santé

    Hydrothérapie ou la santé intestinale par l’eau

    L’hydrothérapie du côlon, version améliorée du traditionnel lavement, promet une détoxication en profondeur. Qu’en est- il vraiment? Qu’en dit la médecine conventionnelle? Eléments de réponse avec deux spécialistes.

    Publié le 
    26 Avril 2016
     par 
    Anne Laure Gannac

    Le matériel nécessaire est on ne peut plus simple: une table de massage et un tuyau, dont l’un des deux bouts est relié à l’eau courante filtrée. C’est tout ce dont le thérapeute a besoin pour procéder à cette hydrothérapie du côlon dont tout le monde (ou presque) parle. Il lui suffit d’introduire l’autre extrémité du tuyau dans l’intestin et d’ouvrir le robinet: durant 60 minutes, il va alterner les phases de remplissage et de vidange tout en prodiguant un massage abdominal pour plus d’efficacité et de détente. Objectif: débarrasser complètement le gros intestin de tous les déchets (selles, mucus…) et toxines qui nuiraient au bon transit mais aussi à une bonne santé générale.

    Une tradition plurimillénaire

    De plus en plus souvent proposée en cabinet privé, dans des centres de médecines parallèles et même dans des spas, la technique repose sur une vieille tradition: le lavement, déjà en vogue dans l’Egypte ancienne (via des roseaux). Dans la Grèce antique, Hippocrate la prescrivait volontiers pour éliminer les toxines. Et il suffit d’avoir lu Molière et son «Malade imaginaire» pour savoir que c’était un traitement médical de choix au XVIIe siècle. S’il n’a jamais cessé d’être pratiqué dans d’autres cultures – par exemple en Inde dans le cadre de la médecine ayurvédique – il a totalement disparu du circuit médical allopathique occidental, pour être remis à l’honneur à partir des années 1900. Des médecins non conventionnels, spécialisés dans la prise en charge des troubles gastro-intestinaux, l’ont modernisé, jusqu’à aboutir à la formule actuelle, dite de l’hydrothérapie ou irrigation. Parmi les approches holistiques qui la préconisent figure la méthode Kousmine, du nom de la thérapeute russo-suisse Catherine Kousmine, pour qui l’hygiène intestinale constitue un pilier majeur de la santé.

    Des bienfaits constatés

    Dans son cabinet à Saint-Sulpice, Micheline Gaudin propose des cures de 3 jours à raison de 2 séances par jour. Pour elle, les bienfaits sont évidents: «Chez la plupart d’entre nous, toute la nourriture absorbée n’est pas éliminée dans les 24 ou 48 heures, mais peut rester bloquée plusieurs semaines, mois, voire années. Ces déchets accumulés se décomposent et se déposent le long du côlon. Les toxines stockées se répandent ensuite dans tout le corps et peuvent agresser d’autres organes, générant de graves troubles de la santé.» D’où l’utilité, selon elle, de nettoyer en profondeur le côlon. Sophie, 37 ans, a recours deux fois par an à cette cure, au printemps et à l’automne: «Chaque fois, c’est une renaissance. Je me sens allégée, nettoyée, je digère mieux, je vais plus régulièrement à la selle, et j’ai aussi l’impression que ma peau s’éclaircit.»

