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    Interview: Dites peut-être adieu à la contraception masculine

    Pilule, injection, gel: les pistes pour une véritable contraception réversible destinée aux messieurs se multiplient. Pourtant, plus les recherches avancent, plus l'horizon d'une mise sur le marché recule. Pourquoi, en matière de contrôle de sa fertilité, l'homme ne pourrait-il pas être une femme comme les autres?

    Publié le 
    17 Février 2017
     par 
    Nicolas Poinsot

    OK, il y a la vasectomie, opération de plus en plus pratiquée par des hommes mûrs ne désirant plus procréer. Mais sinon, du côté des moyens contraceptifs non définitifs spécifiquement masculins, c’est le désert de Gobi. Alors que la pharmacopée pour les femmes regorge depuis longtemps de très nombreuses techniques et références: pilule, anneau, patch, stérilet… Les recherches visant à mieux doter les hommes ne manquent pourtant pas. Quelques exemples récents. Début février 2017, un article paru dans la revue «Basic and Clinical Andrology» faisait état de tests très satisfaisants d’un gel neutralisant les spermatozoïdes lors de l’éjaculation.

    Chez des singes, certes. Mais les essais cliniques pourraient bientôt commencer côté humains. Mais c’est ce que les auteurs du projet nous disaient déjà en… 2012, en imaginant leur produit disponible dès 2015. Oups, toujours rien à l’horizon. On a également évoqué l’horizon d’une pilule pour les années 2020. Et cet automne, c’est un autre papier, paru dans «The Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism», qui faisait état d’essais concernant des injections hormonales. Injections stoppées pour l’instant, à cause d’effets secondaires, tout sauf secondaires: acné, fluctuation de la libido, changements d’humeur…

    On ne parle pas de décès ou de membres amputés. Ni de risques de thrombose veineuse. Cela ne serait-il pas plus ou moins, voire moins, que le niveau de désagréments observés chez les utilisatrices de contraceptifs, docteur? Mais là, ça ne semble pas être pareil. Et si le problème était ailleurs? Dans les esprits, nous assure Brenda Spencer, Privat-docent en santé sexuelle et reproductive à l’Université de Lausanne. Focus sur un frein d’abord serré dans les têtes.

    FEMINA Depuis cinq ans, la quête de la contraception masculine est un véritable feuilleton médiatique, qui recèle plusieurs volets et rebondissements: chaque nouvelle avancée technique semble aussitôt s’accompagner de deux pas en arrière. Des spécialistes évoquent souvent des contraintes physiologiques fortes dues à l’appareil reproducteur de l’homme. Comment interpréter ce sur-place scientifique?
    Brenda Spencer Parler de problèmes techniques et de complexité physiologique pour justifier des freins à la contraception masculine est un non-sens! A mes yeux, cette explication est simpliste. La frilosité des mentalité représente toujours la plus grande part des blocages. Cette réticence n’est pas qu’individuelle, elle est à spectre large, et concerne plusieurs pans de notre société. On retrouve en effet couramment ce manque de volonté dans l’industrie pharmaceutique, chez les médecins (l’andrologie est quasi regardée comme s’il elle n’existait pas).

    Et si vous voulez faire des études de médecine, ne dites surtout pas que vous voudriez plancher sur la contraception masculine, cela ne ferait pas sérieux. Du coup, les financements ne sont pas à la hauteur du défi.

    La contraception pour soi-même, le concept est pourtant bien loin de l’univers masculin d’aujourd’hui. Un vrai choc culturel?
    On a oublié que dans le passé, avant les années 1960, la responsabilité de la contraception revenait principalement aux hommes. Avec l’avènement de la pilule, ils ont été progressivement écartés du sujet. L’idée était de donner aux femmes le contrôle sur leur fertilité, et donc une plus grande liberté pour leur sexualité.

    Un point très positif qui a cependant eu pour défaut de faire croire à la gent masculine – et à la société – que la contraception était une question naturellement féminine, unilatérale.

    On a l’impression que ce qui passe pour normal et acceptable, pour la contraception féminine, devient une donnée rédhibitoire pour son  pendant masculin. Prenons les effets secondaires: on les regarde comme un obstacle chez les hommes, alors qu’ils sont le lot de presque toute contraception disponible pour les femmes depuis cinquante ans?
    En effet, des utilisatrices doivent faire face à des effets secondaires, certains pouvant même s’avérer très graves. Les dernières affaires autour des pilules de dernière génération sont là pour le prouver. Ce qui se passe du côté de la contraception masculine est dû à la faiblesse du moteur derrière ce projet, tandis qu’il était bien plus fort pour les femmes durant les années 1960. Peu de volonté réelle le porte, dès lors, le moindre fait négatif, ou déplaisant, est grossi comme sous une loupe et on ne voit plus que ça. Certes, on est peut-être plus scrupuleux aujourd’hui envers les risques des médicaments qu’il y a quelques décennies.

    Les sceptiques évoquent aussi les spécificités de la psychologie des hommes: ceux-ci manqueraient de rigueur, seraient davantage rebelles et rechigneraient à imposer un ordre thérapeutique à leur vie sexuelle. D’où le risque de leur confier cette responsabilité. Qu’en pensez-vous?
    Culturellement, les femmes sont souvent présentées comme celles qui sont responsables, à l’opposé d’une masculinité plus difficile à cadrer. Ce qui ressemble, en fait, à une certaine infantilisation des hommes. Tout cela découle de stéréotypes de genres, qui ne laissent rien évoluer.


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    Même si la société accepte de reconnaître les hommes comme aussi responsables que n’importe qui en matière de gestion de la sexualité, auront-ils eux-mêmes le désir de faire mentir les clichés?
    Dans ce débat, on entend souvent que les hommes ne voudraient pas assumer la contraception. Or, si on ne créé par l’offre, ils n’auront jamais l’occasion de s’impliquer. Soyons clairs, il n’y aura peut-être pas 100% de la gent masculine qui acceptera de prendre des contraceptifs, car il y a également conflit avec des schémas anciens de représentation, notamment celle de la virilité traditionnelle, fréquemment associée à la fertilité permanente. Mais beaucoup commencent à exprimer leur souhait de le faire.

    Les hommes disent: «Maintenant, c’est mon tour».

    On devrait juste leur faire confiance pour qu’ils changent les mentalité. Je me souviens notamment de mes missions en Afrique, il y a plusieurs années, lorsqu’il fallait faire de la prévention contre le virus du Sida. Beaucoup d’experts doutaient de la volonté des hommes d’adopter le préservatif. On les jugeait coupables avant même de les laisser donner leur avis et agir. Pourtant, lorsque de bons programmes de marketing social du préservatif ont été mis en places, ils ont eu du succès.

    L’état du monde, en 2017, laisse peu d’espoir en termes de progrès des mentalités, non? Le conservatisme, voire le radicalisme, semblent en train de gagner du terrain.
    En effet, je trouve qu’après des années d’évolutions, on n’avance plus tant que cela en matière de sexualité, de mœurs.

    Ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis est alarmant, avec ces attaques politiques contre l’IVG.

    Même si les recherches permettent de concrétiser une contraception masculine viable, rien ne pourra se faire sans que les mentalités opèrent un bond en avant. Et il n’est pas sûr que cela arrive. Mais attention tout n’est pas complètement noir, il existe des initiatives oeuvrant pour changer doucement les clichés. Comme le site MenCare, un projet suisse faisant la promotion de l’homme dans son rôle de père impliqué à la maison. Les consciences ne sont pas hermétiques, mais il faut parfois beaucoup de temps. Alors ne parlons pas tout de suite d’impossible.

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