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    «Je prends de bonnes résolutions que je ne tiens jamais»

    Se mettre au régime, arrêter de fumer, faire du sport: c’est le mantra habituel après les fêtes, ces vœux, souvent pieux, révèlent surtout un désir de changer son image.

    Publié le 
    9 Janvier 2018
     par 
    Aurore Aimelet

    Chargé de projets, Antoine, 34 ans, raconte. «A chaque réveillon, je prends l’engagement de travailler moins. Sauf que ça ne dure jamais au-delà du mois de février. Pourquoi m’entêter à prendre une bonne résolution que je ne tiens pas? C’est absurde…» Loin de là! D’abord, changer nous est familier.

    «D’un point de vue culturel, physiologique et psychique, le désir de changement nous habite totalement, explique le psychanalyste et psychothérapeute Pascal Neveu, auteur de Revivre même quand on est terrassé, paru aux Editions Solar. Notre patrimoine génétique nous invite à nous adapter continuellement.»

    L’individu est en effet constante construction, au gré de ses interactions avec son environnement et son entourage. Freud écrivait d’ailleurs: «Là où le ça est, le moi doit advenir.» Rien de plus normal, dès lors, que de s’enthousiasmer à l’idée d’évoluer. Mais pourquoi est-ce si temporaire?

    «Nous ne prenons ces bonnes résolutions qu’à certaines dates symboliques, remarque Pascal Neveu. En janvier, à l’approche des vacances ou à la rentrée de septembre. Ce sont des rites de passage qui, culturellement, nous invitent à aller d’un état à un autre: nous sommes appelés à tourner une page pour nous perfectionner.»

    Ces périodes charnières frôlent l’injonction: il est l’heure de faire le bilan et de modifier ce qui ne va pas! L’illusion du contrôle Ah, devenir soi en mieux! «Nous nous sommes tous forgés une représentation idéale de nous-mêmes», rappelle la psychologue et psychothérapeute Isabelle Filliozat, qui a sorti Le petit cahier d’exercices pour se relever d’un échec, aux Editions Jouvence.

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    L’illusion du contrôle

    Ce vœu pieux du réveillon est «une façon de corriger notre image, et de faire correspondre idéal et réalité». Nous cherchons à réduire le décalage, contrariant et frustrant, entre celui que nous aspirons à être et celui que nous sommes, histoire de gagner en confiance et de favoriser notre estime de soi, malgré une fragilité narcissique. «Sur le moment, je crois qu’une simple décision prise un soir de fête suffira à pallier mes lacunes, mes manques», avoue Antoine. Pleins d’espoir, nous retrouvons une forme de cohérence.

    Sauf que… «Nous nous laissons bercer par l’illusion du contrôle, poursuit la psychologue. Nous croyons récupérer un libre arbitre, de la maîtrise, voire de la puissance. C’est très sécurisant. Mais c’est un fantasme.» Comme celui de l’enfant qui s’imagine, un temps, tout-puissant, avant d’intégrer le principe de réalité. Une réalité qui rattrape Antoine après sa promesse solennelle: «Je n’y arrive pas et je remets à l’année prochaine!» «Notre société a perdu la notion de persévérance, déplore Pascal Neveu. Nous nous décourageons à la moindre entorse au défi que nous voulions relever.» Alors que si nous nous accrochions, nous pourrions renoncer un peu plus tard dans l’année, quand nous rencontrons une vraie difficulté.

    Bonnes résolutions: et si on passait à l'acte?

    Que faire? 

    Revenez dans le réel  
    «Il convient de sortir du fantasme et de revenir à une forme de réalité, de distinguer ce qui est de l’ordre du possible et du rêve, souvent dicté par l’autre, la mode ou un sentiment d’insécurité», suggère la psychologue et psychothérapeute Isabelle Filliozat. Interrogez-vous: pourquoi prenez-vous ces bonnes résolutions? Tâchez de comprendre vos résistances, ce qui fait que vous ne vous êtes pas engagée dans ce processus pendant l’année écoulée.

    Faites-vous plaisir
    «Pour qu’une bonne résolution tienne, elle doit faire plaisir, indique Pascal Neveu, psychanalyste et psychothérapeute. La décision doit avoir des répercussions positives sur soi-même.» Il ne peut pas y avoir de motivation sans activation du système de récompense. Avant de vous lancer un défi, demandez-vous si, en le relevant, vous serez heureux.

    Agissez en douceur
    Pour dépasser le stade de la simple décision, il faut agir. «Et s’engager, en fonction de son désir comme de ses capacités et de ses possibilités», précise Isabelle Filliozat. Il n’est pas raisonnable de prendre un abonnement annuel dans un club de gym si vous n’aimez pas le sport. «Fixez-vous de petits objectifs: les atteindre favorisera votre confiance, vous garderez le cap sans baisser les bras», conseille Pascal Neveu. En mettant la barre trop haut, on risque la frustration. Et l’abandon.

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    Ma solution

    Mélanie, 37 ans, restauratrice

    «Au lieu de prendre de bonnes résolutions, je profite de ces grands moments de l’année pour faire un bilan personnel. Ce que je vis correspond-il à ce que je suis? Est-ce que quelque chose me manque ou, au contraire, me pèse? Et, si oui, comment y remédier? J’essaie aussi de prendre de la distance avec ce que je crois désirer – et qui m’est en réalité dicté par l’extérieur – pour privilégier ce dont j’ai vraiment besoin. Ce rendez-vous avec moi-même me permet de changer de cap sans succomber aux décisions sans lendemain.»

    Rubrique réalisée en partenariat avec Psychologies Magazine, dont le numéro 381 est disponible en kiosque. A consulter aussi sur psychologies.com.

     

     

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