témoignages

    «J’ai dû attendre 7 jours avant de rencontrer ma fille»

    Esther a été victime d’une prééclampsie sévère lors de sa grossesse, suivie de graves complications. Alors que les spécialistes ne lui laissaient quasiment aucune chance, elle a survécu. Tout comme sa fille, née par césarienne suite à un accouchement très compliqué.

    Publié le 
    4 Décembre 2018
     par 
    Muriel Chavaillaz

    J’ai très vite pu parler librement de ce qui nous était arrivé, à ma fille et à moi. Dès que je suis sortie de l’hôpital, c’était digéré. Mon mari, lui, a eu plus de mal. Et c’est normal: il a vécu tout cela de très près alors que moi, il ne me reste que de vagues flash-back, des sensations, des souvenirs flous. Elle et moi, nous sommes revenues de très loin.

    Avril 2014, je suis enceinte de 29 semaines et ma grossesse se passe bien. Je fais de l’hypertension, mais rien d’alarmant. Je travaille encore à 60%. Toutefois, durant plusieurs jours, je me sens mal, mes pieds et mes mains gonflent beaucoup. Je me plains rarement, pourtant, au bout de quatre jours, je prends rendez-vous chez le gynécologue.

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    En arrivant au cabinet le vendredi matin, je sens immédiatement que quelque chose cloche en voyant le regard des assistantes médicales. Le verdict tombe après les analyses: je dois être hospitalisée à Saint-Imier (BE). Le dimanche, on m’annonce que je vais mieux, que je rentrerai le lendemain. Par chance, on me fait une dernière prise de sang… et les résultats sont mauvais. Les spécialistes prennent la décision de me transférer à Berne pour la fin de ma grossesse. Tout se bouscule dans ma tête: moi qui pensais retourner à la maison, je suis chamboulée.

    De plus, au fond, je sens que je ne vais pas faire trois mois d’hôpital. Quelque chose ne tourne pas rond.

    Dans l’ambulance qui me véhicule, tout s’accélère, ma tension ne cesse d’augmenter et atteint des valeurs très alarmantes. Je me sens extrêmement mal en arrivant à l’hôpital. Le gynécologue de garde est étonné que je sois encore consciente, mon cœur aurait déjà dû lâcher avec une telle pression! Très vite, il prend la décision qui s’impose: effectuer une césarienne d’urgence. Je suis victime d’une prééclampsie sévère.

    Opération de la dernière chance

    Mon cerveau s’est déjà mis sur OFF, je n’enregistre presque plus rien, mais je me souviens de mon mari à mes côtés et des pleurs de ma fille lorsqu’on la sort de mon ventre. Je me dis: «Ouf, ses poumons fonctionnent!» Puis c’est le néant. On dit à mon mari, qui reste auprès de notre bébé, que je les rejoindrai dans 30 minutes. Il devra patienter plus de 3 heures avant d’avoir de mes nouvelles. Dans l’intervalle, j’ai perdu 4 litres de sang, victime d’une atonie utérine. Tout l’intérieur de mon corps saigne. Le lendemain, alors qu’on me croyait stabilisée, je perds encore du sang et on m’annonce une opération de la dernière chance.

    Après l’intervention, je ne vais pas mieux. Je souffre – en plus – d’un HELLP syndrome: mes reins et mon foie ont totalement cessé de fonctionner. Les spécialistes présents invitent mon mari à me dire au revoir.

    En arrivant à mon chevet, il a un choc: je suis intubée, ma peau et mes yeux sont jaunes, j’ai pris 30 kilos d’eau. Il doit ressortir de la chambre pour pleurer, mais il ne me dira jamais au revoir et me demande de me battre, pour notre fille, pour notre famille. On lui annonce que les prochaines 24 heures seront cruciales et il me veille non-stop en restant à mes côtés. Par miracle, je survis. On me réveille quelques jours plus tard du coma artificiel dans lequel on m’avait plongé et, sept jours après sa naissance, je peux enfin faire la connaissance de ma fille. Je ne peux pas la prendre dans mes bras, car je n’ai plus aucune force, mais elle est là, sur moi. Tellement petite (elle pesait 810 grammes à la naissance), mais vivante. Et si belle.

    Rapidement pourtant, je déchante: on m’annonce que je devrai subir des dialyses durant toute ma vie. Cette nouvelle est très difficile à encaisser, mais je n’ai pas le choix, mes reins sont au bord de la nécrose. J’ai tout juste 29 ans, je fonds en larme en me disant que trois fois par semaine, je devrai être branchée à une machine durant 4 heures. Avec mon mari, nous fêtons notre 1er anniversaire de mariage à l’hôpital… et je redoute terriblement de devenir un poids pour lui.

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    Le second miracle

    Mon moral en berne se ressent sur ma convalescence. Je ne mange pas assez et une sonde doit m’apporter un complément calorique. Par chance, les médecins me laissent rentrer à la maison pour 48 heures. Je pleure durant tout le trajet mais, arrivée chez moi, je revis… je mange pour deux, je plaisante, je me motive pour faire quelques pas. De retour à l’hôpital, un nouveau miracle se produit. Les analyses montrent que mes reins fonctionnent à nouveau. Je n’arrive pas à y croire et les médecins ne parviennent pas à expliquer ce revirement! Quelques jours plus tard, je sors définitivement, sans médicaments et sans dialyse. La seule recommandation qu’on me donne? «Vivez, pensez à votre famille, laissez tout ça derrière vous!»

    C’est exactement ce que je fais aujourd’hui encore. Bien sûr, il y a eu des moments compliqués. Mon mari a vécu une période sombre. Les proches sont souvent les grands oubliés dans ces situations. Toutefois, tout cela lui aura finalement permis de trouver sa vocation. Lui qui était phobique des hôpitaux, il a réussi avec brio ses examens et est désormais technicien ambulancier.

    Quant à notre fille, elle ne cesse de nous épater. Elle a toujours été forte, dès sa naissance, et a fait mentir toutes les statistiques.

    Une deuxième grossesse est exclue, mon corps n’étant pas fait pour accueillir un bébé et quelque temps plus tard je me suis fait retirer l’utérus. Même si je m’étais toujours imaginée avec plusieurs enfants, je ne le vis pas mal. Notre fille nous comble totalement. Depuis cette aventure, j’ai appris à être plus calme, réfléchie. Plus optimiste, également. Désormais, je savoure tout ce que la vie a à offrir et notre trio, extrêmement soudé, passe avant tout le reste. 

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