enfants, mais mes grands frères étaient dans d’autres institutions. Et même si on rentrait tous les week-ends et qu’on se voyait tous à ce moment-là, c’était compliqué de vivre une telle situation.

    Je ne peux pas dire que je ne me suis pas forgé un certain esprit de famille, mais j’ai des amis du foyer avec lesquels j’ai plus de contact qu’avec mes parents. Quelque part, j’ai survécu à cette expérience. Evidemment, sur le moment, je n’ai pas été heureux tout le temps. Mais je crois que je peux affirmer qu’il y a une jolie fin à cette histoire.

    Aujourd’hui, j’apporte mon aide à diverses bonnes causes et je soutiens les jeunes en difficulté au travers de mon association, AS-expedition. Avec le recul, je peux dire que j’étais un petit con, avant! Je n’étais pas méchant, mais je fonçais tête baissée sans réfléchir aux conséquences de mes actes. Je me mettais en danger inconsciemment. J’étais déjà attiré par la vitesse, l’aventure et l’extrême mais mon manque de précaution m’a souvent emmené à l’hôpital. Désormais, je me mets dans des situations difficiles à gérer, mais je me prépare pour les surmonter.

    Battre un record en rollers

    Puis, j’ai fait les scouts et l’idée de partir vivre une aventure hors du commun m’attirait de plus en plus. J’avais besoin de vivre des choses vraies, de découvrir le monde et de tester mes limites. Je voulais montrer aux jeunes qu’on pouvait réussir à se dépasser et le faire pour la bonne cause.

    Du coup, en 2016 j’ai décidé de partir de Sion et de rallier Bruxelles, puis Paris, en rollers. J’ai mis en place un système de parrainage au kilomètre pour soutenir l’association Procap Valais qui s’occupe de personnes en situation de handicap. Le problème, c’est que je ne connaissais pas grand-chose aux rollers. J’ai effectué des recherches pendant deux mois sur les différents types de patins avant de partir.

    Ce que je veux montrer? Que même après avoir vécu des épreuves, on peut toujours s’en sortir.

    Le jour où j’ai quitté Sion, j’ai ressenti mes premières hésitations. A peine 100 mètres après le départ, je me suis demandé dans quoi je m’étais embarqué. Cette expédition a duré vingt-deux jours, du 1er au 22 octobre 2016. Je parvenais à parcourir 136 kilomètres de moyenne par jour malgré les cloques et la fatigue. Il y a des jours où mes mollets et mes cuisses étaient tellement gonflés que je n’arrivais même plus à enfiler mon pantalon.

    Le défi physique a été extrêmement pénible. J’ai souffert et je ne suis pas certain que je le referais. Par contre, le côté humain de l’aventure a été extraordinaire. J’ai rencontré des personnes formidables tout au long de mon périple, des personnes bienveillantes qui m’ont hébergé ou offert à manger. Avec ce défi, j’ai battu le record du monde de temps-distance avec 2142 km parcourus en vingt-deux jours.

    La marche m’a sauvé la vie

    Développer son association

    Fin 2016, j’ai créé l’association Adventure Survival Expedition avec mes meilleurs amis. Notre but est de motiver et soutenir des jeunes en difficulté professionnelle, familiale et sociale à travers des projets tels que des expéditions, des camps de survie ou des conférences. Aujourd’hui, j’ai envie de poursuivre mes expéditions pour récolter des fonds et développer nos activités. Ce que je veux montrer? Que même après avoir vécu des épreuves, on peut toujours s’en sortir.

    Vous pouvez soutenir l'association en prenant contact avec as-expedition.ch

    Appel

    Vous connaissez une personne dont l’expérience de vie pourrait enrichir cette rubrique? Ecrivez-nous, à: redaction@femina.ch

    A lire également
    Martial enseigne l'autodéfense aux femmes d'ici et d'ailleurs.
    O
    Née homme, Anouk a attendu 62 ans pour vivre enfin comme une femme.
    O
    Jeanne a appris à empailler des animaux au Musée de zoologie de Lausanne.
    O
    Laura a trouvé son équilibre avec les chevaux
    Témoignages
    Ballotée par la vie, Laura a retrouvé l'équilibre dans un manége
    O
    Séverine ouvre des écoles au Togo
    Témoignages
    S'engager. Faire la différence. Séverine a finalement trouvé sa voie.
    O
    En Suisse
    Toasted à Genève, Pancs ou Donutime à Lausanne, voici trois établissements qui renouvellent l’offre de la pause-déjeuner.
    O
    couple famille heureux nature campagne famille recomposée amour
    Couple
    Les conseils d’une experte en relations amoureuses: Ghena Nikolaeva, du site de rencontre celibataire-avec-enfant.ch.
    O
    Voyage
    Partir en vacances sans hypothéquer son 2e pilier, c’est possible. Lonely Planet a dressé la liste des destinations les plus abordables.
    O
    × Je m'abonne abonnements