    Pas de preuve scientifique

    Gastro-entérologue au CHUV de Lausanne, le Dr Michel Maillard comprend l’attrait de cette technique: «Puisque la flore intestinale joue un rôle crucial dans différentes maladies digestives et que c’est dans le côlon que se trouve l’essentiel de nos bactéries, il paraît normal de penser qu’on va pouvoir purifier cette flore en le nettoyant.» Le problème, selon ce spécialiste, c’est qu’il n’existe aucune étude scientifiquement valable montrant l’efficacité de la méthode. D’après lui, la promesse de débarrasser le côlon de déchets bloqués ne tient pas: «Certes, une partie de ce que nous mangeons n’est pas absorbée et reste dans les selles, en particulier les fibres végétales. Et, selon la qualité du transit de chacun, on peut imaginer que ces selles soient bloquées des jours, voire des semaines. Mais pas au-delà, sinon il s’agirait d’une occlusion intestinale (ou iléus) qui représente une urgence vitale.» Est-ce à dire que l’irrigation n’aiderait pas à lutter contre une constipation? «Peut-être provisoirement, mais pas à terme: la constipation est liée à une difficulté soit à contracter le côlon, soit à évacuer au niveau anal. Cela ne peut pas être résolu par une infiltration d’eau, mais par, entre autres, de la rééducation.» A le croire, les bienfaits ressentis par les adeptes sont psychologiques: «Se sentir «vidé», «nettoyé de l’intérieur», «purifié»… On peut comprendre que cela procure un sentiment de mieux-être, mais, jusqu’à preuve du contraire, c’est surtout dans la tête.»

    Les déchets, nos amis?

    Le médecin veut également rappeler que «la décomposition, la fermentation et les autres processus biochimiques qui se passent dans le côlon sont physiologiques et ne doivent pas être considérés comme une menace. Pour preuve, plusieurs auteurs parlent du microbiote intestinal comme d’un nouvel organe! En effet, cet ensemble de micro-organismes (bactéries, champignons, levures, etc.) pèse environ 2 kilos (l’équivalent du poids du foie et des deux reins), occupe un espace bien défini (le tube digestif) et remplit des fonctions importantes pour le vivant (structurelles, métaboliques et protectrices). Il faut donc plutôt le chérir que vouloir l’évacuer!»


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    Dans la tête ou dans le corps?

    Les résistances de la médecine conventionnelle face aux approches alternatives ne sont pas une nouveauté. Mais alors, à qui se fier? A soi-même, avant tout, en essayant et en constatant sur soi les effets. Mais à condition de prendre des précautions: il est crucial de s’adresser à un hydrothérapeute certifié et de s’assurer au préalable de ne pas avoir de pathologies ou de fragilités. Comme le rappelle le Dr Maillard, «il y a un risque à faire ces lavements sur un côlon souffrant d’une inflammation, d’une tumeur ou d’un autre problème, comme des diverticules (petites poches qui se développent avec l’âge).» Surtout, pour ce gastro-entérologue, il y a plus urgent: faire un dépistage du cancer du côlon. «Dès 50 ans, pratiquer une coloscopie est, de très loin, le meilleur service à rendre à son côlon.» Ce à quoi les adeptes de l’hydrothérapie répondraient qu’un bon moyen de prévenir ce cancer est encore l’irrigation.

    3 postures pour soulager les intestins

    1. Allongée, un bloc ou un coussin dur sous le sacrum (et non les vertèbres), gardez les épaules au sol, le menton éloigné de la poitrine, les jambes étirées et respirez profondément dans cette posture qui étire les psoas et libère les organes. Restez 5 minutes, les yeux fermés, en vous focalisant sur votre respiration.

    2. Le dos entièrement en contact avec le sol, gardez la jambe gauche étirée devant, et sur l’expiration pliez le genou droit, serrez-le contre votre poitrine. Restez 5 longues respirations ventrales, puis sur l’inspiration rallongez la jambe droite au sol, tendue. Faites de même avec l’autre jambe.

    3. Allongée au sol, les bras ouverts, ramenez les genoux vers la poitrine sur l’expiration, puis faites-les basculer sur le côté droit, tandis que vous tournez la tête du côté gauche. Restez 5 minutes en respirant lentement et profondément. Ensuite, sur l’inspiration, ramenez les genoux au centre, avant de les faire basculer à gauche, la tête du côté opposé. Pour ces 3 exercices, essayez de gonfler le haut du ventre (entre le nombril et la bordure de la cage thoracique) sur l’inspiration, puis de relâcher tout l’abdomen sur l’expiration.


    Illustrations: Sylvie Pinsonneaux/Comillus

     

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