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    Pourquoi les gens heureux ont (toujours) un plan B

    Grâce au livre, «Les gens heureux ont toujours un plan B» (éd. Larousse) signé Laurence Bourgeois, on apprend avec optimisme à anticiper les aléas du quotidien. Et si c’était ça, la recette du bonheur?

    Publié le 
    20 Septembre 2018
     par 
    Juliane Monnin

    Au départ, c’est l’histoire d’un rêve. Passionnée de littérature, Laurence Bourgeois se lance, 18 mois durant, dans la rédaction d’un roman. Le hic? En France, seul un manuscrit sur 6000 reçoit une réponse favorable. Les lettres de refus s’accumulent et l’auteure frôle la dépression. Devant sa détresse, un ami lui balance: «C’est quoi ton plan B?» La question résonne en elle: après mûre réflexion, elle recommence à zéro et décide de rédiger un ouvrage de développement personnel, un projet d’écriture «plus dans ses cordes».

    Quelques mois plus tard, son ouvrage, «Les gens heureux ont toujours un plan B», voit le jour. Grâce à cette alternative salutaire, l’écrivaine est parvenue à sortir d’une situation de blocage. Le parfait exemple de la philosophie plan B, qu’elle détaille avec pédagogie et esprit pratique dans son livre. Car aujourd’hui, «force est de constater qu’on ne peut pas tout prévoir», nous souffle l’auteure.

    Pour commencer, oubliez la connotation négative du plan B. Laurence Bourgeois évoque plutôt un état d’esprit optimiste, qui «permet de profiter du moment présent». Pour elle, cette philosophie évite de s’engluer dans une situation qui ne nous correspond pas (ou plus) et peut nous aider à anticiper les petites embûches du quotidien.

    Françoise Jermann, psychologue spécialiste en psychothérapie FSP aux HUG, relève d’ailleurs que le plan B permettrait «de rester ouvert à d’autres possibilités et d’être plus tolérant à l’incertitude».

    Il ne s’agit toutefois pas de tomber dans une forme d’anticipation anxieuse. Ainsi que le rappelle Laurence Bourgeois, tout est dans le dosage: «Le but n’est pas de cultiver un excès de précaution, mais d’utiliser le plan B à bon escient.»

    Préparer ses arrières

    Pour Fabienne Broucaret, fondatrice du web-zine du bien-être au travail My Happy Job, il va sans dire que les solutions alternatives contribuent à notre bonheur, notamment dans le domaine professionnel.

    «C’est une manière d’entretenir son optimisme et son enthousiasme en envisageant ce qu’on ferait de positif en cas d’échec. Cela peut aussi éviter de s’agripper à un poste qui ne nous convient plus ou nous fait subir une pression trop forte.»

    Une issue de secours qui ne doit pas être «un projet par défaut», précise-t-elle. Son conseil? Explorer nos passions et continuer à apprendre tout au long de la vie. Ouvrir le champ des possibles permettrait ainsi de dessiner plus facilement les contours de nos options.

    Le plan B peut également constituer une béquille solide pour les familles. Isabelle Gattlen, consultante en parentalité et formatrice en éducation positive, nous éclaire:«A trop se focaliser sur le plan A, les parents risquent de tomber de plus haut, le jour où un souci surgit.»

    Elle ajoute: «En consultation, je les incite à connaître leur plan B, surtout lorsqu’ils rencontrent des problèmes récurrents, comme la crise du matin avec les enfants au moment du départ.» Toutefois, dans les faits, comment tirer le maximum de ce concentré d’antistress et de bien-être au quotidien?

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    Du courage et de la volonté

    D’abord, plaide Laurence Bourgeois, il s’agit de prendre le taureau par les cornes. Exemple typique: se sentir au bout du rouleau et avoir envie de lâcher une activité que l’on pratique depuis dix ans. Oui, il y a des risques à quitter la routine, mais ce plan B pourrait bien s’avérer être la meilleure chose qui nous soit arrivée! Attention, avertit toutefois l’auteure, «il est préférable d’avoir une alternative, mais il faut la tester dans le temps, se faire confiance et se dire qu’après tout, si ça ne marche pas, ce n’est pas si grave».

    Fabienne Broucaret avertit tout de même: «Ça ne doit pas être un prétexte pour baisser les bras trop facilement.»

    Par ailleurs, Laurence Bourgeois aime rappeler qu’«en la matière, il vaut mieux être seul que mal accompagné».

    Autrement dit, n’écouter que soi, c’est aussi s’affirmer, reprendre la maîtrise sur les choses et éviter d’être déstabilisé.

    Elle s’explique: «En parlant trop rapidement à son entourage d’un projet avant qu’il soit complètement construit, on risque de tuer dans l’œuf nos ambitions.» Nos proches ont, en général, un jugement, une crainte par rapport à notre échec et cela peut s’avérer paralysant. Ainsi, celui qui voudrait tout plaquer pour partir un an faire un trek et méditer avec des moines dans un monastère aurait probablement droit à des Tu es fou! tant cet objectif contrarie la norme.

    Réinventer sans tout changer

    Cela ne doit pas nous empêcher de nous poser les bonnes questions, estime toutefois Laurence Bourgeois: «Dans un monde professionnel en perpétuel changement, on a sans cesse besoin de rajouter des cordes à son arc, de se réinventer, de changer de cap.» Si le travail nous demande de nouvelles compétences, on s’interroge sur des solutions de remplacement: par exemple, quelles formations puis-je entreprendre?

