santé

    La contraception? C'est non

    Quatre Romandes sur dix n’utilisent aucun contraceptif, révèle notre sondage sur la sexualité des femmes. Mais comment font-elles? Notre enquête.

    Publié le 
    22 Octobre 2017
     par 
    Fabienne Rosset

    La pilule est en baisse constante depuis 20 ans, on le sait, et le livre de la journaliste Sabrina Debusquat, («J’arrête la pilule», Ed. LLL), qui tire sur elle à boulets rouges a largement rappelé ces dernières semaines à quel point le désamour des femmes pour ce contraceptif est bien installé. Ce que révèle notre sondage sur la sexualité des Romandes, réalisé en juin 2017 auprès de plus de 1200 femmes, c’est que du préservatif au stérilet en passant par l’injection sous-cutanée, l’implant, le diaphragme ou encore l’anneau vaginal, aucune méthode – surtout si elle est hormonale – ne trouve grâce à leurs yeux. Du coup, elles sont 41% à se passer de contraceptif. En clair, quatre femmes sur dix en âge de procréer misent sur la retirette, se fient à leur ovulation ou testent d’autres options à la fiabilité relative.

    Pourquoi ce rejet?

    Paradoxalement, la psychose liée aux scandales des pilules de 3e et 4e générations et leurs effets secondaires graves en 2013 (plusieurs jeunes femmes se sont retrouvées lourdement handicapées à la suite de thromboses) ne figurent plus parmi les raisons qui poussent les femmes à abandonner complètement les contraceptifs hormonaux. Leurs motivations sont plus écolos bio.

    Le désir de revenir à des cycles plus naturels, de ne plus se bourrer de médicaments alors qu’elles ne souffrent d’aucune maladie est ainsi mentionné par environ une femme sur dix, selon un sondage Elle/Ifop réalisé en juillet 2017.

    «J’ai récemment eu le cas d’une étudiante dans la vingtaine qui me disait qu’elles étaient toute une équipe d’amies bobos bio à ne plus vouloir d’hormones, dans une optique globale d’amélioration d’hygiène de vie», raconte Martine Jacot-Guillarmod, gynécologue au Département femme-mère-enfant du CHUV. C’est auprès de telles patientes que se manifeste le plus cette impression de «s’empoisonner avec les hormones. C’est dans l’air du temps.» Un retour au naturel que constate aussi Laure de Jonckheere, conseillère en santé sexuelle à la fondation PROFA: «Certaines femmes ne veulent plus d’hormones pour préserver leur santé. D’autres revendiquent une véritable hygiène de vie en lien avec ce choix du zéro hormones. Elles y associent aussi une vision écologique en n’utilisant, par exemple, plus de tampons mais des coupes menstruelles.» Un désir de se réapproprier son corps potentiellement compatible avec une optique de développement durable. Dans certains colloques médicaux, on parle même de contraception verte.

    Les plus jeunes aussi

    En juin 2017, un rapport suisse enfonçait encore le clou, affirmant que la contraception hormonale était en baisse chez les 25-29 ans. C’est largement partagé: les Françaises ont le même ras-le-bol, dans la même tranche d’âge. OK, donc, pour celles qui sont censées être installées dans leur couple. Et les plus jeunes qui débutent leur vie sexuelle, elles en sont où? Du côté de la gynécologie de l’ado, au CHUV, Martine Jacot-Guillarmod confirme ce retour à des méthodes de contraception non hormonales: «Si c’est une évidence chez les 30-40 ans, ce qui me frappe c’est que lorsqu’elles viennent pour une première méthode contraceptive, les patientes entre 16 et 20 ans demandent aussi souvent une alternative.» Même son de cloche pour Laure de Jonckheere chez PROFA: «Les demandes pour des méthodes contraceptives non-hormonales peuvent apparaître vers l’âge de 20 ans déjà.»


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    SOS libido

    Autre cause invoquée pour expliquer l’abandon des contraceptifs hormonaux: leurs effets bénins mais pénibles au quotidien, principalement la prise de poids ou la baisse de la libido. Plus une autre préoccupation, infondée, comme le raconte la Dre Martine Jacot-Guillarmod: «Une crainte revient très fréquemment chez les toutes jeunes, c’est de risquer de devenir stérile en prenant trop longtemps la pilule… ce qui est de l’ordre de la légende urbaine.» Pour les 25-40 ans, c’est clairement une libido en berne qui pousse à tester des options alternatives. «Après mes deux enfants, j’ai opté pour l’anneau contraceptif hormonal, confie Marie, Nyonnaise de 44 ans, Au début c’était le top. Mais au bout de trois mois, j’avais la libido dans les chaussettes. Avec mon mari, on en rigolait car, du coup, c’est un moyen de contraception super-efficace: on n’a plus du tout de rapports sexuels!» Qui dit diminution des sécrétions de testostérone, dit moins de désir, moins de lubrification et moins d’orgasme. C.Q.F.D. «Je me souviens que lorsque j’en ai parlé à mon gynécologue, il m’a simplement conseillé d’utiliser un lubrifiant. Et m’a dit de me forcer un peu, témoigne Juliette, Lausannoise de 40 ans. Quand je lui ai demandé si cela pouvait venir de mon contraceptif, il a botté en touche.» Forte des plus de trois mille témoignages qu’elle a recueillis dans son livre-pamphlet, Sabrina Debusquat insiste sur le pouvoir libérateur de l’arrêt des hormones - et surtout de la pilule qu’elle qualifie de «camisole chimique au désir sexuel», en avançant que 71% des femmes y ayant renoncé ont une libido plus forte.

