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    «Silencieuse(s)», la touchante BD qui dénonce le harcèlement de rue

    Lorsque Salome Joly, jeune étudiante genevoise, prenait la décision de baser son travail de maturité sur le thème du harcèlement de rue, elle ne s'attendait pas à ce que celui-ci se transforme en bande dessinée: sous le virtuôse crayon et les teintes gris-roses de l'illustratrice Sibylline Meynet, les témoignages de femmes ordinaires prennent vie, dans une importante tentative de dénormaliser un phénomène bien trop courant. 

    Publié le 
    10 Mai 2017
     par 
    Ellen De Meester

    Ces filles, ce sont «Anaïs, Mahé, Zoé, Julie», et elles sont «la copine, la fille, la soeur, la petite amie»... Elles sont exactement comme nous. Hélées dans la rue, insultées pour avoir osé sortir en talons, qualifiées de propos misogynes par des inconnus, elles balaient ces incidents comme des banalités, tant ils ont été intégrés comme «normaux».

    Elles sont les héroïnes de la bande dessinée «Silencieuse(s)», créée par la jeune illustratrice française Sibylline Meynet, et basée sur un travail de maturité rendu par l'étudiante genevoise Salomé Joly. Nous y retrouvons, dans des teintes roses et grises qui adoucissent la violence du propos, des anecdotes quotidiennes, des témoignages de femmes ordinaires confrontées au harcèlement de rue, un phénomène qui devrait justement cesser d'être banalisé. 

    Aujourd'hui âgée de 21 ans et en seconde année de droit à l'Université de Genève, Salomé Joly raconte les premières esquisses de ce projet:

    «Au moment de réfléchir au sujet de mon travail de maturité, je commençais justement à m’intéresser au mouvement féministe, principalement à Genève, se souvient-elle. Le harcèlement de rue est une thématique à laquelle j’étais confrontée de plus en plus souvent, mais dont je n’entendais pas vraiment parler. Cependant, dès qu’on commence à en parler avec d’autres femmes, on réalise à quel point c’est important. Comme cela me touche aussi personnellement, j’avais en tête, par ce travail, de changer les choses.»

     

    De journal intime fictif à bande dessinée

    «Pour commencer, j’ai réalisé un questionnaire de 19 questions que j’ai distribué à mes amies, explique Salomé Joly. Afin d’obtenir davantage de témoignages, je l’ai également partagé sur les réseaux sociaux. Il a été très compliqué d’isoler des actes et des anecdotes en particulier, car on ne s’en rappelle pas forcément: le harcèlement de rue est devenu si ordinaire dans le quotidien... J’avais envie de le dénormaliser la chose.»

    Une fois les questionnaires remplis et le propos formulé, Salomé s'est lancée dans l'écriture d'un journal intime fictif, façon de narrativiser les informations récoltées. De fil en aiguille, ce travail de maturité tout particulier a attiré l’attention d’un éditeur, qui a proposé à la jeune femme d’adapter son texte à une bande dessinée. Ayant travaillé avec le célèbre bédéiste Suisse Derib, l'éditeur souhaitait créer un ouvrage du même ordre que «Jo», une poignante bande-dessinée publiée en 1991 et destinée à sensibiliser le public au virus du Sida. Ici, le but serait de permettre aux victimes du harcèlement sexuel en public d'élever la voix, afin que leur mal-être soit pris au sérieux.


    © Editions PerspectivesArt9

    «Le dessin est en effet plus accessible et plus facile à consommer qu’un livre entièrement écrit, souligne Salomé. La dessinatrice, Sibylline Meynet, a été contactée pour réaliser le projet. Ayant environ le même âge que moi, elle se sentait tout aussi touchée par la problématique de l’ouvrage.»

    Pari réussi: le résultat de cette collaboration est à même de troubler n’importe laquelle d’entre nous. Nous vous conseillons vivement cette lecture indispensable et applaudissons ce beau projet dont nous avions cruellement besoin!


    © Editions PerspectivesArt9

    «Silencieuse(s)», par Sibylline Meynet et Salomé Joly (140 pages couleurs)
    Editions PerspectivesArt9
    19 fr. 50 
    Parution le 1er juin 2017


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