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    Comment devenir meilleur négociateur que ses enfants?

    Père de quatre enfants et négociateur professionnel, Laurent Combalbert partage son savoir-faire dans un livre à mettre entre les mains de tous les parents. Ou comment appliquer les théories d’un pro à sa famille pour mieux gérer ou contre-argumenter.

    Publié le 
    13 Août 2018
     par 
    Fabienne Rosset

    Les 5 clés du bon négociateur en famille

    - Accepter l’émotion liée à la négociation avec les enfants

    - Être empathique sans être sympathique

    - Définir le négociable et le non-négociable

    - Ne jamais revenir sur le jamais-négociable

    - Travailler en équipe avec l’autre parent ou les autres parents en cas de famille recomposée

     

    FEMINA Diplômé de la National Academy du FBI, officier négociateur au sein du RAID et maintenant conseiller en entreprise pour gestion de crise, vous êtes un négociateur professionnel et pourtant, en tant que parent, vous reconnaissez la complexité de la négociation avec ses propres enfants. En quoi est-ce si complexe?
    Laurent Combalbert La négociation est en soi une pratique complexe, du fait de la présence de l’incertitude liée aux facteurs humains. Avec nos enfants se rajoute un affect très fort, puisque nous éprouvons des émotions exacerbées avec eux et l’excès d’engagement émotionnel peut parfois brouiller notre objectivité.

    Quelles règles professionnelles appliquez-vous à la famille en matière de négociation?
    La première règle, c’est d’être empathique sans être sympathique. L’empathie, em-pathos, c’est percevoir et accepter l’émotion de l’autre sans la ressentir nous-même. La sympathie, sym-pathos, c’est partager l’émotion de l’autre, c’est-à-dire la ressentir nous-même. En partageant l’émotion de nos enfants nous ne sommes plus réellement objectifs: nous sommes tristes quand ils sont tristes, ou en colère quand ils le sont aussi.

    En tant que négociateurs professionnels, nous devons être empathiques et non sympathiques pour être efficace. Avec nos enfants, il faudrait faire la même chose.

    La seconde règle, c’est de définir dès le début le négociable et le non-négociable. Le négociable, c’est ce que l’on peut discuter: le moment pour faire les devoirs, le moment pour se laver les dents… Le non-négociable, c’est ce qui n’est pas discutable: le fait de faire ses devoirs ou le fait de se laver les dents n’est pas négociable.

    Il y a aussi des sujets qui ne sont jamais-négociable: la politesse, la sécurité, le respect des règles de vie en société…

    Avez-vous un exemple concret à nous donner de négociation professionnelle qui puisse s’appliquer à la famille?
    Quand un enfant refuse de faire ses devoirs, on peut lui laisser l’alternative du moment de faire ses devoirs, mais pas la possibilité de faire ou ne pas faire ses devoirs: «Tu dois faire tes devoirs. Mais tu préfères les faire avant d’avoir joué dans le jardin ou après?»

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    Vous encouragez les parents à devenir meilleurs négociateur que leurs enfants… pourquoi?
    La négociation devrait être enseignée dans les écoles, car si tout le monde savait négocier efficacement, les situations de conflits seraient transformées en situation de création de valeur ajoutée, car le désaccord exprimé, quand il est bien utilisé, est un facteur de créativité.

    Nous avons créé ADN Kids pour former gratuitement les enfants dans les écoles pour lutter contre la violence et le harcèlement. Le programme est d’ailleurs déployé en Suisse depuis début 2018 (adn-kids.com)

    Les enfants sont meilleurs en la matière ou c’est juste parce qu’ils négocient sur tout?
    Les enfants ne sont pas meilleurs négociateurs que leurs parents, ils osent juste tout négocier. Ils testent, voient ce qui est possible d’obtenir, et ne s’arrêtent pas tant qu’on ne leur a pas dit «stop». D’où l’importance de connaître le «non-négociable» et le «jamais-négociable»

    Comment négocier sans perdre son autorité?
    Pour négocier, il faut avoir de l’autorité, sinon l’autre vous impose son point de vue et n’a pas besoin de négocier avec vous. L’autorité peut être celle de dire «oui» ou «non», par exemple, comme c’est le cas avec les enfants.

    Négocier ne veut donc pas dire perdre son autorité, nous le voyons d’ailleurs dans le métier des négociateurs de police, qui résolvent plus de 85% des situations de crise sans pour autant perdre de leur autorité.

    Difficile de négocier quand l’enfant dit «non» à tout… quelle solution?
    Quand l’enfant dit «non» à tout, ce n’est pas de la négociation, c’est du rapport de force.

    À partir de là, on ne négocie pas, on impose, jusqu’à ce que l’enfant comprenne qu’il n’a pas l’autorité et qu’il a donc plus à perdre en disant «non» tout le temps qu’en acceptant de dire «oui» parfois.

    Et face à un ado en phase d’opposition?
    Les adolescents sont en phase d’opposition avec l’autorité parentale. Ils se construisent «contre» quelque chose. Il faut discuter ouvertement avec eux sur le fait qu’ils peuvent discuter et débattre sur certains sujets et leur laisser la possibilité de décider eux-mêmes sur certaines choses (comment s’habiller le matin par exemple) mais que sur d’autres, ce sont leurs parents qui décident (l’heure de rentrer samedi soir par exemple).

    La discussion ouverte et empathique est plutôt un bon outil avec un adolescent. Et s’il s’enferme dans le «non», on arrête la discussion et donc la négociation.

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    La communication, c’est la clé?
    La communication organisée, préparée et empathique est une des clés de la négociation avec les enfants.

    Quelle a été la négociation familiale qui a été la plus compliquée pour vous avec vos quatre enfants?
    Toutes les négociations du quotidien sont les plus compliquées. Mes enfants sont redoutables, ils s’entendent très bien pour se donner mutuellement des conseils pour essayer d’obtenir ce qu’ils souhaitent. Heureusement, je suis un négociateur professionnel…

    À lire «Devenez meilleur négociateur que vos enfants!» Laurent Combalbert, Ed. ESF, collection «Mieux se connaître» (réédition disponible dès le 13 septembre)

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