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    Bienvenue dans le monde compliqué du cadeau de Noël!

    Chaque semaine, Sonia Arnal, la rédactrice en chef de Femina, croque dans son édito le quotidien avec humour et ironie. Ce dimanche 23 décembre 2018, elle s'intéresse aux mystère des cadeaux et regrette la période où il lui suffisait d'envoyer une lettre au Père Noël. 

    Publié le 
    23 Décembre 2018
     par 
    Sonia Arnal

    Tout a été dit sur le don et plus encore l’échange de dons: c’est un grand dada de l’anthropologie depuis ses débuts. On sait tout ou presque du potlatch,  ce concept amérindien, je te fais un cadeau, tu dois m’en faire un aussi – mais de quelle valeur? C’est  là que se jouent toutes sortes de choses, notamment sur le statut social et les liens dans le groupe.

    Celui qui a reçu est redevable, il doit payer son dû pour être quitte. S’il offre quelque chose de trop cheap, c’est la honte, soit pour lui (il n’a pas les moyens de rendre à son juste prix), soit pour le récipiendaire (on ne le tient pas en haute estime et on l’humilie en lui refilant de la verroterie). Si c’est quelque chose de trop dispendieux, il offense aussi  le récipiendaire, qui se retrouve à son tour obligé tout en sachant qu’il n’a pas les moyens de rendre la pareille.

    Ça vous parle? Bienvenue dans le monde compliqué du cadeau de Noël. Depuis l’âge d’or du potlatch, les familles ont tout essayé pour se sortir des rets des nombreuses obligations et vexations que cette tradition ne cesse de créer. L’objectif ultime étant que tout le monde sauve la face.

    Dans certaines familles, on édicte des prix obligatoires ou des prix plafond, dans d’autres on n’offre qu’aux enfants, dans d’autres encore on opère par  tirage au sort à l’aveugle: on ne sait pas qui a offert et c’est  le hasard qui décide de qui va recevoir.

    Bref, une fois adulte, on regrette énormément l’époque bénie et insouciante où  on écrivait une lettre au Père Noël avec nos vœux – on était chaque fois déçu, mais au moins on ne décevait personne  puisque personne n’attendait rien de nous.

    Le mystère du pyjama

    Reste dans ces théories du don, du contre-don, de la déception et de l’humiliation un vide analytique que je ne m’explique pas et qui dure depuis bientôt une centaine d’années: quid du pyjama? Demandez autour de vous, vous verrez: tout le monde  a trouvé au moins une fois sous le sapin un de ces modèles de qualité et de marque suisse supposé ne pas remonter sous les aisselles durant le sommeil.

    Pourquoi cette unanimité? Est-ce une spécificité helvétique ou y a-t-il d’autres contrées ou des parents pensent sincèrement que c’est une bonne idée kdo? Quelqu’un  a-t-il un jour été vraiment content d’en  recevoir un? Pourquoi est-ce qu’on persiste dans cette absurdité?

    Le  mystère de Noël, c’est rien à côté  du mystère du pyjama. Toutefois,  la rédaction de Femina vous souhaite, que vous en receviez un ou pas  cette année, un très Joyeux Noël.

     

     

     

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