    Françoise Jermann préconiserait même de «ne pas rester fixé sur une option, mais plutôt d’envisager plusieurs possibilités». Cette politique d’anticipation s’applique également à nos petites embûches du quotidien, d’un magasin fermé à un dîner loupé. Toujours penser un coup d’avance et, surtout, ne pas nourrir d’ambitions exagérées. Face à des exigences grandissantes, «on a tendance à placer la barre toujours plus haut, ce qui augmente le risque d’échec», analyse l’auteure.

    Pour elle, le plan B «permet de découper notre ambition – et notre objectif final – en petits morceaux atteignables». Le plus difficile? Admettre le blocage et bifurquer sur une autre idée.

    Dans le même esprit, il s’agit de changer de cap sans tout plaquer, «Le plan B est un optimisme fondé», rappelle Isabelle Gattlen. «Ce n’est pas forcément un virage à 360 degrés», ajoute Laurence Bourgeois. Ça peut être un «état d’esprit» ou une série de «petits pas de côté», pour améliorer les choses.

    Prenons l’exemple de la carrière de la fondatrice du webzine My Happy Job:

    «J’ai alterné les périodes au sein de rédactions et les périodes en freelance. Quand j’intégrais un nouveau média, cela me rassurait de me dire que la vie de pigiste me plaisait aussi. Cela me permettait d’envisager la prise de fonction de manière plus sereine et ensuite de ne pas rester au sein d’une organisation si je ne m’y épanouissais plus.»

    Il existe par ailleurs un autre domaine qui ne nécessite pas de revirement extrême, celui des turbulences au sein du couple: «Quand ça ne va pas, on a tendance à vouloir tout bazarder, tout plaquer, alors que parfois, un peu de communication permet de faire repartir la relation pour de bon. Ça peut être aussi ça un plan B», souligne l’auteure. Autrement dit, en ce mois de septembre, ne plaquez pas votre amour d’été!

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    Vos témoignages

    «Mon plan B, c’est mon mari», Isaline, 37 ans, maman de 4 enfants et blogueuse
    «Quand j’avais deux enfants, tout était programmé. Depuis que j’en  ai quatre, j’ai appris à vivre au jour le jour. Il fait beau? Je suis capable de tout laisser en plan à la maison pour profiter avec la famille de  l’extérieur. Pour tout ce qui est du ressort de la routine quotidienne, je suis bien sûr obligée d’avoir une organisation qui tient plus ou moins la route et des solutions – des roues de secours – si je rencontre des problèmes, sachant que souvent, mon plan B, c’est mon mari!

    Et inversement, je suis son plan B, on compte l’un sur l’autre. Mais sinon, je me considère comme 80% carpe diem et 20% plan B. Enfants malades, impératifs qui tombent… j’ai appris à lâcher prise car je dois très souvent réaménager le programme de toute la famille et le mien. J’ai en tête une journée catastrophe qui avait commencé par un blocage dans un ascenseur à l’heure d’emmener les enfants  à l’école, une voiture avec la batterie à plat (pour ne vous citer que ces deux points), ce jour-là, mon plan B, c’était mes copines.

    Tout aussi idéal quand, comme moi, on n’a pas de famille à proximité sur laquelle on peut compter de manière régulière.»

    «Ma vie actuelle est mon plan B», Lucie, 40 ans, directrice artistique
    «A la fin de mes études de graphisme, je me suis retrouvée à travailler comme indépendante sans l’avoir vraiment décidé. Après, ça m’a plu, mais ce job n’était pas des plus faciles en sortant des études et en n’ayant que très peu de connexions. Sans compter que les commandes ne tombaient pas souvent. J’ai dû abandonner l’idée d’être indépendante. Mon plan B était de travailler en entreprise.

    Sept ans plus tard, je suis toujours employée. De cette expérience, j’ai toujours pensé qu’il ne fallait pas mettre toutes ses capacités – ou tous ses œufs – dans le même panier.

    Ma vie actuelle est mon plan B, qui est devenu mon plan A, et je vis bien avec ça. Mais je reste souple, je pourrais aisément revenir à mon objectif initial qui était d’être indépendante si l’avenir en décidait ainsi. Je pourrais même activer mes réseaux pour faire tout autre chose. Je ne sens pas la nécessité d’envisager un job en rapport avec ma formation universitaire.

    Cette attitude me permet d’éviter de me sentir baladée par les aléas professionnels, une sorte de maîtrise du futur sereine et sécurisante.»

    «Etudiante, j’avais toujours un plan B», Marion, 25 ans, comptable
    «Quand j’étais étudiante, très angoissée, j’avais toujours un plan B. Par exemple, au moment de passer mes examens, je savais exactement ce que je ferais si jamais j’en loupais un: c’est un peu comme si je m’attendais à rater. Je pense que ce réflexe venait d’une phrase que mon ancienne prof de maths répétait sans cesse: Les vrais gagnants savent comment réagir lorsqu’ils perdent. Au final, je me préparais si bien que je n’ai quasi jamais eu recours à l’un de mes plans B, C, D ou E (parfois, j’allais jusqu’à Z)! Aujourd’hui, je ne parviens plus à tout prévoir de cette façon.

    Je préfère me consacrer à fond à mon plan A, en réfléchissant bien sûr à d‘autres possibilités lorsque je le sens menacé. Je pense qu’il serait peut-être rassurant d’avoir des plans de rattrapage déjà tout faits, mais je ne sais pas si cette idée ne me stresserait pas davantage. N’est-elle pas contraire à la fameuse loi de l’attraction? Mon tempérament  angoissé est aux prises avec mon optimisme, mais je pense que sur ce point-là, pour une fois, c’est mon optimisme qui l’emporte. Je le regretterai peut-être un jour, mais au moins, je ne regretterai jamais d’avoir fait de mon mieux.»

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