    Alors, on arrête tout?  Il y a de quoi frémir et se faire des flips layette-tétées tous les 28 jours quand on se penche sur les taux d’échec des méthodes naturelles: 22% pour le retrait… quand même.

    Bref, ceinture? Pas forcément. Entre les hormones ou l’abstinence, existe un monde de méthodes contraceptives à explorer. Il y a celles qui balancent tout pour gérer leurs cycles via des applications sur leur smartphone. Signe des temps, ce sont surtout les plus jeunes qui tentent l’expérience 2.0. Qui n’a de technologique que le calendrier: comme à l’époque, il s’agit d’inscrire la date de ses règles. Le reste relevant de la gestion personnelle des périodes d’ovulation estimées, car la plupart des applications n’incluent pas de relevé de température par exemple. Des limites évidentes et une fiabilité très médiocre donc, puisque toutes les femmes n’ovulent pas de façon métronimique tous les 28 jours. Ça serait trop beau.


    © Getty

    Alléger la charge contraceptive

    Minoritaire mais proposée depuis peu à l’Unité de santé sexuelle et planning familial des HUG, la symptothermie connaît quelques adeptes. En gros, c’est un examen plusieurs jours par mois de la température, de la glaire cervicale et éventuellement de la position du col de l’utérus qui permettent de savoir quand la femme ovule et de déterminer quand elle est fertile ou pas. Une méthode très exigeante qui n’est de loin pas en plein boom, mais qui s’envisage comme option chez les plus âgées – quand on se penche sur son taux d’échec, elle fait envie: 0.4% seulement, selon l’OMS. «On ne peut pas la recommander à toutes les femmes. Elle s’adresse à celles qui sont motivées par la démarche, qui sont dans une situation de vie favorable à une auto-observation avec la constance qu’elle requiert et un partenaire impliqué», explique Angela Walder-Lamas, conseillère et sage-femme de l’Unité, formée à la méthode SymptoTerm. Ce procédé est également prôné et utilisé par la journaliste Sabrina Debusquat. Pour elle, la méthode «est aussi efficace que la pilule» (0,3% de taux d’échec pour la pilule contre 0,4% pour la méthode SymptoTerm), et c’est une bonne manière de «partager la charge contraceptive» au sein d’un couple.

    Trouver un moyen de contraception aussi efficace que la pilule sans ses effets secondaires, pas si simple donc.

    De plus en plus plébiscité et dédiabolisé, le stérilet en cuivre sans hormones est en augmentation pour celles que les règles abondantes ne rebutent pas. «Maintenant, il est même proposé aux nullipares, ce qui est un grand pas en avant par rapport à il y a dix ans. Le DIU [ndlr: dispositif intra-utérin] en cuivre, utilisé comme contraception d’urgence, est plus sûr que la pilule d’urgence», explique Lorenza Bettoli Musy, de l’unité de santé sexuelle des HUG.

    Et la vasectomie alors?

    Mais pour celles dont le rejet des hormones s’accompagne d’un refus de placer un corps étranger dans leur utérus, les choix se limitent encore et toujours à la surveillance du cycle ou au combo retrait-préservatif. Si le latex est largement plébiscité et utilisé chez les plus jeunes pour se protéger des grossesses non désirées et des maladies sexuellement transmissibles, les mâles helvètes ne seraient que 30% à l’utiliser. Un nombre qui décroît avec l’âge de ces messieurs. Soit ils n’ont plus l’habitude de l’utiliser – ou ne l’ont jamais prise –, soit ils prétextent une perte de sensation pour le laisser sur la table de nuit. Quant à la vasectomie, histoire d’inverser le fardeau de la contraception, ils ne sont que 6% à la choisir chaque année, selon les dernières statistiques de l’OFS. Pas de recette miracle donc, mais une nouvelle manière d’envisager et de répartir cette fameuse charge contraceptive avec en guise de carotte un gros boost de libido. Du win-win pour les partenaires de jeu, en somme.

    «J’arrête la pilule», par Sabrina Debusquat, paru aux éditions Les Liens qui Libèrent.

     

     

     

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