santé

    Questions des internautes sur le cancer du sein: les réponses du Dr Jallut

    A l’occasion de la conférence co-organisée par Pink Challenge, le Réseau lausannois du sein et Femina, vous avez été nombreuses à nous avoir adressé vos interrogations sur cancer du sein et activité physique. Découvrez les réponses du Dr Didier Jallut, directeur médical du Réseau Lausannois du sein et oncologue.

     

    Publié le 
    7 Novembre 2016
     par 
    Didier Jallut

    «L'une de mes amies est atteinte du cancer du sein, elle se mure dans la solitude et reste cloîtrée chez elle. J'aimerais l'aider et l'inciter à faire du sport avec moi. Comment m'y prendre pour lui montrer que cela lui fera du bien?» Florine

    Il faut absolument la convaincre de sortir, en lui expliquant que l’inactivité est médicalement dangereuse et qu’elle accentue grandement les effets secondaires des traitements, que ce soit des chimiothérapies ou de l’hormonothérapie. Nous devrions prescrire le sport, ou plutôt l’activité physique sur ordonnance, en plus des traitements ontologiques. Qu’elle en parle à son oncologue, à l’infirmière référente de son Réseau, au médecin traitant afin qu’on puisse l’aider à s’en sortir au plus vite.

    «J'ai toujours fait beaucoup de sport, mais depuis que j'ai été diagnostiquée, j'ai peur d'en faire trop et d'affecter encore davantage ma santé. Comment connaître les limites à ne pas dépasser?» Agathe

    Ecoutez votre corps et allez-y progressivement. A vrai dire, il n’y a aucune limite. Le sport n'affectera pas votre santé, à moins de le pratiquer à outrance, de manière déraisonnable. Toute activité physique sera, au contraire, totalement bénéfique en terme de santé. A pratiquer sans modération donc.

    «Après tout ce qu'on a entendu sur le dépistage, quelle doit être la fréquence des mammographies?» Béatrice

    Les bénéfices du dépistage sont clairement et scientifiquement établis. Une mammographie tous les deux ans est recommandée pour les femmes de 50 à 70 ans ne faisant pas partie d'une population à risque et ne comptant pas de cancer du sein dans leur famille proche (mère, sœur, fille). Un dépistage plus précoce peut aussi être réalisé puisque 20% des cancers du sein surviennent avant 50 ans. Ces dépistages, dits opportunistes, ne sont pas systématiquement remboursés. Toutefois, dans la plupart des cas, on en discutera avec son gynécologue. Celui-ci peut prescrire une mammographie et une échographie à visée diagnostique s’il existe le moindre doute: palpation de nodule, douleur, changement de forme, écoulement, etc. L'examen est alors remboursé, quel que soit l’âge de la patiente.

    «Pourquoi le cancer du sein est-il en augmentation?» Patricia

    Les cas de cancer du sein n'augmentent plus depuis plusieurs années. Ils sont même en légère diminution par rapport aux années deux mille, période durant laquelle une écrasante majorité de femmes étaient sous substitution hormonale, ce qui peut être un facteur de risque à long terme.

    Il existe une légère augmentation chez les femmes jeunes, probablement due à des agents chimiques, plastiques, perturbateurs endocriniens… trop nombreux pour que l’on arrive à en identifier un en particulier. Concernant les déodorants avec sels d’aluminium, il n’existe pas à ce jour d’étude scientifique sérieuse permettant de les condamner. Un faisceau d’éléments et d’arguments a cependant été observé sur des cellules in vitro et chez l’animal. Dès lors, par principe de sécurité, on peut conseiller d'utiliser d’autres moyens pour garder les aisselles fraîches.

    «De plus en plus de jeunes femmes sont touchées… pourquoi?» Vanessa

    Aux explications que l'on peut lire ci-dessus, on ajoutera la possible influence de l'environnement, du mode de vie et de la sédentarité, associés à de nombreux polluants, plastiques, perturbateurs endocriniens et pesticides.

    «Comment l’exercice physique agit-il sur les cellules cancéreuses? Et peut-on faire du sport pendant les chimios?» Louison

    Les mécanismes sont complexes. Pour l’essentiel, l’exercice va diminuer la réponse inflammatoire, calmer l’organisme, réduire le taux d’insuline et ne pas favoriser la division cellulaire de cellules cancéreuse. On peut et on devrait avoir une activité physique durant les traitements. Toutefois, et c'est naturel, certaines femmes se trouvent dans l'impossibilité de mobiliser assez de force ou d'envie. Pourtant, une activité physique adaptée durant les traitements permet de diminuer la fatigue et ce dès la première séance. De plus, l'exercice atténue souvent considérablement les effets secondaires, le moral est amélioré, le sommeil retrouvé, etc. Il est donc d'une importance capitale de sensibiliser les femmes à ce sujet.

