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    Les femmes sont pour moi des rivales

    L‘entourage peut être ressenti comme une menace quand on se met à douter de sa valeur. Explications et solutions.

    Publié le 
    2 Mai 2017
     par 
    Aurore Aimelet

    Magalie, 36 ans, est consultante dans un grand cabinet. «Entre collaboratrices, on ne se fait pas de cadeaux! Avec ma supérieure, c’est pire: elle pense que je veux son poste. La rivalité féminine, ce n’est pas un mythe.» Qu’en est-il vraiment? Le beau sexe serait-il belliqueux? Les psychologues Christophe Deval et Sylvie Bernard-Curie – auteurs de «Simplifiez vos relations avec les autres» (InterEditions) – observent que «la société attend des femmes de la bienveillance et de la douceur. Dès que leur comportement est affirmé, voire combatif, il est considéré comme dysfonctionnel. Mais il n’y a pas plus de rivalité féminine que masculine.» Pour aller au-delà des préjugés, tâchons de comprendre ce qui se joue derrière les oppositions.

    Je doute de ma valeur

    «Je suis mal à l’aise avec les femmes», continue Magalie. Pour Laurie Hawkes, psychopraticienne, auteure de «L’art de penser dans un monde distrait et violent» (Ed. Odile Jacob), cet aveu révèle une insécurité: «Une femme qui n’est pas sûre de sa valeur se sent menacée face à une autre semblant posséder des qualités qu’elle n’a pas.» Parmi les mécanismes de défense pour conserver son rôle, son identité, il y a la fuite, le repli sur soi, mais aussi la lutte. La finalité? «Nous cherchons la reconnaissance et la valorisation de nos propres qualités quand celles des autres, réelles ou imaginées, nous fragilisent», explique le psychanalyste Saverio Tomasella, auteur du «Syndrome de Calimero» (Ed. Albin Michel).

    J’ai besoin de dominer

    «Pourquoi je leur en veux plus à elles qu’aux hommes?» s’interroge Magalie. «Nous nous mettons plus facilement en rivalité avec ceux qui nous ressemblent», indiquent Christophe Deval et Sylvie Bernard-Curie. Saverio Tomasella poursuit: «Certaines rivalités révèlent une volonté de domination. Nous voulons faire disparaître celle qui nous ferait de l’ombre.» Une attitude très présente dans les contes de fées, «Blanche-Neige», «Cendrillon», que les filles intègrent très tôt.

    Magalie confesse aussi «vivre cette rivalité depuis l’enfance avec sa mère». «La relation avec la mère, puis avec les figures maternelles de l’enfance, comme les institutrices, semble être fondatrice, admet Saverio Tomasella. Freud pose la maman comme la rivale fondamentale de sa fille, qui cherche à plaire au père. Pour Lacan, elle la «ravage» en l’empêchant de devenir femme à l’adolescence.» Mais là encore, il faut éviter de tomber dans les préjugés. Car Laurie Hawkes le constate: «Beaucoup cherchent la bienveillance féminine dont elles n’ont pas bénéficié dans cette première relation.»

    Sophie, 43 ans, restauratrice «J’ai découvert les femmes à 40 ans. Avant, j’avais délibérément choisi de mieux m’entendre avec les hommes. Il y a trois ans, je me suis séparée du père de mes deux filles, ce sont les femmes de mon entourage qui m’ont permis de passer le cap: ma sœur m’a hébergée un moment, mes serveuses ont pris en main le restaurant, les mamans de l’école m’ont dépannée mille fois, mes amies m’ont écoutée, comprise, coachée, même. C’est grâce aux femmes que j’ai remonté la pente. Et je les en remercie.»

    Que faire?

    Sortez de la comparaison Pour le psychanalyste Saverio Tomasella, il s’agit de se libérer de la tendance à se comparer aux autres. «La rivalité est le fruit d’une dérive imaginaire, qui induit une erreur d’appréciation de la réalité. Plutôt que de focaliser sur les qualités des autres, faites la liste des vôtres!»

    Interrogez-vous Les psychologues Christophe Deval et Sylvie Bernard-Curie suggèrent de prendre du recul. «Qu’est-ce qui se joue entre elle et moi? Dans quel contexte? Suis-je en désaccord ou en opposition? Ensuite, demandez-vous ce que vous voulez vraiment et quel est le meilleur moyen de l’obtenir? Souvent, on a plus besoin de collaboration et de soutien que de rivalité.»

    Faites le pari de la confiance La psychopraticienne Laurie Hawkes propose de «présumer que les autres femmes sont des alliées. Au pire, vous vous trompez, et il n’y a rien d’humiliant à avoir été trop confiante. N’hésitez donc pas à vous montrer franche avec les autres, à échanger sur la vie, la famille, les questions importantes».

    A lire «Bien avec soi-même, bien avec les autres», de Béatrice Millêtre, Ed. Payot, coll. Petite Bibliothèque. Psychothérapeute et docteur en psychologie, l’auteure décortique l’affirmation de soi. Manque de confiance, réactions trop agressives? Une aide intéressante pour trouver la bonne distance avec les autres.

     

    Rubrique réalisée en partenariat
    avec «Psychologies Magazine»
    dont le numéro 372
    est disponible en kiosque.
    A consulter aussi sur psychologies.com

     


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