    «Quelles sont les nouvelles avancées en matière de reconstruction mammaire?» Chloé

    Les implants sont désormais plus sûrs et les techniques plus abouties. La chirurgie de reconstruction mammaire, qui fait intervenir les lambeaux musculo-cutanés et graisseux, est mieux maîtrisée. De nouvelles techniques prennent aussi leur essor, comme le lipofilling, qui consiste à réinjecter de la graisse prélevée autour de l'abdomen ou des hanches. Il ne s'agit toutefois pas encore d'une opération de routine et elle reste limitée à des indications bien précises. Quelques années seront encore nécessaires pour avoir le recul suffisant sur l’absence de danger.

    «Malade depuis un an d'un cancer du sein, j'aimerais que mes deux filles soient soutenues psychologiquement. Que me conseillez-vous?» Estelle

    Recourez rapidement aux conseils d’un pédopsychiatre ou d’un psychologue. Votre médecin peut également vous aider, tout comme les infirmières référentes du Réseau lausannois du sein. Enfin, des associations comme Resiliam - qui vient plus spécialement à l'aide des enfants confrontés aux souffrances d'un proche - ou la Ligue contre le cancer peuvent être d'un grand soutien.

    «Lorsqu'on est malade, quel type d'activité physique apporte un maximum de bienfait? (Le yoga est-il aussi efficace que le cardio, par exemple? ou faut-il les alterner?)» Aurore

    L'alternance est clairement ce qui se fait de mieux. Toutefois, le maître mot doit rester… le plaisir! Marche, yoga, nordic walking, natation, vélo, stand up paddle… tout est bon, même le fitness, pour autant que vous en ressortiez détendue et ressourcée.

    «Combien de temps faut-il attendre pour se remettre au sport, après une opération?» Hélène

    Entre 24 heures et une ou deux semaines, selon le type d’intervention et le sport pratiqué. C’est au chirurgien de vous donner le feu vert, mais il n’y a pas de réelle contre-indication à la pratique d’une activité physique douce, progressive et adaptée.

    «Comment ne pas céder au découragement lorsqu'on se sait atteinte d'un cancer et continuer le sport pendant la maladie?» Laure

    Parlez-en aux médecins, aux infirmières, aux associations, etc. Le rôle de l’oncologue ne s'arrête pas à la décision thérapeutique et à l’administration de médicaments. A mes yeux, l'accompagnement de la patiente dans son parcours de soin, les conseils et - surtout - l'écoute, font la valeur et la richesse de cette discipline médicale.

    Par ailleurs, de nos jours, les résultats des traitements du cancer du sein sont si favorables, que l’on peut donner, dans la plupart des cas, des informations rassurantes quant à l'avenir.

    «Est-ce que je peux avoir un bébé après une chimio ou la chimio peut-elle avoir une incidence sur la santé du bébé?» Eve

    Oui, sous certaines conditions, une grossesse peut être raisonnablement envisagée après un cancer du sein. Elle n'influencera pas négativement votre diagnostic, contrairement à ce qu’on pensait il y a dix ou vingt ans.

    Le problème de la chimio durant la grossesse est un peu plus délicat. En cas de grossesse durant le premier trimestre, l’avortement est habituellement conseillé, afin de ne pas prendre de risque vital pour la mère. A partir du deuxième et du troisième trimestre, la patiente peut être traitée avec des chimiothérapies adaptées qui ne dérangent pas, ou très peu, le fœtus.
    La chirurgie suivra dans un second temps, après l’accouchement, pour autant que la tumeur ne soit pas excessivement agressive.

    «Ai-je le droit de voir plusieurs médecins avant de prendre une décision quant au traitement à suivre», Catherine

    Oui, absolument!

    Vous n’appartenez à aucun médecin et pouvez prendre plusieurs avis, même s’il n’est pas toujours bon de multiplier les consultations car cela peut avoir un effet un peu déstabilisant. Il est avant tout essentiel de vous sentir à l’aise, en confiance et écoutée. Si ce n’est pas le cas, changez de médecin. L’équipe médicale qui vous prend en charge est là pour vous accompagner, vous conseiller, vous expliquer et vous aider à suivre au mieux le traitement. Pour cela, nous avons nous aussi, besoin d’une relation de confiance mutuelle afin que cette phase de votre vie se passe le plus harmonieusement du monde.


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